Mars 2019. Les salles obscures bruissent d’impatience. Entre Infinity War et son apocalypse à moitié accomplie, et Endgame qui promet la bataille finale, Marvel Studios glisse une carte surprise : sa première héroïne solo. Brie Larson enfile le costume rouge et bleu, Samuel L. Jackson rajeunit de vingt ans par la grâce des pixels, et l’univers cinématographique des Avengers s’élargit jusqu’aux confins galactiques. Pourtant, derrière le milliard de dollars engrangé au box-office mondial se cache un malaise tenace. Captain Marvel fascine autant qu’il déçoit, séduit autant qu’il frustre. Alors, faut-il redonner sa chance à cette pierre angulaire du MCU, ou l’enterrer définitivement dans le cimetière des occasions ratées ?
L’essentiel à retenir
- Un démarrage spatial prometteur qui s’enlise dès le retour sur Terre
- Brie Larson bridée par un scénario trop calibré, incapable de faire briller son personnage
- Samuel L. Jackson rajeuni numériquement : une prouesse technique qui fonctionne à merveille
- Des thèmes forts (féminisme, manipulation, guerre) survolés au lieu d’être explorés
- Un succès commercial massif (1,1 milliard de dollars) qui masque un échec artistique
- Une suite catastrophique en 2023 avec The Marvels, l’un des pires scores du MCU
Quand l’espace promet plus que la Terre ne tient
Les vingt premières minutes de Captain Marvel respirent l’audace. Carol Danvers se réveille dans la cité flottante des Kree, s’entraîne aux côtés de guerriers extraterrestres, dialogue avec une Intelligence supérieure. La caméra glisse sur des décors spatiaux soignés, baignés de lumières néons et d’esthétiques futuristes. Pour une fois, Marvel Studios semble prêt à explorer véritablement son univers étendu, loin des ruelles new-yorkaises et des bases secrètes souterraines.
Cette ouverture spatiale offre ce que le MCU propose trop rarement : un véritable dépaysement. La civilisation Kree, technologiquement avancée et régie par des codes sociaux rigides, déploie une richesse visuelle qui captive. Les effets spéciaux sont là, solides, maîtrisés. Le rajeunissement numérique de Samuel L. Jackson impressionne par sa fluidité. Aucun lissage grotesque, aucune rigidité faciale. L’illusion fonctionne. On oublie la prouesse technique pour se concentrer sur Nick Fury, version années 90, dynamique et sarcastique.
Mais dès que Carol s’écrase sur Terre, tout bascule. Le film retrouve ses réflexes conditionnés : rues anonymes, complexes militaires génériques, déserts poussiéreux. La mise en scène d’Anna Boden et Ryan Fleck, issue du cinéma indépendant, se noie dans les exigences formatées du studio. Leur signature disparaît, avalée par la machine Marvel. Les scènes d’exposition sont filmées comme dans une sitcom télévisée. Les dialogues peinent à créer du relief. L’action se contente du minimum syndical.
Brie Larson face au piège de l’amnésie narrative
Oscarisée pour Room, Brie Larson débarque dans le MCU avec une légitimité artistique indéniable. Sur le papier, Carol Danvers est un personnage fascinant : pilote de l’Air Force ambitieuse, victime d’une explosion qui lui confère des pouvoirs extraordinaires, enlevée et manipulée par les Kree pour devenir une guerrière impitoyable, avant de redécouvrir son humanité et sa vraie puissance.
À l’écran, le résultat déçoit. Brie Larson assure le service minimum entre répliques sarcastiques et scènes d’action calibrées. Elle tire la tronche, lance quelques punchlines, vole dans les airs. Rien de plus. L’actrice est bridée par un scénario qui refuse de prendre des risques, prisonnier de la formule d’origin story déguisée. L’amnésie du personnage, censée créer du mystère, fonctionne surtout comme un prétexte pour éviter toute vraie construction psychologique.
Carol redécouvre son identité de manière hors-champ, à coups de flashbacks télégraphiés et de révélations expédiées. Le film ne prend jamais le temps de l’accompagner véritablement dans ce voyage intérieur. Résultat : impossible de créer un lien émotionnel avec cette héroïne qui traverse l’écran sans jamais vraiment prendre vie. Là où Wonder Woman respirait la fougue et la générosité, Captain Marvel affiche une froideur d’androïde.
