La circulation de l’argent : pourquoi elle est essentielle à la stabilité économique

vincentInclassable18 novembre 2025

Un billet de 50 euros dans votre portefeuille et un billet de 50 euros dans un coffre-fort ont-ils la même valeur ? Pour vous, oui. Pour l’économie, absolument pas. L’argent qui reste immobile ne sert à rien. Celui qui circule, en revanche, fait tourner l’économie, crée des emplois et maintient la confiance dans le système. Les gouvernements du monde entier, de l’Europe à l’Amérique en passant par l’Asie, basent leurs politiques économiques sur un principe simple : l’argent doit circuler. Plus il change de mains rapidement, plus l’économie se porte bien. Mais pourquoi ? Et que se passe-t-il quand cette circulation ralentit ?

Pourquoi l’argent doit-il circuler pour que l’économie fonctionne ?

Imaginons très schématiquement le parcours d’un billet de 50 euros. Vous recevez votre salaire, vous allez à la boulangerie et vous dépensez ces 50 euros en achats. Le boulanger utilise cet argent pour payer son employé. L’employé s’en sert pour acheter de l’essence. Le pompiste paie son loyer avec. Le propriétaire règle ses courses au supermarché. Et ainsi de suite.

En clair, ce même billet de 50 euros aura permis de réaliser plusieurs centaines d’euros de transactions. À l’inverse, si vous gardez ces 50 euros dans un tiroir pendant des mois, ils ne créent aucune activité.

En théorie économique, on appelle l’effet multiplicateur. L’idée de base est que chaque euro dépensé génère de l’activité économique bien au-delà de sa valeur nominale (et l’argent immobile fige l’économie). Plus cette chaîne est longue et rapide, plus l’économie est dynamique !

Là où la théorie insiste, c’est que tout au long de cette chaîne, se mélangent des activités “utilitaires” et “non utilitaires”. Pour reprendre notre exemple, disons que l’employé aura utilisé ses 50 euros pour jouer au casino en ligne avec dépôt en argent réel. Ces plateformes web et mobiles, pour rappel, proposent les mêmes jeux que leurs équivalents physiques, mais accessibles depuis votre canapé et pour des dépôts plus modestes (dès 10 euros).

Cet individu joue à un jeu de table comme le poker ou le blackjack, finit à la table finale d’un tournoi amateur du samedi soir, remporte 2 000 euros. Il les retire, puis en utilise la moitié pour faire ses courses le dimanche en famille. Vous suivez ? Cette circulation crée un cercle vertueux. Les entreprises qui vendent produisent davantage.

Pour produire, elles embauchent. Les nouveaux employés mobilisent leurs revenus pour leur consommation. La consommation augmente; les services et produits captent le mouvement. Le cercle se poursuit tant que l’argent circule.

Qu’est-ce que la “vélocité monétaire” ?

Les économistes ont donné un nom à cette vitesse de circulation : la vélocité monétaire. Comme son nom le laisse deviner, ce terme clé en économie fait référence simplement au nombre de fois qu’un euro change de mains dans une année. Si un même billet de 10 euros sert à dix transactions différentes dans l’année, sa vélocité est donc de 10.

Pour comprendre concrètement, comparons trois situations. En pays A, un euro change de mains environ 1,2 fois par an en moyenne. Au pays B, ce chiffre monte à environ 1,4. En pays C, il peut atteindre 2 ou plus dans certaines périodes de forte croissance. Cela veut tout simplement dire que l’argent circule plus vite dans certaines économies que dans d’autres.

Ce qu’il faut savoir, c’est que la circulation de l’argent suit trois grands circuits :

  1. Premier circuit : entre les consommateurs et les entreprises. Vous achetez des produits, les entreprises utilisent cet argent pour payer leurs employés, qui redeviennent consommateurs.
  2. Deuxième circuit : entre les entreprises elles aussi. Une boulangerie achète sa farine à un meunier, qui achète son blé à un agriculteur, qui achète son tracteur à un fabricant, etc.
  3. Troisième circuit : entre tout le monde et l’État. Vous payez des impôts, l’État emploie des fonctionnaires et finance des services, les fonctionnaires dépensent leurs salaires dans l’économie, etc.

