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    Nrmagazine » Les 15 meilleurs films familiaux du XXIe siècle : quand Hollywood veut plaire à tout le monde
    Blog Entertainment 14 juillet 20268 Minutes de Lecture

    Les 15 meilleurs films familiaux du XXIe siècle : quand Hollywood veut plaire à tout le monde

    De Shrek à WALL-E, le cinéma familial a cessé d’être gentil pour devenir une machine à émotions, à gags et à cash
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    Le film familial, ce faux genre sage qui cache souvent les plus gros coups de génie d’Hollywood, a passé le XXIe siècle à faire semblant d’être pour les enfants tout en parlant aux adultes qui paient les places. Et quand on regarde la manière dont les studios ont transformé la cellule familiale en poule aux œufs d’or, on comprend vite que le sujet est moins mignon qu’il n’en a l’air.

    Depuis le tournant des années 2000, le cinéma familial s’est retrouvé au croisement de plusieurs logiques bien huilées : l’animation numérique devenue reine, les franchises pensées comme des machines à prolonger la vie des personnages, et la disparition progressive de la frontière entre film pour enfants et grand spectacle tous publics. Pixar a imposé son modèle, DreamWorks a répondu avec plus d’irrévérence, Disney a alterné entre éclairs de grâce et périodes de doute, et les studios ont compris qu’un long métrage capable de faire rire un gosse de huit ans et serrer le cœur d’un parent avait un avantage industriel évident. Le box-office mondial a suivi, évidemment, avec des titres comme Finding Nemo ou The Incredibles qui ont prouvé qu’un film d’animation pouvait être à la fois un objet d’auteur, un produit de masse et un petit séisme culturel. Le cinéma familial du XXIe siècle n’a rien d’un sous-genre : c’est l’un des moteurs les plus malins de l’industrie.

    Et c’est précisément là que le classement de Slashfilm devient intéressant : il ne sacre pas seulement des succès, il raconte comment Hollywood a appris à fabriquer des émotions transgénérationnelles sans perdre la main sur la caisse.

    Quand l’ogre prend le trône

    En tête de cette sélection, Shrek reste le cas d’école absolu. Sorti en 2001, le film de DreamWorks Pictures réalisé par Andrew Adamson et Vicky Jenson a retourné le conte de fées comme une chaussette sale : humour méta, références pop à la pelle, casting vocal en or massif avec Mike Myers, Eddie Murphy et Cameron Diaz, et surtout une insolence qui a permis à l’animation américaine de sortir du simple vernis sucré. Le film a rapporté plus de 480 millions de dollars dans le monde, a lancé une franchise tentaculaire et a installé une tonalité qui a contaminé tout un pan du cinéma d’animation. On peut trouver que la blague a parfois pris un petit coup de vieux, mais la secousse, elle, n’a pas bougé d’un poil. Quand un ogre devient icône pop, c’est que le studio a tapé juste.

    Juste derrière, School of Rock montre un autre visage du film familial : celui de la comédie musicale déguisée en film de potes, avec Jack Black en gourou du décibel et Richard Linklater en chef d’orchestre d’une énergie étonnamment précise. Le film, écrit par Mike White, tient autant du fantasme de revanche que du manifeste sur l’apprentissage collectif. Et le plus beau, c’est que les enfants y jouent vraiment de la musique, ce qui donne au bazar une chair rare dans ce type de production. On n’est pas dans la petite bluette éducative, on est dans une célébration du chaos organisé. Ça braille, ça sue, ça déborde, et c’est exactement pour ça que ça marche.

    Pixar, ou l’art de vous faire pleurer avec un poisson

    Au milieu du classement, Monsters, Inc. et Finding Nemo rappellent à quel point Pixar a redéfini la grammaire du film familial. Le premier, sorti en 2001, imagine une société de monstres fonctionnant comme une entreprise de rendement, avec un humour de bureau qui parle aussi bien aux adultes qu’aux enfants. Le second, en 2003, pousse plus loin encore la sophistication technique et émotionnelle : Andrew Stanton y construit un récit de paternité anxieuse, de perte et de réparation qui a fait de Marlin et Dory un duo immédiatement mythique. Le film a été le plus gros succès mondial de l’année 2003 et a décroché l’Oscar du meilleur film d’animation, ce qui n’est pas rien pour une histoire de poisson-clown en crise existentielle. Pixar a compris avant tout le monde qu’un film pour la famille devait être assez malin pour les parents et assez clair pour les enfants.