Pire encore : lorsque Brie Larson a initialement reçu la proposition de Marvel en 2016, pendant le tournage de Kong : Skull Island, elle a refusé. Plusieurs fois. « C’était trop pour moi. J’avais trop d’anxiété », confiera-t-elle plus tard. Il a fallu l’insistance du studio pour qu’elle accepte finalement. Cette hésitation transparaît-elle à l’écran ? Difficile à dire. Mais l’absence d’élan, de conviction profonde, se ressent.
Samuel L. Jackson sauve les meubles avec un Nick Fury libéré
Depuis 2008 et Iron Man, Nick Fury papillonne dans le MCU sans jamais vraiment exister. Réduit au statut de vague fil rouge, il balance quelques répliques cinglantes avant de disparaître. Samuel L. Jackson a d’ailleurs exprimé à plusieurs reprises sa frustration face au peu d’importance accordée à son personnage.
Captain Marvel lui offre enfin un vrai rôle. Rajeuni numériquement avec une efficacité stupéfiante, Fury devient le sidekick inattendu de Carol Danvers. Leurs échanges, empreints d’humour et de complicité, insufflent une légèreté bienvenue. Quand Brie Larson peine à sortir de sa posture monolithique, Jackson improvise, rebondit, court-circuite la lourdeur du scénario. Le film devient par moments un buddy movie salvateur, seul antidote à la formule étouffante.
La prouesse technique mérite qu’on s’y attarde. Les équipes d’effets spéciaux ont rajeuni Jackson de près de vingt-cinq ans sans tomber dans les pièges habituels. Pas de visage trop lisse, pas de rigidité suspecte. L’acteur retrouve une vitalité physique qu’on ne lui avait plus vue depuis des lustres. Sa voix a même été légèrement retravaillée pour coller à l’âge du personnage. Le résultat bluffant prouve que Marvel Studios maîtrise désormais cette technologie, après les errements passés.
Kree contre Skrulls : un conflit galactique dilué en guéguerre
La guerre entre Kree et Skrulls structure l’intrigue du film. D’un côté, les Kree, race technologiquement avancée dirigée par une Intelligence supérieure, qui prône le bien commun au détriment de l’individu. De l’autre, les Skrulls, aliens métamorphes capables de prendre l’apparence de n’importe qui, présentés comme des envahisseurs dangereux.
Le twist moral arrive rapidement : Carol découvre qu’elle combat pour le mauvais camp. Les Skrulls ne sont pas des conquérants, mais des réfugiés fuyant un génocide orchestré par les Kree, véritables fascistes galactiques. Son mentor Yon-Rogg, joué mollement par Jude Law, se révèle être un manipulateur meurtrier. Même Mar-Vell, figure mythique des comics, se transforme en Annette Bening pacifiste et rebelle.
Sur le papier, ce renversement des valeurs ouvre la porte à des questionnements passionnants. Qui définit le Bien et le Mal ? Comment résister à l’endoctrinement idéologique ? Que signifie aider les opprimés quand on a servi les oppresseurs ? Le film effleure ces thématiques sans jamais les creuser. Talos, le chef skrull terrifiant du début, devient rapidement un sidekick attendrissant. L’invasion silencieuse se réduit à une simple bagarre avec quelques bombes. Yon-Rogg et son équipe révèlent leur vraie nature de nazis de l’espace sans faire de vagues.
Au lieu de densifier les conflits, le scénario les désamorce, les dédramatise, les rabote. L’ampleur de l’intrigue se réduit comme peau de chagrin. Les enjeux humains et politiques sont survolés, mentionnés dans quelques dialogues convenus avant d’être oubliés. Marvel Studios refuse une fois de plus de prendre le moindre risque, alors que ce projet offrait le terrain idéal pour explorer des thèmes adultes et contemporains.
Les années 90 en trompe-l’œil marketing
La communication autour du film avait mis en avant son ancrage dans les années 90. Références appuyées à Terminator 2, RoboCop, Total Recall. Promesses d’une ambiance nostalgique pour toute une génération désormais adulte. Sur la bande-son, des tubes comme Come As You Are de Nirvana, Justine d’Elastica, ou Celebrity Skin de Hole.
