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    Nrmagazine » Buddy : Casper Kelly transforme la nostalgie en cauchemar analogique
    Blog Entertainment 9 juillet 20265 Minutes de Lecture

    Buddy : Casper Kelly transforme la nostalgie en cauchemar analogique

    Le créateur de Too Many Cooks passe au long métrage et fait déjà suinter l’angoisse sous le vernis pastel
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    Casper Kelly, l’homme derrière le délire culte Too Many Cooks, débarque enfin au cinéma avec Buddy et, sans surprise, il ne vient pas distribuer des chamallows. Le premier teaser vend une fausse douceur télévisuelle qui tourne très vite au malaise bien poisseux.

    Pour remettre les pendules à l’heure, on parle ici d’un cinéaste qui a toujours aimé prendre les codes les plus rassurants de la culture pop pour les faire dérailler. Too Many Cooks, en 2014, avait commencé comme un générique de sitcom un peu trop zélé avant de virer au cauchemar absurde, puis à la mécanique de sabotage pur et simple. En 2022, Adult Swim Yule Log prolongeait cette obsession du faux familier qui se fissure. Avec Buddy, Kelly passe à l’échelle supérieure : son premier long métrage destiné aux salles, produit dans le sillage d’un regain d’intérêt pour l’analog horror, ce sous-genre qui aime salir l’image, tordre la mémoire et faire croire qu’une cassette VHS peut encore vous regarder de travers. On n’est pas là pour la nostalgie en pilule, mais pour la nostalgie comme arme blanche.

    Le timing, au fond, n’a rien d’innocent. Depuis le succès de Backrooms de Kane Parsons, le cinéma de genre a bien compris que l’angoisse peut se glisser dans des formes rétro sans se contenter de faire du vintage décoratif. Le public a déjà montré qu’il pouvait suivre quand l’image semble abîmée, quand le cadre paraît trop propre pour être honnête, quand le conte pour enfants cache une sale mécanique derrière ses couleurs fluo. Et Buddy s’inscrit pile dans cette zone-là, avec son faux programme jeunesse, son univers de télévision imaginaire et son petit monde où tout sourit un peu trop fort pour être sincère. Le piège est simple : plus c’est mignon, plus ça sent le roussi.

    Et c’est précisément là que Casper Kelly devient intéressant : il ne recycle pas la nostalgie, il la démonte pièce par pièce jusqu’à ce qu’elle ressemble à un cadavre de mascotte.

    Le sourire peint sur la vitre

    Le synopsis de Buddy pose un décor en apparence candide : une émission pour enfants, un personnage central en forme de licorne orange, des gamins qui chantent, dansent et répètent les bonnes leçons du jour. Sauf qu’un enfant refuse de jouer le jeu, et l’édifice commence à se craqueler. Rien de neuf sur le papier ? Peut-être. Mais chez Kelly, le banal n’est jamais banal très longtemps. Ce qui l’intéresse, ce n’est pas seulement la chute du masque, c’est le moment exact où le masque se met à transpirer. Le teaser le montre bien avec ses éclairs d’animatronique sanguinolent, son enfant percé au thorax, son œil qui épie à travers une ouverture comme un gros vice mal caché. Le genre de détail qui fait comprendre qu’on ne regarde pas un simple pastiche, mais une machine à fantasmes qui a mal tourné. Bref, le doudou a pris un coup de lame.

    Affiche de Too Many Cooks
    Affiche de Too Many Cooks

    Il faut aussi regarder le casting, parce qu’il dit quelque chose du projet. Cristin Milioti, Delaney Quinn, Topher Grace, Keegan-Michael Key, Michael Shannon, Patton Oswalt : sur le papier, ça ressemble à un casting qui a accepté de venir jouer dans la cour des monstres sacrés du bizarre. Milioti, surtout, a déjà prouvé qu’elle savait naviguer entre la comédie, la mélancolie et le vertige, tandis que Shannon apporte toujours cette menace de fond, ce simple fait d’exister qui suffit à faire pencher une scène du mauvais côté. On imagine sans peine que Kelly s’amuse à faire dialoguer ces présences très identifiables avec un dispositif qui, lui, cherche à les avaler. Le film promet moins des stars qu’une contamination.

    La cassette qui mord encore

    Ce qui rend Buddy plus excitant qu’un simple exercice de style, c’est sa manière d’attaquer la nostalgie là où elle fait le plus mal : dans l’enfance télévisuelle, ce grand réservoir de réconfort fabriqué par l’industrie. Hollywood adore vendre des souvenirs en kit, on le sait depuis des lustres, mais Kelly semble vouloir faire l’inverse : montrer que le souvenir est déjà une matière instable, qu’il suffit d’un grain de sable dans le mécanisme pour que tout le décor se transforme en piège. D’où cette impression très lynchienne qui ressort du teaser, non pas comme un hommage de salon, mais comme une contamination du quotidien par quelque chose de pourri, de très américain et de très ancien. Une peluche qui cache une dentition, en somme. Charmant.

    Le passage par Sundance, où le film a déjà été repéré parmi les titres les plus marquants de l’année par la rédaction de Slashfilm, confirme que l’objet n’est pas seulement un gadget de bande-annonce. Il y a là une vraie promesse de mise en scène, une façon de faire monter l’inquiétude sans la surligner comme un stagiaire en manque d’effets. Reste la question qui nous amuse toujours à l’équipe de la rédaction : jusqu’où peut aller un film qui part d’une icône de programme jeunesse pour aller vers le malaise pur ? Si Kelly tient la durée, Buddy pourrait bien devenir le genre d’ovni qu’on cite pendant des années, entre deux débats sur les limites du revival et les joies douteuses du recyclage pop. Quand la nostalgie se met à grincer, on tient souvent les meilleurs cauchemars.

    Sortie annoncée en salles le 28 août 2026. D’ici là, on peut déjà se préparer à voir une licorne orange nous faire regretter l’époque où les cauchemars avaient au moins la décence de ne pas sourire. Et franchement, ça, c’est une sale idée très prometteuse.

    nrmagazine
    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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