Une lame sort de l’ombre, tranche le silence de l’Histoire. Depuis 2007, la saga Assassin’s Creed nous plonge dans les coulisses sanglantes du passé, où chaque époque cache ses propres mystères. Avec plus de 200 millions d’exemplaires vendus à travers le monde, cette franchise monumentale d’Ubisoft s’impose comme l’une des licences les plus emblématiques du jeu vidéo. Mais derrière cette réussite commerciale se cachent des expériences profondément inégales : certains épisodes ont révolutionné le genre, d’autres sont tombés dans l’oubli le plus total.
Le 20 mars 2025, Assassin’s Creed Shadows débarque enfin sur nos écrans. Après deux reports et d’innombrables ajustements, cette aventure nipponne transporte les joueurs dans le Japon féodal du XVIe siècle, au cœur de l’ère Sengoku. Un territoire que les fans réclamaient depuis des années. Mais ce nouvel opus saura-t-il rejoindre le panthéon des grands Assassin’s Creed ou sombrera-t-il dans les abysses de l’histoire vidéoludique ?
L’essentiel à retenir
- 14 jeux principaux répartis sur 18 années d’existence
- Des époques variées : de l’Égypte antique au Londres victorien
- Une formule qui a évolué du jeu d’infiltration au RPG en monde ouvert
- Des héros iconiques comme Ezio, Altaïr, Kassandra et Edward Kenway
- Une franchise qui a su se réinventer malgré quelques échecs retentissants
Les origines d’une révolution vidéoludique
Tout commence en 2007. Ubisoft Montréal frappe un grand coup avec le premier Assassin’s Creed, un titre qui ose mélanger réalité historique et science-fiction dans un cocktail aussi ambitieux qu’audacieux. Le concept de l’Animus, cette machine permettant de revivre les souvenirs génétiques de ses ancêtres, pose les bases d’un univers narratif complexe qui s’étendra sur près de deux décennies.
Altaïr Ibn-La’Ahad, assassin déshonoré en quête de rédemption dans la Terre Sainte de la Troisième Croisade, devient instantanément une icône. Ses déplacements en parkour sur les toits de Jérusalem, Acre et Damas révolutionnent le genre de l’action-aventure. Pourtant, ce premier opus n’est pas exempt de défauts : missions répétitives, combats rigides, intelligence artificielle perfectible. Mais qu’importe, le mal est fait, la machine est lancée.
L’âge d’or avec Ezio Auditore
Si le premier Assassin’s Creed a posé les fondations, c’est bien Assassin’s Creed II qui a bâti la cathédrale. En 2009, Ubisoft nous transporte dans l’Italie de la Renaissance, période foisonnante où l’art, la politique et les complots s’entremêlent. Ezio Auditore da Firenze, jeune noble florentin victime d’une machination sanglante, devient le héros le plus charismatique de toute la franchise.
Contrairement à l’austère Altaïr, Ezio déborde de vie. Son évolution, de jeune homme insouciant à Grand Maître Assassin, s’étale sur trois jeux complets. La vendetta qui le consume après l’exécution de son père et de ses frères donne une profondeur émotionnelle rare dans le jeu vidéo de l’époque. Florence, Venise, Rome : chaque ville respire l’authenticité, chaque monument raconte une histoire.
Assassin’s Creed II (2009)
La perfection incarnée. Ezio Auditore n’est pas seulement un personnage, c’est une légende vivante. Sa quête de vengeance à travers les splendeurs de la Renaissance italienne offre un équilibre parfait entre narration captivante et gameplay maîtrisé. Les rencontres avec Léonard de Vinci, la découverte du Codex d’Altaïr, l’infiltration du Vatican : chaque instant résonne comme un chef-d’œuvre.
Ce deuxième volet corrige toutes les maladresses du premier opus. Les missions gagnent en variété, les combats en fluidité, l’exploration en richesse. La bande originale de Jesper Kyd sublime l’atmosphère, tandis que le scénario tisse habilement passé et présent. Un monument du jeu vidéo qui a défini les canons du genre pour la décennie suivante.
Assassin’s Creed Odyssey (2018)
La Grèce antique n’avait jamais été aussi belle. Avec Odyssey, Ubisoft Québec embrasse pleinement la mythologie et pousse les curseurs du RPG à leur maximum. Kassandra et Alexios offrent pour la première fois un véritable choix de protagoniste, chacun apportant sa propre personnalité à cette odyssée homérique.
Le monde ouvert est gigantesque et somptueux, les quêtes secondaires enfin dignes de ce nom, les dialogues à embranchements multiples permettent de façonner son propre destin. Les combats contre le Minotaure, l’exploration de l’Atlantide, la rencontre avec Socrate : Odyssey multiplie les moments de grâce. Certains puristes reprocheront un éloignement de l’essence originelle de la saga, mais qu’importe quand l’expérience atteint de tels sommets.