À l’écran, cette décennie reste cosmétique. Carol se crashe dans un vidéo club, brûle une affiche de True Lies, utilise une cabine téléphonique et un bipper. C’est tout. Aucune vraie immersion dans l’époque, aucun travail sur l’atmosphère ou les codes culturels. Le film aurait pu se dérouler en 2015 sans que cela change grand-chose.
L’utilisation des années 90 répond avant tout à une contrainte narrative interne au MCU : expliquer pourquoi Captain Marvel n’est jamais apparue avant, et comment Nick Fury a perdu son œil. C’est fonctionnel, opportuniste, sans âme. Là où Captain America : Le Soldat de l’hiver jouait brillamment du décalage temporel de Steve Rogers, Captain Marvel n’exploite rien de cette temporalité. Porter un t-shirt Nine Inch Nails ne suffit pas à créer une époque.
Une action étrangement absente pour une super-héroïne surpuissante
Carol Danvers est présentée comme l’une des Avengers les plus puissantes. Capable de voler à vitesse supersonique, de tirer des rayons d’énergie dévastateurs, de traverser des vaisseaux spatiaux et de résister à des impacts cataclysmiques. Sur le papier, le potentiel spectaculaire est immense.
Dans les faits, Captain Marvel souffre d’un paradoxe sidérant : le film manque cruellement d’action mémorable. Les scènes de combat se résument à des échanges de coups de poing et des tirs de protons aux effets variables. Une bagarre dans un métro au ralenti. Une poursuite sur des toits. Des escarmouches dans des marécages brumeux. Rien qui ne tire profit des capacités hors normes du personnage.
Même le climax déçoit. Lorsque Carol décolle enfin et détruit une douzaine de missiles avant de transpercer un vaisseau kree, la mise en scène ne parvient pas à rendre compte de sa puissance. Aucun plan iconique, aucune chorégraphie inventive, aucune sensation de vertige ou d’émerveillement. La réalisation reste sage, fonctionnelle, impersonnelle. Les réalisateurs de seconde équipe, habitués de Marvel Studios, assurent le minimum technique sans jamais insuffler la moindre vision.
C’est désolant de voir un blockbuster à plus de 150 millions de dollars afficher si peu d’ambition dans l’action. Surtout après les envolées spectaculaires de Christopher Reeve dans Superman, qui reste quarante ans plus tard une référence inégalée. Captain Marvel ne propose aucun équivalent, aucun moment de grâce pure qui marquerait les mémoires.
Jude Law, un antagoniste sacrifié sur l’autel de la bienséance
Jude Law fait partie de ces acteurs prestigieux que Marvel Studios aime recruter pour apporter un vernis de légitimité artistique. Malheureusement, son Yon-Rogg rejoint la longue liste des méchants sous-exploités du MCU.
L’acteur britannique semble absent, comme s’il traversait le film en roue libre. Son mentor manipulateur manque de finesse, de profondeur, de présence. Law surjoue les expressions, souligne lourdement chaque réplique, sans jamais apporter la moindre subtilité à sa partition. On devine le twist de trahison dès ses premières scènes, tant l’interprétation télégraphie ses intentions.
Le scénario ne l’aide pas. Yon-Rogg n’a aucun véritable arc narratif, aucune motivation complexe, aucun dilemme intérieur. C’est un antagoniste schématique, réduit à quelques répliques sur la maîtrise des émotions et la force du collectif kree. Sa confrontation finale avec Carol, censée représenter sa libération symbolique, se résout en quelques minutes expéditives. Dommage pour un acteur au charisme naturel aussi marqué.
Le désastre annoncé de The Marvels
En novembre 2023, quatre ans après le triomphe commercial de Captain Marvel, sort The Marvels. Suite directe réunissant Carol Danvers, Kamala Khan (Miss Marvel) et Monica Rambeau, le film devait consolider l’héritage de l’héroïne spatiale.
Ce fut un naufrage historique. Avec seulement 206 millions de dollars récoltés dans le monde pour un budget de 220 millions, The Marvels devient l’un des plus gros échecs du MCU. Les préventes étaient catastrophiques : environ 70 millions de dollars estimés pour le premier week-end aux États-Unis, derrière des flops avérés comme Black Adam ou The Flash.
