La Toya fait la diplomate (bravo l’effort)
Sur le tapis rouge de la première de Michael à Los Angeles, le 20 avril 2026, c’est La Toya Jackson qui a hérité du rôle ingrat de porte-parole familiale. Interrogée par Variety, elle a sorti la formule rodée : « J’aurais aimé que tout le monde soit présent dans le film. On lui a demandé et elle a gentiment refusé, alors il faut respecter ses souhaits. » (oui ok). Belle phrase. Propre, lisse, diplomatique. Le genre de réponse qu’on donne quand la vraie réponse ferait trop de bruit en coulisses.
Car selon The Daily Beast, qui publiait ses informations dès mars 2026, la réalité serait nettement moins cordiale. Janet Jackson aurait tout simplement détesté le film lors d’une projection privée, et elle n’aurait pas été seule à trouver ça à redire. Selon TMZ, publiée le même jour, elle aurait refusé de contribuer financièrement au projet et décliné un rôle de productrice exécutive. Ce n’est pas « elle a gentiment refusé ». C’est : elle a regardé, et elle s’est barrée.
La réunion de famille qui a mal tourné
Une source proche du dossier, rapportée par Entertainment Tonight et relayée par Page Six, décrit Janet quittant une projection privée avec quelque chose de négatif à dire sur « presque chaque scène ». ET nuance : il n’y aurait pas eu de confrontation physique hurlée entre Janet et Jermaine, mais on ne nie pas non plus la tension. Ce qui est certain, c’est que Janet n’a pas assisté à la première mondiale. Pendant que le reste du clan souriait sur le tapis rouge, elle était ailleurs. Ce « ailleurs » pèse lourd.
Une source anonyme a même balancé, via TMZ, une théorie assez brutale : « Janet a toujours été incroyablement jalouse de Michael. » On laissera chacun juger la valeur d’un tel commentaire non sourcé. Ce qui est moins discutable, c’est que Janet Jackson représente la seule figure adulte, autonome et artistiquement comparable à Michael au sein du clan, et qu’effacer cette figure du récit n’est pas anodin. C’est un choix. Un choix narratif, peut-être. Mais aussi, probablement, un choix politique.
Paris aussi, mais personne n’a écouté
Janet n’est pas la seule à avoir tiré la sonnette d’alarme. La fille de Michael, Paris Jackson, avait pris les devants dès septembre 2025 sur Instagram, en réponse à l’acteur Colman Domingo qui affirmait qu’elle était « très favorable » au projet. Sa réponse : « Ne dites pas aux gens que j’ai été « d’une grande aide » sur le plateau d’un long-métrage dans lequel j’ai eu 0 % d’implication, c’est trop bizarre. » Elle a ensuite décrit un scénario « rempli d’inexactitudes » et de « mensonges purs et simples », en précisant qu’elle avait transmis ses remarques à l’équipe, et qu’elles avaient été ignorées. Ce n’est pas une brouille. C’est un désaveu.
Dans la plus pure tradition hollywoodienne, l’équipe du film a encaissé les coups sans broncher. Paris et Janet d’un côté, la grande famille Jackson (Jermaine, La Toya, Jackie, Tito, Marlon, tous producteurs exécutifs) de l’autre. Le film a même subi 22 jours de tournage supplémentaires, financés par la famille à hauteur de 10 à 15 millions de dollars, selon Variety, pour faire disparaître toute référence explicite aux accusations d’agression sexuelle sur le jeune Jordan Chandler en 1993. Puis la sortie a été repoussée une, deux, trois fois, avant d’atterrir en avril 2026.

L’absence comme contre-récit
Ce qui est intéressant, et un peu vertigineux, avec l’effacement de Janet, c’est ce que ça révèle sur la nature même du projet. Michael, produit par la famille, réalisé par Antoine Fuqua, interprété par Jaafar Jackson (neveu de Michael, fils de Jermaine, ce qui n’est pas anodin), est avant tout un acte de contrôle mémoriel. On choisit ce qu’on montre, ce qu’on tait, et surtout qui a le droit d’exister dans l’histoire officielle. Janet, qui n’a ni signé les accords de production ni donné son aval, est structurellement incompatible avec ce type de projet.
Sauf que Janet Jackson n’est pas une figurante. Elle est l’une des architectes du son pop des années 1980 et 1990, avec des albums comme Control (1986) et Rhythm Nation 1814 (1989) qui ont tourné en parallèle, voire en conversation directe, avec la carrière de son frère. Effacer Janet de l’histoire de Michael, c’est comme raconter les Beatles sans mentionner que George Harrison avait une carrière solo. On peut le faire. On fait juste semblant d’une chose.
300 millions pour une version officielle
Et pendant ce temps, le box-office s’en fout éperdument de tout ça. Michael a ouvert à 217,4 millions de dollars dans le monde lors de son week-end d’inauguration, record absolu pour un film biographique, surpassant Bohemian Rhapsody et ses 124 millions en 2018. Début mai 2026, le film dépassait les 300 millions de dollars au niveau mondial, se plaçant en deuxième position des biopics musicaux les plus lucratifs de l’histoire derrière Bohemian Rhapsody (911 millions de dollars au total). En France, 1 390 446 entrées en une semaine. Deuxième meilleur démarrage de 2026, selon AlloCiné.
Les critiques, eux, sont moins emballés : 38 % sur Rotten Tomatoes du côté des journalistes, contre 97 % côté public. L’écart est édifiant. Il dit quelque chose sur la façon dont on consomme ce genre de film, pas comme un regard critique sur une vie complexe, mais comme une messe. On ne vient pas voir la vérité. On vient voir le mythe. Et le mythe, par définition, n’a pas besoin de Janet Jackson. Il a besoin que tout le monde soit d’accord, ensemble, les yeux tournés vers la même icône.
D’où la vraie question, celle que personne dans la famille ne semble pressé de poser à voix haute : est-ce qu’un biopic financé, produit et validé par la famille de l’artiste est encore un biopic, ou est-ce déjà de la propagande affectueuse ? La réponse, quelque part entre les 15 millions de dollars de tournage supplémentaire et le sourire de La Toya sur le tapis rouge, elle existe. On vous laisse la chercher.
À voir aussi sur NRmagazine : Fiche complète de Michael (2026), casting, bande-annonce et avis | Janet Jackson : biographie et filmographie
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.



![[Critique] Citadel saison 2 sur Prime Video : 300 millions pour faire quoi, au juste ? CITADEL](https://www.nrmagazine.com/wp-content/uploads/2026/05/CITADEL--450x253.jpg)