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    Nrmagazine » Des trains pas comme les autres : l’Angola remet France 5 sur les rails
    Dernières actualités 10 juillet 20266 Minutes de Lecture

    Des trains pas comme les autres : l’Angola remet France 5 sur les rails

    Philippe Gougler ouvre la saison 16 avec un épisode qui évite la routine et vise juste
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    On croyait connaître la mécanique de Des trains pas comme les autres : un pays, des rails, des rencontres, et la petite musique Gougler qui fait tout tenir. Sauf que l’épisode angolais de cette 16e saison vient rappeler qu’une formule n’est pas forcément une paresse, surtout quand elle sait encore surprendre.

    Diffusé sur France 5 le jeudi 9 juillet à 21 h 05, ce nouvel opus ouvre une saison qui ne sent ni le réchauffé ni la mise au point laborieuse. Le programme, lancé il y a plus d’une décennie et demie, a trouvé ce que tant de séries documentaires cherchent en vain : une identité immédiatement reconnaissable, mais pas figée dans son propre musée. En 2025, l’émission a rassemblé en moyenne 1,5 million de téléspectateurs, avec un pic à 1,79 million. Autrement dit, le rendez-vous tient bon, et pas seulement par nostalgie des merveilles ferroviaires ou par amour des cartes postales exotiques. Il y a là une vraie fidélité de public, ce qui, à l’heure des plateformes et de la zapping attitude, vaut presque médaille d’or. Le train, ici, n’est pas un décor : c’est un prétexte à fabriquer du cinéma du réel.

    Dans cet épisode tourné en Angola, Philippe Gougler repart avec son arme secrète habituelle : une bonhomie qui désarme tout, y compris les situations les plus banales en apparence. Le type a ce don rare de faire parler les gens sans forcer la porte, de transformer un wagon brinquebalant ou un puits poussiéreux en scène de comédie humaine. On le sent à l’aise dans l’échange, jamais dans la démonstration. Et c’est précisément là que la série gagne son pari : elle ne vend pas une leçon de géographie, elle capte des gestes, des visages, des silences, des détails qui racontent un pays mieux qu’un guide touristique bien peigné. Philippe Gougler ne fait pas du reportage, il fabrique de la rencontre.

    Le rail comme passeport, pas comme alibi

    Depuis ses débuts, Des trains pas comme les autres repose sur une idée simple et redoutable : le train permet de traverser un territoire sans l’écraser, de s’y faufiler plutôt que de le survoler. C’est une grammaire de déplacement qui oblige à la lenteur, donc à l’attention. Dans un paysage audiovisuel saturé de formats qui confondent vitesse et énergie, la série de France 5 joue la carte inverse : elle prend son temps, elle écoute, elle laisse venir. Et ça change tout. L’Angola, avec ses paysages de sable, ses scènes de vie rurales et ses échanges spontanés, devient moins un sujet qu’un espace de circulation, presque une mise en scène de l’imprévu.

    Le mérite de l’épisode, d’après ce qu’en laisse voir la source, tient aussi à sa capacité à éviter le piège du déjà-vu. On aurait pu redouter la routine du globe-trotter sympathique, la mécanique bien huilée, le petit air de « on a compris le concept ». Mais non. L’équipe semble avoir trouvé le bon dosage entre curiosité, humour et observation. Les séquences avec les trois filles moqueuses ou avec les deux hommes au puits disent quelque chose d’assez précieux : le documentaire n’a pas besoin de grands effets pour exister, il lui faut surtout des présences. Quand le réel est bien cadré, il n’a pas besoin de se déguiser en spectacle.

    Une vieille recette, mais pas rassis du tout

    Il faut aussi regarder ce succès avec un œil un peu plus large. Les émissions documentaires de voyage ont longtemps été le parent pauvre de la télévision généraliste, coincées entre l’illustration scolaire et le divertissement gentiment exotisant. Des trains pas comme les autres a trouvé une troisième voie : celle d’un récit de terrain porté par un animateur identifié, presque une figure de passeur. Ce n’est pas un hasard si Philippe Gougler est devenu le visage de la série. Son ton, son tempo, sa manière de s’émerveiller sans en faire des caisses lui donnent une place à part dans le paysage télévisuel français. Le monsieur a l’air de discuter avec un chef de gare comme avec un vieux copain de bistrot, et ça marche diablement bien.

    Ce qui frappe dans la longévité du programme, c’est sa capacité à rester lisible sans se banaliser. Pas de rebranding clinquant, pas de nouveau costume pour faire croire à une révolution, pas de grand discours sur la modernité du format. La série avance à son rythme, et c’est presque une leçon de production télé : parfois, le meilleur moyen de durer, c’est de ne pas trahir ce qui fonctionne. Dans une époque qui adore les reboot, les relances et les faux départs, ce petit train-là trace sa route sans faire de manières. Le vrai luxe, ici, c’est la constance sans l’ennui.

    Gougler, l’homme qui parle aux wagons

    Le commentaire du Monde souligne à juste titre la facilité avec laquelle Philippe Gougler engage la conversation. C’est peut-être là le cœur du sujet : son talent n’est pas seulement d’aller quelque part, mais de faire advenir quelque chose entre lui et les gens qu’il rencontre. Cette qualité-là, on la voit rarement dans les formats de voyage trop formatés, où l’animateur sert de tampon entre le spectateur et le pays. Ici, au contraire, il devient un point de friction léger, un déclencheur de récits, un type qui écoute autant qu’il parle. Et ça, mine de rien, c’est du montage invisible en état de grâce.

    Alors oui, l’Angola n’est pas seulement un décor spectaculaire, ni une destination de plus sur la carte des émissions d’évasion. Dans cet épisode, le pays semble exister par ses rythmes, ses habitants, ses contrastes, et par cette manière qu’a la série de faire du chemin de fer une machine à raconter le monde. On pourrait presque dire que le train devient une caméra mobile, sauf qu’ici la caméra a du cœur, du temps et un sens du contact qui évite tout folklore de pacotille. À force de vouloir nous emmener loin, Des trains pas comme les autres rappelle surtout qu’un bon voyage commence quand on sait regarder à hauteur d’homme.

    Et puis, soyons honnêtes : si un programme documentaire parvient encore, en 2025, à rassembler 1,5 million de personnes en moyenne sans changer de nom ni de formule, c’est qu’il a trouvé bien plus qu’un créneau. Il a trouvé son allure. Le reste, c’est du ballast.

    nrmagazine
    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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