Les raisons de cet effondrement sont multiples. Fatigue du public face à la surproduction Marvel. Manque de charisme du trio central. Absence de véritable événement narratif. Mais surtout : l’échec artistique de Captain Marvel avait laissé des traces. Le premier film n’avait jamais vraiment conquis les spectateurs, malgré son succès financier. Le bouche-à-oreille tiède avait fait son œuvre. Les fans n’avaient aucune envie de retrouver ces personnages.
En mars 2024, Disney actait officiellement l’abandon de plusieurs projets : Eternels 2, Ant-Man 4, et Captain Marvel 3. Bob Iger, le patron de Disney, choisissait de privilégier la qualité à la quantité. Trop tard pour sauver l’image écornée de Carol Danvers dans l’univers cinématographique.
Anna Boden et Ryan Fleck, talents indés écrasés par la machine
Anna Boden et Ryan Fleck viennent du cinéma indépendant. Remarqués en 2006 avec Half Nelson, drame intimiste qui avait valu une nomination aux Oscars à Ryan Gosling, ils avaient ensuite réalisé Sugar et Une drôle d’histoire. Des films à échelle humaine, portés par des acteurs et des émotions sincères.
Rien qui ne les préparait à un blockbuster à 150 millions de dollars. Marvel Studios les a recrutés pour leur étiquette « petit prestige indé », garantie d’obéissance face à une machine industrielle qui les dépasse. Le résultat est une mise en scène anonyme, sans personnalité, écrasée par les exigences du studio.
Aucun plan ne porte leur signature. Les scènes intimistes sont filmées avec la platitude d’une série B. Les moments d’émotion sonnent faux, comme si le montage avait été recalibré en post-production pour coller aux standards Marvel. Même la scène où Maria Rambeau remotivé Carol, pourtant portée par la talentueuse Lashana Lynch, ne provoque rien. La photographie est fade. Le découpage manque de rythme. La musique s’oublie instantanément.
Boden et Fleck ont co-écrit le scénario avec Geneva Robertson-Dworet (responsable du médiocre Tomb Raider). Mais le générique crédite presque le double de noms pour « l’histoire ». Signe d’un contrôle éditorial pesant, où chaque idée doit passer par une dizaine de filtres avant d’atteindre l’écran. La créativité s’étiole, la vision s’émousse, le film devient un produit calibré comme des milliers d’autres.
Lee Pace, Djimon Hounsou et Goose le chat : le musée des occasions ratées
Captain Marvel se fait plaisir en convoquant des personnages apparus dans d’autres films du MCU. Djimon Hounsou reprend son rôle de Korath, vu dans Les Gardiens de la Galaxie. Lee Pace retrouve son costume de Ronan. Censés créer une continuité narrative, ces caméos ne provoquent qu’un haussement d’épaules.
Djimon Hounsou n’a rien à faire. Il est un membre lambda de l’équipe de Yon-Rogg, sans arc particulier, sans réplique mémorable, sans incidence sur le récit. Lee Pace, acteur magnétique et talentueux, est encore pire loti. Réduit à une figuration d’hologramme, il prononce à peine trois phrases dans tout le film. Un gâchis monumental pour un comédien qui aurait mérité bien mieux.
Quant à Goose le chat, alien déguisé en félin mignon, il incarne tout ce qui dysfonctionne dans l’approche marketing de Marvel. Créé pour devenir un produit dérivé, il pollue le film de ses apparitions forcées. Les personnages s’émerveillent devant lui avec une insistance embarrassante. La doublure numérique, très visible, multiplie les gags télégraphiés. Le climax lui réserve même un rebondissement grotesque : c’est lui qui a crevé l’œil de Nick Fury. Un twist risible qui anéantit des années de mystère entretenu dans le MCU.
Un milliard de dollars ne fait pas une œuvre marquante
Captain Marvel a rapporté 1,128 milliard de dollars dans le monde. Aux États-Unis : 426 millions. En France : 3,375 millions d’entrées. Des chiffres colossaux qui le placent parmi les plus gros succès de 2019, année dominée par Disney avec Le Roi Lion, La Reine des Neiges 2, Avengers : Endgame, Star Wars Episode 9 et Toy Story 4.
