Kevin O’Leary Dévoile Son Principal Bémol Sur Le Final De Marty Supreme

Il y a des fins qui referment un récit comme on rabat un couvercle, et d’autres qui laissent volontairement passer de l’air — au risque d’irriter ceux qui, après deux heures de dégâts, espéraient un verdict. Le principal reproche formulé par Kevin O’Leary à propos du final de Marty Supreme tient précisément à cela : l’impression qu’un personnage a passé le film à trahir, manipuler et détruire, mais qu’au moment décisif, la mise en scène lui offre une sortie trop douce, presque consolatrice.

Un film de hustler, une morale attendue… et un virage qui divise

Avec Josh Safdie à la réalisation, Marty Supreme s’inscrit dans une tradition du cinéma d’arnaqueurs où le mouvement prime sur la stabilité : ça parle vite, ça négocie à la seconde, ça improvise, ça dérape. Le protagoniste, Marty Mauser (incarné par Timothée Chalamet), n’est pas tant un “héros” qu’un accélérateur de chaos : un homme qui confond panache et domination, et transforme chaque relation en transaction.

Le film s’articule autour d’un objectif presque “sportif” — voyager et représenter les États-Unis dans des tournois de tennis de table — mais ce cadre sert surtout de plan de travail à une mécanique plus profonde : la circulation de l’argent, la mise en spectacle de l’humiliation, la façon dont l’ego peut faire dérailler une trajectoire malgré toutes les opportunités.

Milton Rockwell : le benefactor comme metteur en scène de la honte

Au cœur du dispositif, il y a Milton Rockwell (Kevin O’Leary), milliardaire qui ressemble moins à un mécène qu’à un producteur cynique. Safdie le filme comme une figure de contrôle : un homme habitué à acheter des récits et des êtres, à cadrer le réel pour qu’il serve une dramaturgie qui lui profite.

L’idée initiale proposée à Marty est d’une simplicité glaçante : un match d’exhibition à l’étranger, une défaite scénarisée, un cachet confortable, et en bonus un rituel d’abaissement public (jusqu’au grotesque). Ce qui pourrait passer pour une simple combine raconte en réalité autre chose : dans l’univers du film, la richesse ne se contente pas de gagner, elle veut orchestrer la manière dont l’autre perd.

Or Marty, arc-bouté sur sa dignité — ou plutôt sur sa vanité — refuse d’abord. Le film installe alors une tension passionnante : qu’est-ce qui compte le plus pour un hustler, la liquidité ou l’image ? Safdie s’amuse à faire vaciller Marty entre ces deux pôles, et c’est là que le récit devient vraiment incisif.

Le bémol d’O’Leary : une catharsis jugée trop clémente

Le point de friction, celui qu’O’Leary a exprimé publiquement, tient à l’atterrissage émotionnel du film. Après une longue série de décisions catastrophiques — finances brûlées, alliances trahies, dégâts collatéraux — le récit finit par accorder à Marty une scène de retour à l’intime : la possibilité de retrouver Rachel (Odessa A’Zion), qu’il a négligée et maltraitée, et de se tenir auprès de son enfant.

Pour O’Leary, ce choix ressemble à une remise à zéro morale : l’escroc, parce qu’il pleure et qu’il rentre “à la maison”, bénéficierait d’une forme de pardon implicite. Son idée, beaucoup plus sombre, consistait au contraire à pousser la logique punitive jusqu’au bout — quitte à transformer la fin en tragédie, et à faire payer au personnage un prix irréversible. On peut trouver cette proposition discutable éthiquement ou dramaturgiquement, mais elle révèle quelque chose d’intéressant : l’acteur ne critique pas seulement un détail de script, il conteste le contrat moral que le film signe avec le spectateur.

Ce que ce reproche dit du cinéma de Safdie

Les Safdie (et Josh Safdie ici) ont souvent filmé des personnages qui s’enfoncent, qui se mentent, qui courent plus vite que leur propre effondrement. Leur cinéma aime la friction : un montage nerveux, une caméra qui colle à la nuque, un rythme qui fabrique de l’angoisse plutôt qu’il n’organise du suspense. Dans cette grammaire, une fin “apaisée” peut effectivement sembler étrange — comme si l’énergie d’auto-destruction était soudain remplacée par une poignée de main.

Mais on peut aussi lire ce dernier geste autrement : non pas comme un pardon, mais comme la démonstration que la pire punition, parfois, n’est pas la mort ou la prison, c’est de continuer à vivre avec ce qu’on a fait. Le film miserait alors sur un malaise plus durable, moins spectaculaire. Et c’est précisément là que les attentes divergent : certains veulent voir la justice narrative s’abattre, d’autres acceptent l’inconfort d’une fin qui ne “rend” pas l’équilibre.

Le moment vampire : rupture de ton ou aveu sur le pouvoir ?

L’autre élément qui éclaire le débat, c’est cette scène tardive où Milton menace Marty en se présentant comme un vampire vieux de plusieurs siècles, prêt à le mordre et à lui boire le sang. Sur le papier, l’idée frôle l’absurde, surtout si le film, jusque-là, s’est tenu dans un réalisme nerveux. O’Leary aurait voulu que le film assume pleinement ce saut dans le fantastique, quitte à en faire un véritable châtiment — un basculement littéral où l’exploitation devient prédation.

Cinématographiquement, la question est passionnante : intégrer un élément surnaturel dans une chronique d’arnaques, c’est risquer la dissonance, mais c’est aussi rendre visible une métaphore. Le vampire, ici, n’est pas seulement une créature : il est une figure du capital qui se nourrit des autres, du puissant qui “vit” grâce à l’énergie des plus fragiles, et qui transforme l’humiliation en événement monétisable.