La révolution pirate et l’expérimentation audacieuse
Après Connor, héros amérindien d’Assassin’s Creed III dont le manque de charisme avait déçu, Ubisoft joue son va-tout avec un concept osé : et si les Assassins prenaient la mer ? Black Flag débarque en 2013 et change radicalement la donne.
Assassin’s Creed IV: Black Flag (2013)
Edward Kenway, pirate charismatique et flibustier dans l’âme, nous embarque dans l’âge d’or de la piraterie caribéenne. Nassau, La Havane, Kingston : chaque port respire l’aventure. Mais ce sont les batailles navales qui volent la vedette, transformant le Jackdaw en véritable personnage à part entière.
Naviguer sur les flots turquoise, chanter des chants de marins avec son équipage, aborder des galions espagnols sous le feu des canons : Black Flag transcende le concept même d’Assassin’s Creed. Les longs moments de navigation contemplative, où l’on observe des baleines nager paisiblement, alternent avec des séquences d’action pure. Le tout porté par une bande originale mémorable et un héros attachant qui évolue de brigand sans foi ni loi à homme d’honneur.
Le grand virage RPG qui divise
Après Unity et Syndicate, deux épisodes techniques catastrophiques qui ont failli couler la franchise, Ubisoft prend une décision radicale en 2017 : tout repenser de zéro. Assassin’s Creed Origins marque le début d’une nouvelle ère, celle du RPG en monde ouvert.
Assassin’s Creed Origins (2017)
L’Égypte antique devient le terrain de jeu le plus impressionnant jamais créé par Ubisoft. Bayek de Siwa, Medjay tourmenté par la mort de son fils, nous guide à travers les sables dorés, les temples majestueux et les pyramides cyclopéennes. Pour la première fois, le monde lui-même devient la véritable star.
Le système de combat est entièrement repensé, plus nerveux, plus stratégique. L’aspect RPG introduit des choix d’équipements, un arbre de compétences, une progression qui donne du poids à chaque action. Certains crieront à la trahison, d’autres applaudiront le renouveau. Une chose est sûre : Origins a sauvé Assassin’s Creed de l’obsolescence programmée.
Assassin’s Creed Valhalla (2020)
Les Vikings débarquent sur les côtes anglaises, et avec eux, un épisode titanesque. Eivor Varinsdottir (ou Varinson selon le choix du joueur) incarne parfaitement la brutalité nordique mêlée à un code d’honneur inflexible. L’Angleterre du IXe siècle se déploie dans toute sa splendeur médiévale.
Valhalla tente la synthèse totale : combats frontaux sanglants, infiltration discrète, mythologie nordique omniprésente, gestion de colonie… L’ambition est immense, parfois trop. Le jeu souffre d’un engorgement de contenus, d’arcs narratifs qui s’étirent, d’une durée de vie qui flirte avec l’indigestion. Mais quand tout fonctionne, Valhalla procure des moments d’épopée inoubliables.
Les épisodes maudits et les faux pas
Toute grande saga connaît ses heures sombres. Assassin’s Creed n’échappe pas à la règle, avec des épisodes qui auraient mieux fait de rester dans les cartons d’Ubisoft.
Assassin’s Creed Syndicate (2015)
Londres victorien, révolution industrielle, jumeaux assassins : sur le papier, tout semblait parfait. Dans les faits, Syndicate s’avère profondément oubliable. Jacob et Evie Frye manquent cruellement de personnalité, l’intrigue principale peine à captiver, et le gameplay, recyclé pour la énième fois, montre tous les signes de l’épuisement.
Le grappin permettant de voler entre les bâtiments apporte un semblant de nouveauté, tout comme les courses en calèche. Mais ces ajouts cosmétiques ne suffisent pas à masquer la lassitude générale. La saga avait besoin d’un électrochoc, pas d’un énième clone à peine remaquillé. Syndicate représente le point le plus bas avant la renaissance d’Origins.
Assassin’s Creed Unity (2014)
La catastrophe technique de la génération. Paris pendant la Révolution française aurait dû être un moment historique pour les joueurs français. Au lieu de ça, Unity débarque criblé de bugs hallucinants : personnages sans visage, chutes dans le décor, framerate en chute libre, missions impossibles à terminer.
Pourtant, sous la gangue de problèmes techniques se cache un jeu remarquablement ambitieux. Paris est reconstitué avec une minutie stupéfiante, le système d’infiltration repensé, les missions de meurtre offrent plusieurs approches. Les années passant, les patchs successifs ont permis à Unity de montrer son vrai visage. Trop tard pour rattraper une réputation désastreuse.