Pourtant, ce triomphe commercial masque une vérité crue : le film n’a marqué personne. Contrairement à Black Panther, qui avait provoqué un véritable phénomène culturel, ou Wonder Woman, qui avait conquis les spectateurs par sa sincérité et son énergie, Captain Marvel laisse une impression de passage obligé. Une case cochée dans la chronologie du MCU. Un épisode de transition entre deux vrais événements.
La critique était mitigée dès sa sortie. Sur Rotten Tomatoes, le film obtient 79 % d’avis positifs côté presse, mais seulement 45 % côté public. Les spectateurs n’ont pas accroché. Le bouche-à-oreille tiède a fait son œuvre. Carol Danvers n’est jamais devenue une icône, malgré son statut central dans la guerre contre Thanos.
Le succès financier s’explique par le timing parfait : coincé entre Infinity War et Endgame, Captain Marvel bénéficiait d’une curiosité maximale. Les fans voulaient comprendre qui était cette héroïne surpuissante appelée à la rescousse dans la scène post-générique d’Infinity War. Ils sont venus, ont payé, sont repartis. Sans enthousiasme débordant. Sans envie de revoir le film. Sans désir de prolonger l’expérience.
Les scènes post-générique ou l’art du teasing sans saveur
Comme toute production Marvel, Captain Marvel propose deux scènes après le générique. La première renvoie directement à Avengers : Endgame. Captain America et Black Widow observent le bipper de Nick Fury, qui vient de s’éteindre après avoir appelé à l’aide. Désespoir. Puis Carol Danvers apparaît soudain dans leur QG, impassible, demandant où se trouve Fury.
C’est du pur teasing mécanique. Aucune émotion, aucune surprise, aucun frisson. Le spectateur savait déjà que l’héroïne allait rejoindre les Avengers. Cette scène n’apporte rien, si ce n’est la confirmation d’une évidence. Elle illustre la paresse narrative de Marvel Studios, qui préfère balancer un appât visuel plutôt que de construire un véritable pont narratif.
La seconde scène est un gag avec Goose le chat, qui crache le Tesseract sur le bureau de Fury. Car oui, la source d’énergie convoitée pendant tout le film se révèle être l’une des Pierres d’infinité. Une révélation qui ne provoque qu’un haussement d’épaules, tant elle arrive comme un cheveu sur la soupe.
Faut-il revoir Captain Marvel aujourd’hui ?
Cinq ans après sa sortie, Captain Marvel mérite-t-il qu’on lui redonne une chance ? La réponse dépend des attentes.
Si vous cherchez un divertissement spatial avec de beaux effets spéciaux et Samuel L. Jackson en forme, le film remplit son contrat. Les vingt premières minutes restent plaisantes. Le rajeunissement numérique de Jackson impressionne toujours. Quelques scènes de buddy movie entre Carol et Fury fonctionnent bien. La direction artistique spatiale offre de jolis tableaux.
Mais si vous espérez un récit cohérent, une héroïne charismatique, des enjeux forts, une mise en scène inspirée, passez votre chemin. Captain Marvel est une œuvre moyenne qui fait le job sans jamais transcender sa mission. Un produit calibré, formaté, aseptisé par les exigences d’un univers étendu devenu trop lourd à porter.
Le film illustre les limites du modèle Marvel : une formule éprouvée qui garantit des recettes colossales, mais étouffe toute créativité véritable. Anna Boden et Ryan Fleck ont été recrutés pour leur talent indé, puis muselés par la machine. Brie Larson a été bridée par un scénario timoré. Les thèmes forts ont été survolés pour ne froisser personne. L’action a été sabotée par une mise en scène sans panache.
Résultat : une pierre dans l’édifice du MCU, certes, mais une pierre fade, sans éclat, qu’on oublie sitôt le générique terminé. Captain Marvel n’est ni un chef-d’œuvre à redécouvrir, ni un navet intégral à jeter aux oubliettes. C’est un entre-deux frustrant, symptôme d’un univers cinématographique épuisé qui tourne en rond depuis Endgame.
La question n’est peut-être pas de savoir s’il faut revoir Captain Marvel. Mais plutôt : Marvel Studios saura-t-il un jour donner à ses héroïnes l’espace de liberté qu’elles méritent ?
