Lanterns continue de muscler son DCU, sauf qu’en épisode 3, la série s’emmêle dans un vieux réflexe de franchise : confondre mystère et paresse narrative. On nous vend John Stewart comme une future force majeure, puis on lui colle l’étiquette commode du héros “choisi” parce que son ADN serait, en gros, plus costaud que celui du voisin. Voilà comment une série qui veut élargir le mythe finit par ressortir un mécanisme qu’on a déjà vu mille fois, de la saga Star Wars aux relectures les plus tièdes de Spider-Man. Et franchement, on commence à connaître la chanson.

Pour remettre les choses à leur place, John Stewart n’est pas né de la dernière pluie. Créé dans Green Lantern volume 2 #87 en décembre 1971, il débarque d’abord comme remplaçant de Hal Jordan, puis comme l’un des visages les plus solides de la mythologie DC. Dans les comics, sa légitimité tient à une idée beaucoup plus intéressante que le simple “héritage” : il agit, il tient tête, il fait preuve d’intégrité. Le personnage a longtemps incarné une forme de mérite presque sèche, sans magie de berceau ni prophétie en carton-pâte. C’est précisément pour ça qu’il fonctionne. Quand Lanterns le réduit à une sorte de transmission biologique, la série perd un peu de sa matière politique et symbolique.

Dans l’épisode 3, la série revient sur John Stewart Sr., sur la sélection opérée par l’anneau d’Abin Sur et sur l’idée qu’un potentiel aurait été repéré dans la “composition” familiale. Le problème n’est pas seulement que la mécanique est floue. C’est qu’elle sent le déjà-vu à plein nez. On a tous vu ce genre de récit où le héros n’a pas vraiment à conquérir sa place : il la reçoit comme un héritage notarié, avec tampon cosmique et mode d’emploi minimal. Le destin, quand il remplace l’écriture, ça fait souvent un peu chiche.

Le sang, la sueur et le raccourci

En apparence, Lanterns cherche à donner de l’épaisseur à John Stewart en le reliant à une lignée de potentiel et d’entraînement. Sauf que l’équation “don génétique + discipline familiale = futur grand héros” a déjà été rabâchée jusqu’à l’os. Le souci, c’est qu’elle écrase ce qui fait la singularité du personnage dans ses meilleures incarnations : sa capacité à se construire dans l’action, à imposer sa présence par la volonté, pas par une essence mystérieuse. On n’est pas dans un test sanguin de super-héros, bordel.

Le plus ironique, c’est que Lanterns a déjà montré qu’elle savait faire mieux. L’épisode 2 laissait entrevoir chez John une puissance inhabituelle, notamment dans sa manière de maintenir une construction complexe sans anneau. Là, on tenait quelque chose : une idée visuelle, un indice de maîtrise, une promesse dramatique. Pas besoin de convoquer la généalogie comme explication miracle. Le problème des franchises qui veulent tout expliquer, c’est qu’elles finissent par expliquer moins que rien.

Affiche de Lanterns
Affiche de Lanterns

Le mythe du “héros désigné”, version 2026

Ce trope du “c’était écrit” n’est pas nouveau, et c’est bien là le hic. The Amazing Spider-Man a déjà flirté avec cette logique du personnage prédestiné, Star Wars: The Rise of Skywalker l’a poussée jusqu’à la caricature, et les récits de super-héros s’y sont souvent vautrés avec une élégance toute relative. À l’inverse, Spider-Verse a rappelé une idée plus féconde : l’héroïsme n’est pas une propriété privée, il se transmet, se conteste, se réinvente. Là où Lanterns pourrait ouvrir un débat sur la formation, la volonté, la peur et la discipline, elle préfère pour l’instant l’option “c’est dans ses gènes”. Pratique. Un peu mou. Et surtout très hollywoodien dans sa version la plus paresseuse.

Ce qui agace, ce n’est pas l’existence d’un héritage, mais la manière dont la série semble s’y réfugier pour ne pas creuser plus loin. John Stewart mérite mieux qu’un statut de futur demi-dieu expliqué par une formule pseudo-scientifique. Son intérêt dramatique, dans l’histoire de DC, vient justement de sa capacité à être à la fois héritier et constructeur, soldat et architecte, figure de continuité et de rupture. Le réduire à une essence héréditaire, c’est lui tirer une balle dans le pied au moment même où la série prétend le faire décoller.

Un anneau, deux idées, zéro subtilité ?

Il reste évidemment du temps à Lanterns pour corriger le tir. La série a encore la possibilité de transformer cette piste génétique en simple fausse piste, ou de la complexifier en montrant que la “valeur” de John ne tient pas à une lignée mais à ce qu’il en fait. Ce serait plus élégant, plus nerveux, et surtout moins prisonnier d’un imaginaire de l’élu qui commence à sentir la naphtaline des franchises à rallonge. Parce qu’au fond, la vraie question n’est pas “pourquoi lui ?” mais “qu’est-ce que la série veut dire de lui ?”

Et là, on touche au nerf du problème : Lanterns veut faire de John Stewart un pilier du DCU, mais elle doit encore décider s’il sera un personnage ou un concept. Si elle choisit la seconde option, on risque de rester coincés dans un joli emballage vert avec peu de chair dessous. Le cosmos, c’est bien. Un personnage qui existe par lui-même, c’est mieux.

Alors oui, l’épisode 3 pose des jalons, et oui, John Stewart s’annonce comme un futur maillon central de l’univers DC. Mais entre l’anneau, l’ADN et la prophétie de service, il y a encore de la place pour une vraie idée de cinéma sériel. On attend juste que la série arrête de nous dire que tout était déjà écrit, et qu’elle se mette enfin à écrire quelque chose d’un peu plus malin. Sinon, à quoi bon brandir un anneau si c’est pour recycler le même vieux sortilège narratif ?

Bande-annonce VF de Lanterns

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