Theroux-ble dans la famille Gordon
Saison 1 posait une prémisse honnête : Isla Gordon (Kate Hudson), seule fille de la fratrie Gordon, hérite par accident de la présidence des Los Angeles Waves, franchise de NBA fictive directement inspirée de Jeanie Buss et ses Lakers . La comédie sportive créée par Mindy Kaling, Ike Barinholtz, David Stassen et Elaine Ko jouait la carte du feel-good sans complexes, emballait ses épisodes en 28 minutes chrono et laissait Hudson faire ce qu’elle fait mieux que quiconque, être irrésistiblement imparfaite . Résultat : 33,3 millions de vues sur cinq semaines dans le top 10, 61,8 millions d’heures en une seule semaine au sommet . Netflix signait le renouvellement le 6 mars 2025, une semaine pile après la mise en ligne. Record battu, franchise lancée.
Saison 2 change légèrement les règles du jeu. Cam Gordon (Justin Theroux), le frère aîné qui avait filé en cure de désintox en laissant le chaos derrière lui, revient. Non pas pour reprendre le flambeau, il a officiellement cédé le poste, mais pour saboter méthodiquement chaque décision d’Isla depuis les coulisses, utilisant chacune de ses erreurs comme levier . Theroux, simple récurrent en saison 1, passe série regular et c’est la meilleure chose qui pouvait arriver à la mécanique narrative du show. Il est exactement le genre de personnage qu’on adore détester : charmant, toxique, convaincu de sa propre légitimité. Un putain de bon méchant de comédie, qui négocie sévère dans l’ombre pendant qu’Isla croit tenir le volant.

Ray Romano, Everybody Wants Him
L’autre recrue de poids, c’est Ray Romano en Coach Norm Stinson, un génie du basket devenu reclus social que les Waves exhument de leur débarras pour remplacer Jay Brown (Jay Ellis, parti se rapprocher de sa famille, exit propre et expéditif) . Le personnage sur le papier, c’est du bon travail : un savant fou du pick-and-roll incapable de commander une pizza en société. Romano, à qui on doit Tout le monde aime Raymond et une belle carrière de second rôle depuis Parenthood jusqu’à Somewhere in Queens, n’a pas eu besoin de beaucoup de temps pour s’imposer . Deadline rapportait en octobre 2025 que le rôle avait été recasté in extremis, Robert Townsend était initialement prévu, des reshoots ont eu lieu à l’automne, et on comprend rétrospectivement la décision : Romano apporte une douceur bizarre et maladroite qui équilibre l’énergie survoltée d’Hudson . C’est le duo qu’on n’attendait pas et qui vole la vedette sans forcer.
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Isla Gordon, bruit blanc en tailleur
Là où ça grince, et les critiques anglophones l’ont relevé, TechRadar en tête avec une férocité assumée (« dire, laughless, worthy of a million eye rolls »), c’est dans le traitement d’Isla elle-même. Kate Hudson est magnétique, charmeuse, impeccablement habillée à chaque scène (attention euphémisme). Le problème, c’est que la série ne lui offre pas grand-chose de nouveau à jouer. Isla en saison 2, c’est Isla en saison 1 avec des obstacles légèrement différents : elle fait des erreurs, elle s’en sort, elle apprend une leçon, elle recommence. RogerEbert.com (70/100) note que « le temps passé sur les guest appearances et les intrigues secondaires se fait parfois au détriment du développement des personnages principaux », et c’est exactement ça. Les stars défilent (Octavia Spencer y serait, paraît-il, éblouissante), les triangles amoureux dans les vestiaires se règlent en un épisode , et on attend que la série se prenne vraiment au sérieux une bonne fois pour toutes.
Ce n’est pas un défaut rédhibitoire. C’est un choix éditorial assumé. Mais ça commence à se voir.
Du côté de chez Waves
La vérité, c’est que La Meneuse est une série de divertissement pur, fabriquée par des gens qui savent exactement ce qu’ils font. Mindy Kaling et son équipe ont mis au point une mécanique rodée : épisodes courts (~30 min), rythme soutenu, zéro temps mort, alchimie de casting irréprochable . Brenda Song et Hudson fonctionnent ensemble comme un duo de comédie classique, on comprend pourquoi la plateforme a misé sur elles dès l’ouverture. L’humour tient, les vannes arrivent au bon moment, et la saison se boucle sur un retournement de situation assez gonflé : Cam, démasqué pour avoir détourné deux millions de dollars tout en rechutant dans la drogue, se retrouve propulsé hors des Waves et rachète illico une équipe rivale grâce à un « roi des toilettes de l’Orange County » . Collider (60/100) résume sobrement : « Malgré quelques faiblesses, Running Point Saison 2 continue sur une lancée réussie pour Netflix grâce à la chimie du casting et à l’écriture bien affûtée » . Traduction libre : c’est honnête, c’est plaisant, et ça ne changera pas votre rapport au septième art.
Pour les amateurs de séries américaines emblématiques qui ont défini les codes du genre, La Meneuse appartient à une lignée claire : celle des comédies de milieu professionnel héritières de Ted Lasso, sans l’ambition émotionnelle de ce dernier, ce qui n’est pas une sentence de mort, juste une limite à accepter.
Netflix annule les risques, renouvelle le confort
Il faut dire ce qui est : dans un écosystème où Netflix coupe les séries ambitieuses après deux saisons et garde sous perfusion les formats inoffensifs, La Meneuse est exactement le type de produit que la plateforme bichonne . Budget estimé entre 30 et 50 millions de dollars par saison selon Whats On Netflix, raisonnable pour ce niveau de finition. Un casting de noms reconnus sans budget stratosphérique. Des épisodes formatés pour le binge en une soirée. Et des chiffres qui parlent d’eux-mêmes : 47 millions de vues annoncées au lancement de la saison 2, top 10 mondial assuré . TechRadar peut bien tempêter, « Netflix annule des œuvres ambitieuses et renouvelle ça », les algorithmes de la plateforme au N rouge n’ont pas de mauvaise conscience.
La France, curieusement, reste en marge. Programme-tv.net notait dès la saison 1 que la série « suscitait l’enthousiasme du monde entier… sauf en France » . Le basket, la comédie familiale américaine, Kate Hudson, aucun de ces ingrédients ne déclenche ici le réflexe pavlovien qu’ils produisent Outre-Atlantique. La saison 2 tentera de corriger le tir. On ne parie pas dessus.
La critique en images, pour ceux qui préfèrent souffrir en version audio-visuelle.
La Meneuse face à elle-même
| Saison 1 | Saison 2 | |
|---|---|---|
| Atout principal | Kate Hudson, fraîcheur de la prémisse | Justin Theroux + Ray Romano |
| Point faible | Personnages secondaires creux | Isla stagne, intrigues secondaires en roue libre |
| Audience streaming | 168,9M d’heures sur 5 semaines | 47M de vues au lancement |
| Critique presse | Enthousiasme général | Mitigé-positif (Metacritic ~65) |
| Verdict | Surprise agréable | Confort confirmé |
La saison se clôt sur Cam qui rachète une équipe adverse avec un sponsor de cuvettes de WC, ce qui est soit le setup le plus dingo pour une saison 3, soit le moment où la série commence à se mordre la queue . Espérons que la prochaine fois, quelqu’un ose couper le filet de sécurité. Mais on a un peu peur.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.
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