    Cette logique culmine avec The Incredibles en 2004, toujours chez Pixar et toujours chez Brad Bird, qui signe sans doute le meilleur film de super-héros avant que Marvel ne transforme le secteur en autoroute à suites. Ici, la famille est littéralement une équipe d’intervention, mais aussi un foyer en crise, coincé entre le désir de normalité et l’appel du spectaculaire. Le film est d’une élégance folle dans sa mise en scène, avec une architecture visuelle qui sent le mid-century modern et une réflexion très fine sur le déclassement, la routine et la transmission. On comprend pourquoi le film reste le plus gros succès original du genre super-héroïque. Avant les capes en série, il y avait déjà cette petite bombe-là.

    Les marges qui font la différence

    Le classement de Slashfilm a le bon goût de ne pas se limiter aux locomotives évidentes. Lilo & Stitch, par exemple, mérite sa place parce qu’il arrive au moment où Disney cherche encore sa boussole après la Renaissance des années 1990. Chris Sanders et Dean DeBlois y injectent une texture moins lisse, des fonds peints à l’aquarelle, une mélancolie plus franche, et une idée de la famille qui ne repose pas sur le modèle parfait mais sur la réparation, le bricolage, l’attachement bancal. Le film a ensuite eu une postérité énorme, y compris via son remake en prises de vues réelles, preuve qu’un objet un peu de travers peut devenir une valeur refuge. Les studios adorent les recettes, mais ce sont souvent les accidents de parcours qui laissent la meilleure trace.

    Plus haut encore, WALL-E pousse le bouchon très loin. Sorti en 2008, le film d’Andrew Stanton prend le risque insensé de s’ouvrir sur un personnage quasi muet, dans une première moitié qui flirte avec le cinéma burlesque et le film d’anticipation muet. C’est un pari énorme pour un film familial, et c’est précisément ce qui le rend si fort : il refuse de sous-estimer son public. Derrière le petit robot ramasseur de déchets, il y a une fable sur la consommation, l’abandon de la Terre et l’atrophie du lien humain. On pourrait presque dire que Pixar y a fait passer un message écologique en douce, sans lever le ton. Le film familial, quand il est très bon, ne donne pas de leçon : il vous attrape par la tendresse et vous laisse avec un léger vertige.

    Le vieux monde, les nouveaux jouets

    Autre entrée remarquable : Hugo de Martin Scorsese, sorti en 2011. Là, on quitte l’animation pour un hommage en 3D à la naissance du cinéma, à Georges Méliès et à la fragilité de la mémoire des images. Scorsese, qui n’a jamais cessé d’être un historien passionné du médium, transforme un récit d’orphelin en méditation sur la restauration, l’oubli et la survie des films. Le résultat est moins un divertissement enfantin qu’un geste de passeur, mais il appartient pleinement à cette famille de récits qui parlent aux plus jeunes sans cesser de s’adresser aux adultes. Chez Scorsese, le film familial devient une affaire de transmission, et ça change tout.

    Dans la même logique de réinvention, Spider-Man: Into the Spider-Verse a fait sauter une autre serrure en 2018. Le film de Sony Pictures Releasing, réalisé par Bob Persichetti, Peter Ramsey et Rodney Rothman, a imposé une esthétique de bande dessinée vivante, fragmentée, explosive, qui a redonné au film de super-héros une vraie singularité visuelle. Mais son vrai coup de force, c’est Miles Morales : un Spider-Man enfin pleinement légitime, porté par une énergie adolescente qui parle autant à la culture comics qu’au cinéma d’animation contemporain. L’Oscar du meilleur film d’animation n’a fait que confirmer ce que le film démontrait déjà à l’écran : on peut encore inventer dans un genre saturé. Quand l’image se remet à respirer, le public suit. Magie simple, mais pas si fréquente.

    Ce classement, au fond, dit quelque chose de très net sur le XXIe siècle : le film familial n’a pas été le parent pauvre du cinéma commercial, il en a été l’un des laboratoires les plus féconds. Entre la satire, l’émotion, la prouesse technique et la nostalgie bien dosée, il a fabriqué des classiques qui tiennent parce qu’ils savent parler à plusieurs âges de la vie en même temps. Et si on continue à retourner vers eux, ce n’est pas seulement pour la madeleine, c’est parce qu’ils ont compris un truc que beaucoup de blockbusters ont oublié en route : faire famille, au cinéma, c’est d’abord faire lien. Le reste, c’est du merchandising.

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    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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