Le retour aux sources avec Mirage
Après des années de mondes ouverts démesurés, Ubisoft Bordeaux propose en 2023 un retour inattendu vers les racines de la saga. Assassin’s Creed Mirage abandonne le RPG pour retrouver l’essence même des premiers opus.
Assassin’s Creed Mirage (2023)
Bagdad au IXe siècle resplendit dans toute sa gloire. Basim Ibn Ishaq, voleur devenu Assassin, nous ramène à l’essentiel : infiltration, parkour, assassinats calculés. La ville grouille de vie, l’architecture inspire le vertige, chaque ruelle raconte une histoire.
Mirage réussit son pari de la nostalgie, mais pèche par excès de prudence. Trop court, trop sage, trop attendu. Après trois ans d’attente post-Valhalla, les fans espéraient davantage qu’un simple hommage au passé. Le jeu plaira aux puristes qui réclamaient un retour aux fondamentaux, mais laissera les autres sur leur faim.
Shadows et l’avenir de la saga
Le Japon féodal. Enfin. Après 18 années d’attente, Assassin’s Creed pose ses valises au Pays du Soleil-Levant. Naoe, shinobi furtive, et Yasuke, samouraï imposant, incarnent une dualité de gameplay inédite dans la saga.
Assassin’s Creed Shadows (2025)
Techniquement irréprochable, artistiquement somptueux, Shadows représente l’aboutissement de la formule Ubisoft. Le Japon de l’ère Sengoku est d’une beauté saisissante, les cerisiers en fleurs contrastent avec la violence des champs de bataille, les temples zen invitent à la contemplation.
Les deux héros offrent des expériences radicalement différentes : Naoe privilégie l’infiltration silencieuse et l’agilité, quand Yasuke fonce dans le tas avec la puissance d’un bulldozer. Cette dualité fonctionne à merveille. Pourtant, Shadows reste trop prudent, trop formaté. Il excelle dans l’exécution mais manque d’audace dans la vision. Un très bon jeu qui aurait pu être exceptionnel avec un peu plus de folie créative.
Les autres épisodes marquants
Assassin’s Creed (2007)
Celui par qui tout a commencé mérite une place de choix dans ce classement. Malgré ses défauts évidents, le premier Assassin’s Creed a révolutionné le jeu d’action-aventure. Son ambition démesurée, son concept novateur mêlant SF et Histoire, son héros iconique : Altaïr a marqué toute une génération de joueurs.
Assassin’s Creed III (2012)
Connor ne parvient jamais à égaler Ezio en termes de charisme, mais son histoire personnelle touche juste. La Révolution américaine offre un cadre original, les batailles de grande envergure marquent les esprits, et les premières batailles navales posent les bases de ce que Black Flag peaufinera. Un épisode de transition important, malgré ses maladresses.
Assassin’s Creed Revelations (2011)
La boucle est bouclée. Ezio, désormais au crépuscule de sa vie, part à Constantinople sur les traces d’Altaïr. Cette conclusion de la trilogie Ezio joue habilement la carte de l’émotion, permettant d’incarner tour à tour les deux plus grands Assassins de la franchise. Techniquement dépassé même à sa sortie, Revelations brille par sa dimension émotionnelle.
Assassin’s Creed Rogue (2014)
Le DLC qui se prenait pour un jeu complet. Rogue reprend intégralement les mécaniques de Black Flag mais avec un twist narratif intéressant : on incarne un Assassin devenu Templier. L’exploration du Pôle Nord offre quelques moments mémorables, mais l’ensemble peine à justifier son existence indépendante.
Assassin’s Creed Brotherhood (2010)
Ezio revient à Rome pour affronter les Borgia. Brotherhood perfectionne tout ce qu’Assassin’s Creed II avait initié : le recrutement d’assassins, les combats en chaîne, l’exploration d’une ville unique mais dense. Le multijoueur asymétrique surprend agréablement. Une suite qui aurait pu être un simple recyclage mais qui s’impose comme un épisode indispensable.
De la Terre Sainte médiévale au Japon féodal, d’Altaïr à Naoe, Assassin’s Creed a traversé les époques en laissant une empreinte indélébile. Certains épisodes resteront gravés dans les mémoires comme des monuments du jeu vidéo, d’autres tomberont dans l’oubli le plus complet. Mais tous, sans exception, ont contribué à bâtir cette cathédrale ludique qui continue de fasciner des millions de joueurs à travers le monde.
La lame est désormais rangée. Mais l’Histoire, elle, continue de s’écrire. Et quelque part, dans l’ombre d’une ruelle japonaise ou au sommet d’une pyramide égyptienne, un Assassin attend patiemment sa prochaine cible.
Nothing is true, everything is permitted.
