
Dans l’immense constellation de Marvel Studios, chaque nouveau blockbuster est scruté à la loupe, plus encore lorsqu’il s’attaque à une figure centrale de l’univers étendu des Avengers. Captain Marvel, film charnière dans la chronologie du Marvel Cinematic Universe (MCU), avait pour mission de marquer un tournant : offrir une héroïne solo capable de rivaliser avec ses pairs masculins. À la croisée des chemins entre la science-fiction et la célébration du genre super-héroïque, ce long-métrage orchestré par Anna Boden et Ryan Fleck a suscité un mélange d’admiration et de déception. Entre des débuts prometteurs dans l’espace et un retour sur Terre bien plus classique, l’œuvre questionne son propre héritage. Est-ce une œuvre à redécouvrir pour ses fulgurances visuelles et thématiques, ou un épisode à oublier au regard de ses failles narratives et artistiques ?
Dès les premières séquences, le film déploie un univers spatial ambitieux. Avant même que Brie Larson incarne pleinement Carol Danvers, l’immersion dans la cité flottante des Kree offre un spectacle visuel envoûtant. Ce démarrage, à mille lieues des terrains familiers terrestres que propose souvent Marvel, élargit l’horizon du MCU de manière significative.
Le choix de commencer par une plongée dans une culture extraterrestre, aux coutumes et codes complexes, apporte au film un souffle d’originalité indéniable. La civilisation Kree, technologiquement avancée et dirigée par une Intelligence supérieure, est dépeinte avec finesse, offrant un décor généreusement filmé, bien que parfois sous-exploité scénaristiquement.
Voici quelques éléments qui participent à la réussite de cette première partie :
Le rajeunissement numérique de Samuel L. Jackson illustre parfaitement l’intelligence technique de ce volet. Évitant la caricature numérique rencontrée dans d’autres tentatives du genre, son Nick Fury gagne en crédibilité et en renouvellement, posant ainsi une base solide à l’histoire tout en capturant subtilement l’attention. Cette prouesse visuelle invite à relire la manière dont Marvel réussit ponctuellement à se réinventer malgré un modèle éprouvé.
Brie Larson, talent confirmée ayant décroché un Oscar pour un drame indépendant, se devait de porter ce premier film solo. Pourtant, sa prestation illustre bien le contraste entre un casting talentueux et un scénario timide. Elle campe Carol Danvers avec une juste sobriété, oscillant entre froideur et sarcasme, mais le personnage peine à transcender ce script qui ne l’aide guère à se déployer pleine puissance.
Plusieurs facteurs expliquent cette sensation mitigée :
La complexité de Carol Danvers, avec son identité fragmentée, aurait pu être un terreau fertile pour une construction psychologique intéressante, un angle encore trop peu exploré par Marvel Studios. Cette retenue narrative empêche donc de véritablement s’immerger dans l’âme de la super-héroïne, ce malgré un effort évident de la part de Brie Larson.
La guerre interstellaire entre Kree et Skrulls constitue le squelette narratif du film, avec un twist moral appréciable : les Kree ne sont pas les héros purs que l’on espérait, tandis que les Skrulls se révèlent victimes plutôt que bourreaux. Ce retournement sur la notion du bien et du mal dans un contexte galactique méritait un traitement plus profond.
Or, à l’écran, la confrontation entre ces deux factions manque de mordant et de tension dramatique. Un certain dilettantisme scénaristique réduit la portée des enjeux :
Ce traitement dilettante fait passer à côté de l’opportunité d’explorer des questionnements contemporains sur l’identité, la loyauté et le refus de l’Autre, pourtant effleurés verbalement dans le film. On reste ainsi sur notre faim quant à la gestion intelligente de cette riche mythologie.
Un argument marketing fort du film était sa plongée dans les années 90, théorie nostalgique censée séduire une génération désormais adulte. En dépit de clins d’œil aux classiques comme Terminator 2 ou RoboCop, ou d’accessoires caractéristiques tels qu’un vidéo club ou un bipper, cette époque reste avant tout superficielle dans le déroulement du récit.