Qu’on adhère ou non à l’idée de “mordre Marty”, cette piste dit quelque chose du film : Marty Supreme est attiré par le symbolique, par l’allégorie, mais hésite à la concrétiser. La scène fonctionne alors comme une fissure volontaire, un moment où la narration avoue qu’elle parle de monstres — sans forcément vouloir en filmer un au premier degré.

Une fin “trop douce” : oui… mais pour qui ?

Le reproche d’O’Leary part d’une intuition compréhensible : Marty cause du tort, et le spectateur peut désirer une forme de réparation. Pourtant, il faut se méfier d’une idée automatique de la “bonne” fin. Si le film se contentait d’écraser Marty pour satisfaire un besoin de sanction, il risquerait de devenir moraliste, de refermer son ambiguïté. À l’inverse, si la fin attendrit Marty sans assez rappeler la violence de ses actes, elle bascule dans l’indulgence.

Là où le film se joue, c’est dans ce fil étroit : montrer que Marty, même lorsqu’il revient, reste un homme dont le “retour” n’efface rien. Tout dépend alors de la mise en scène : le cadre est-il protecteur ou accusateur ? Le montage laisse-t-il un arrière-goût, une note dissonante, ou bien cherche-t-il une réconciliation franche ? Ce sont des détails de cinéma — durée des plans, regard des personnages, place du silence — qui déterminent si l’on assiste à une rédemption ou à une simple pause avant la prochaine fuite.

Mise en perspective : humiliation filmée, ego, et narration du châtiment

La question de l’humiliation “cathartique” renvoie à un vieux plaisir de spectateur : voir l’arrogant remis à sa place. Le film l’installe même comme un programme, puisque Milton conçoit l’événement sportif comme une scène, avec un perdant désigné et un public avide. Ce jeu entre spectacle et punition rejoint une culture contemporaine où l’on consomme des chutes publiques comme du divertissement — un thème qui dépasse largement l’intrigue.

De la même manière qu’une critique peut déplacer le regard sur une œuvre et nous apprendre à observer ses angles morts, certains textes aident à affûter notre manière de voir, au-delà du film lui-même. À ce titre, je garde en tête cette lecture sur la puissance de l’observation et la construction du point de vue, qui peut nourrir notre manière d’aborder une mise en scène : https://www.nrmagazine.com/critique-20000-yeux-mers/.

Le final comme choix de rythme, pas seulement comme “morale”

On parle souvent des fins comme d’un tribunal, mais elles sont aussi une affaire de rythme. Finir dur, c’est parfois finir vite, trancher net. Finir sur un retour intime, c’est ralentir, installer une autre temporalité, déplacer l’énergie du film. Dans un cinéma aussi tendu que celui de Safdie, ce ralentissement peut être perçu comme une trahison… ou comme un contrepoint nécessaire, une manière de rendre audible ce qui était étouffé par la course.

Et puis il y a notre propre façon de regarder : aujourd’hui, beaucoup découvrent les films dans des conditions techniques très variables, où le tempo, les silences, la texture sonore changent radicalement selon l’équipement. Sans faire de la technique un fétiche, il est frappant de voir à quel point la perception d’un final peut être influencée par le confort de visionnage et la restitution du son, notamment sur des scènes d’intimité. Cela fait écho, indirectement, à ce comparatif autour des boîtiers premium : https://www.nrmagazine.com/apple-tv-4k-vs-google-tv-streamer-le-match-des-box-tv-haut-de-gamme/.

Ce qui résiste : la fascination pour Marty, malgré tout

Si la fin dérange, c’est aussi parce que le film a réussi une chose : rendre Marty regardable sans le rendre innocent. Chalamet joue l’excès avec une précision intéressante : un mélange d’assurance performative et de panique à peine masquée, comme si l’ego était une armure trop fine. Odessa A’Zion, elle, porte l’usure, la fatigue morale, et fait exister une conséquence humaine face à un personnage qui traite le monde comme une table de jeu.

Milton, enfin, est un miroir cruel : il ne moralise pas, il calcule. Son pouvoir n’est pas la violence brute, c’est la capacité à reconfigurer la réalité en spectacle rentable. Qu’O’Leary ait voulu une sanction plus frontale est logique : son personnage est celui qui paie, celui qui veut récupérer le contrôle de la narration. Et un actor’s note, même polémique, révèle souvent l’endroit où un film touche une zone sensible : ici, la frontière entre punition et impunité.

Fin ouverte : la question que le film laisse au spectateur

Au fond, le débat soulevé par Kevin O’Leary dépasse le cas Marty : qu’attend-on d’un récit contemporain sur un homme toxique et “brillant” dans sa manière de se sortir des situations ? Veut-on un récit qui punit pour rééquilibrer, ou un récit qui expose et laisse le spectateur gérer l’inconfort ? Cette hésitation me rappelle, dans un registre très différent, la manière dont certaines œuvres ludiques divisent précisément parce qu’elles refusent une réponse unique et obligent à composer avec des choix de design très marqués : https://www.nrmagazine.com/donkey-kong-bananza-notre-avis-sur-le-platformer-qui-divise-autant-quil-surprend/.

Si Marty Supreme frustre une partie du public, c’est peut-être parce qu’il flirte avec deux films à la fois : celui de la sanction spectaculaire (où l’humiliation devient justice) et celui de la continuation amère (où la vie reprend sans réparation). Et la vraie question, une fois la salle rallumée, n’est pas tant “Marty méritait-il pire ?” que “pourquoi avons-nous besoin de voir le pire pour croire que l’histoire a été honnête ?”.

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