Là encore, on schématise pour vous aider à saisir les bases de décennies de théorie économique. Toujours est-il que selon les monétaristes, la vélocité compterait bien souvent plus que la quantité d’argent disponible.

L’idée serait que si un pays a 100 milliards d’euros en circulation avec une vélocité de 0,5 (chaque euro ne bouge qu’une fois tous les deux ans) – et qu’un second pays a seulement 50 milliards mais une vélocité de 2 (chaque euro circule deux fois par an)… alors le second pays génère en réalité plus d’activité économique : 100 milliards de transactions contre 50 milliards pour le premier.

La vélocité monétaire sert donc de thermomètre de la santé économique. Une vélocité élevée indique une économie dynamique où les gens ont confiance, dépensent et investissent. Une vélocité faible révèle une économie atone où l’argent stagne, par peur ou par manque d’opportunités.

Comment la circulation monétaire maintient-elle la stabilité économique ?

La circulation de l’argent assure trois piliers de la stabilité économique.

Premier pilier : la liquidité

En termes simples, la liquidité signifie qu’il y a toujours suffisamment d’argent disponible pour effectuer les transactions nécessaires. Quand vous allez acheter du pain, le boulanger doit pouvoir vous rendre la monnaie. Quand une entreprise veut payer ses fournisseurs, elle doit avoir accès à ses fonds. Cette disponibilité permanente de l’argent repose sur sa circulation constante dans le système bancaire et économique.

Deuxième pilier : la confiance

Lorsque l’argent circule normalement, cela signifie que tout le monde fait confiance au système. Les consommateurs achètent puisqu’ils savent que leurs salaires continueront de tomber. Les entreprises investissent car elles anticipent des ventes futures. Les banques prêtent car elles sont confiantes quant au remboursement. Cette confiance mutuelle maintient la stabilité.

Troisième pilier : l’emploi

Plus l’argent circule vite, plus les entreprises vendent, plus elles ont besoin de main-d’œuvre. Une vélocité élevée stimule l’embauche. À l’inverse, un ralentissement de la circulation entraîne des licenciements et du chômage.

Les gouvernements comprennent parfaitement ces mécanismes. C’est pourquoi ils mettent en place des politiques pour encourager la circulation monétaire :

  • Le chèque-énergie distribué aux ménages modestes ? Il encourage la consommation immédiate.
  • Les primes à la conversion automobile ? Elles stimulent les achats.
  • Les aides aux entreprises pendant la crise de la COVID-19 ? Elles maintenaient la masse salariale pour préserver le pouvoir d’achat et donc la circulation.
  • Etc., etc.

Quel est le rôle des banques centrales dans la circulation de l’argent ?

Un des rôles d’une banque centrale est de fluidifier les échanges d’argent, sachant qu’il existe également une différence clé dans la manière dont circule l’argent selon sa source :

  • Les revenus du travail (salaires) circulent généralement très vite. Un salarié dépense la majeure partie de son salaire chaque mois, à travers le loyer, les courses, les transports, les loisirs.
  • Les revenus du capital (dividendes, intérêts, plus-values), en revanche, circulent beaucoup plus lentement. Ils sont souvent réinvestis ou épargnés plutôt que dépensés immédiatement.

Cette différence a un impact direct sur la vélocité globale de l’économie. Voilà pourquoi la Banque centrale européenne (BCE) en Europe ou la Réserve fédérale (Fed) aux États-Unis ajuste les taux d’intérêt pour influencer la circulation. Quand elles baissent les taux, emprunter coûte moins cher. Les entreprises investissent davantage, les ménages achètent des maisons ou des voitures à crédit. L’argent circule plus vite. Quand elles montent les taux, l’effet inverse se produit : l’argent circule moins vite.

Cela permet de dicter un certain équilibre entre l’épargne et la consommation. D’un point de vue individuel, épargner est sage. Mais si tout le monde épargne massivement en même temps, cela crée un problème pour l’économie. L’argent thésaurisé ne circule plus, la consommation chute, les entreprises vendent moins, elles licencient.

C’est ce qu’on appelle le paradoxe de l’épargne : bon pour l’individu, mais parfois dangereux collectivement. Les taux d’intérêt très bas sur les livrets d’épargne servent précisément à décourager la thésaurisation excessive… et à encourager la dépense ou l’investissement.

 

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