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    Nrmagazine » G.I. Joe: The Rise of Cobra et le faux pas qui aurait achevé Snake Eyes
    Blog Entertainment 13 juillet 20266 Minutes de Lecture

    G.I. Joe: The Rise of Cobra et le faux pas qui aurait achevé Snake Eyes

    Le film de Stephen Sommers avait déjà tout faux, mais son final envisagé aurait encore sabordé le mythe
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    En 2009, G.I. Joe: The Rise of Cobra n’avait déjà pas besoin d’un coup de grâce. Pourtant, un final alternatif voulait faire parler Snake Eyes, ce qui revient à offrir un mégaphone à un personnage bâti sur le silence.

    La source rappelle un détail qui dit tout d’un long métrage et de sa logique industrielle : chez Hasbro et Paramount, la franchise G.I. Joe a longtemps cherché son point d’équilibre entre jouet, série animée, comics Marvel et blockbuster d’été. Avant même G.I. Joe: The Rise of Cobra, sorti en 2009 et mis en scène par Stephen Sommers, l’adaptation cinéma traînait un passif déjà bien chargé. Le film de 1987, souvent regardé comme une bizarrerie plus que comme un classique, avait au moins l’élégance d’ouvrir sur une séquence d’attaque spectaculaire. Ensuite, la machine s’est régulièrement enrayée : G.I. Joe: Retaliation en 2013, Snake Eyes en 2021, puis le clin d’œil croisé avec Transformers: Rise of the Beasts en 2023. Quatre tentatives, zéro franchise vraiment installée. On a vu plus stable comme bilan de lancement, franchement.

    Le cœur du problème tient à une idée simple : G.I. Joe n’a jamais été pensé par Hollywood comme un mythe à préserver, mais comme une propriété à faire tourner. D’où ces bricolages de scénario, ces réécritures de personnage, ces arbitrages où l’on confond “moderniser” et “dissoudre”. Dans ce contexte, Snake Eyes devient le révélateur parfait. Ce ninja masqué, muet, presque abstrait, est le personnage le plus fort de l’ensemble parce qu’il résiste à la bavardise industrielle. Le faire parler, même pour une blague de fin, c’était déjà trahir la mécanique du mythe.

    Le silence, ce luxe que Hollywood ne sait pas toujours payer

    Pour rappel, la source attribue à Lorenzo di Bonaventura, producteur du film, l’idée initiale d’offrir une réplique à Snake Eyes au bout du récit, une sorte de gag final censé détendre l’atmosphère. Larry Hama, créateur spirituel de la franchise côté comics et consultant sur le film, a visiblement remis un peu d’ordre dans cette affaire. Et il avait raison. Dans les comics Marvel, Snake Eyes n’est pas seulement silencieux par confort narratif : il est construit comme une figure de manque, un héros dont l’identité se dérobe. Hama, vétéran du Vietnam, a passé l’essentiel de sa série à densifier cet univers en gardant des zones d’ombre, ce qui donne au personnage une puissance rare dans le champ des adaptations de jouets. Le mutisme n’est pas un gimmick, c’est son armature.

    La source rappelle aussi que Snake Eyes n’a jamais été un personnage “vide” au sens paresseux du terme. Au contraire, Hama a fait de ce vide un moteur dramatique. L’épisode Silent Interlude, publié dans G.I. Joe: A Real American Hero, reste un petit miracle de bande dessinée d’action : pas de dialogues, une infiltration, de la tension pure, et un rapport au mouvement qui ferait pâlir pas mal de films d’action contemporains. Là où le cinéma d’exploitation adore faire du bruit pour masquer ses faiblesses, Snake Eyes impose l’inverse : on regarde, on suit, on lit le corps. Pas besoin de lui coller une punchline pour exister. Le personnage parle déjà très bien en se taisant.

    Affiche de G.I. Joe : Le Réveil du Cobra
    Affiche de G.I. Joe : Le Réveil du Cobra

    Quand le jouet veut jouer au héros

    Le cas G.I. Joe dit aussi quelque chose de l’obsession hollywoodienne pour la “lisibilité” des franchises. Un personnage muet, masqué, sans nom clair, sans psychologie immédiatement exportable ? Pour un studio, c’est presque une provocation. Sauf que ce genre de contrainte peut produire du cinéma, ou au moins une vraie singularité. En voulant rendre Snake Eyes plus “fun” ou plus accessible, The Rise of Cobra risquait surtout de le banaliser. Or le film avait déjà d’autres boulets au pied, à commencer par ses choix de ton, ses modifications de personnages et son goût pour le spectaculaire sans nerf. Le résultat, on le connaît : un blockbuster qui veut tout faire, tout expliquer, tout rentabiliser, et qui finit par s’étaler comme une armée en terrain plat.

    Ce qui rend l’anecdote savoureuse, c’est qu’elle touche à un vieux péché originel des adaptations de jouets : croire qu’un héros devient plus fort en le rendant plus bavard, plus explicite, plus “humain” au sens le plus plat du terme. Or Snake Eyes a précisément survécu parce qu’il échappe à cette logique. Larry Hama l’a compris avant tout le monde, et le film de 2009 a failli l’oublier. Dans une franchise, le silence peut être un effet spécial.

    Le mythe contre le marketing, ou l’art de ne pas casser la vitrine

    Il faut aussi lire cette histoire à l’aune de la circulation des franchises entre comics, animation et cinéma. Hasbro voulait, dès l’origine, concurrencer la puissance des jouets Star Wars, et Marvel a servi d’atelier narratif pour donner une colonne vertébrale à l’ensemble. Ce lien explique pourquoi le matériau de départ avait plus de tenue qu’on ne le croit souvent. Quand le cinéma s’en empare sans respecter ses lignes de force, il ne “réinvente” pas forcément : il abîme. Et quand il s’en empare avec un minimum de mémoire, il peut au contraire trouver une forme de modernité inattendue. C’est tout le paradoxe de Snake Eyes : plus il est opaque, plus il devient cinégénique.

    La suite de la saga a d’ailleurs confirmé le problème. En 2021, Snake Eyes a choisi de le montrer davantage, de le faire parler, de l’inscrire dans un récit plus frontal. Rien d’illégitime, évidemment, mais on perdait une part de cette aura quasi mythologique qui faisait sa force. Le personnage n’a pas besoin d’être “décrypté” à chaque plan, il a besoin d’être mis en tension. C’est là que le cinéma rejoint la bande dessinée : ce qu’on ne montre pas peut peser plus lourd que l’arsenal entier. Le vrai luxe, parfois, c’est de laisser un héros inaccessible.

    Au fond, cette histoire de réplique supprimée dit beaucoup mieux que n’importe quel making-of la difficulté des studios à manier les icônes pop sans leur faire perdre leur nerf. Snake Eyes n’est pas devenu culte parce qu’il était pratique ; il l’est devenu parce qu’il résistait. Et ça, à Hollywood, c’est presque une anomalie. Une belle anomalie, même. De celles qui rappellent qu’un personnage peut tenir debout sans ouvrir la bouche. Qui l’eût cru, dans une usine à franchises ?

    Bande-annonce VF de G.I. Joe : Le Réveil du Cobra

    nrmagazine
    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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