Quelques éléments illustrent le côté décevant :
Cette utilisation des années 90 semble donc surtout répondre à un besoin de contextualiser l’héroïne dans la chronologie étendue, répondant aux contraintes du MCU plus qu’à un désir sincère d’explorer cette époque riche en influences.
À l’aune des enjeux du film, le casting présente un contraste saisissant entre acteurs expérimentés et rôles sacrifiés. Samuel L. Jackson, encore une fois, transcende son rôle avec un Nick Fury dynamique et rajeuni artificiellement. Ses interventions, pleines d’humour et d’esprit, insufflent une légèreté bienvenue qui contrebalance souvent la lourdeur du récit.
En revanche, Jude Law peine à investir son personnage de Yon-Rogg, malgré sa réputation et son charisme naturel. Son interprétation frôle souvent la caricature, privé d’un véritable arc narratif et réduit à un antagoniste schématique.
Quelques points à retenir :
Le contraste de ces prestations signale un déséquilibre entre un casting talentueux et un script qui ne parvient pas à leur offrir un terrain de jeu à la hauteur. Le film devient ainsi le théâtre d’acteurs qui font ce qu’ils peuvent dans un cadre trop rigide.
Comme tout film Marvel Studios qui se respecte, Captain Marvel propose deux séquences post-génériques, destinées à préparer la suite du MCU tout en distillant de fines touches d’humour.
✅ Première scène : révélation directe vers Avengers : Endgame. L’arrivée de Carol Danvers auprès des Avengers, encore sous le choc des événements précédents, marque un tournant narratif, mais son traitement reste froid, presque mécanique. Un teasing qui invite à la suite sans véritablement émouvoir.
⚠️ Seconde scène : un gag avec le chat Flerken Goose, destiné à briser la tension, mais qui apparaît ici quelque peu forcé. La transformation du félin en élément-clé de la mythologie semble pousser un peu trop loin la stratégie marketing autour des personnages secondaires.
Le procédé humoristique autour de Goose rappelle les erreurs commises dans d’autres blockbusters où la multiplication de gags dilue la tension dramatique. On retrouve ici un équilibre fragile que Marvel Studios maîtrise avec plus ou moins de bonheur, comme analysé dans certains articles sur de récents échecs Disney.
Il est surprenant qu’un personnage considéré comme l’un des plus puissants du MCU se voie cantonné à des séquences d’action globalement fades et peu inventives. Force est de constater que le film manque cruellement de moments d’action mémorables, bien loin des envolées spectaculaires propres aux blockbusters de super-héros.
À observer :
Ce paradoxe interpelle, notamment dans le contexte du MCU où Marvel est souvent critiqué pour le manque de prises de risque dans ses productions. Ici, le soupçon d’une production trop policée ou trop dépendante d’équipes secondaires de réalisation se fait sentir.
Anna Boden et Ryan Fleck, issus du cinéma indépendant, avaient la lourde tâche d’apporter un souffle neuf au MCU. Or, leur travail se révèle largement calibré, sans empreinte personnelle marquée, ce qui témoigne d’une mainmise éditoriale pesante chez Marvel Studios et Disney.
Caractéristiques notables :
Malgré leur passé indé riche en nuances, Boden et Fleck semblent avoir été encadrés pour assurer une conformité qui étouffe leur créativité. Ce constat illustre bien les limites d’un univers cinématographique globalisé où l’originalité doit souvent céder face aux exigences commerciales ou stratégiques.
À ce stade, il convient de mesurer l’impact réel du film dans la galaxie Marvel Studios. Alors que le blockbuster affiche des records au box-office et joue un rôle clé dans la transition vers Avengers : Endgame, la réception critique est plus contrastée, reflet d’une œuvre inégale.
Points clés à considérer :
La controverse autour de Captain Marvel rappelle que le succès commercial ne garantit pas nécessairement la pérennité artistique. Dans ce contexte, il est aussi intéressant de comparer ce cas à d’autres échecs et réussites du cinéma contemporain, notamment dans la catégorie des super-héros ou du cinéma de franchise sur lesquels nous avons régulièrement publié, tels que Iron Fist ou le fiasco Borderlands.
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