Quelques images fixes. Un enfant au regard vide. Des bandages qui suintent. La première bande-annonce de The Mummy version 2026 ne cherche pas à séduire : elle veut contaminer. Là où les précédentes incarnations misaient sur l’exotisme hollywoodien ou l’action spectaculaire, Lee Cronin choisit la voie inverse — celle de la décomposition lente, du malaise qui s’infiltre, de la peur qui colle à la peau comme une poussière millénaire impossible à laver.
L’essentiel à retenir
- Un virage radical : Blumhouse et New Line confient la momie à Lee Cronin pour une relecture horrifique, loin du blockbuster d’aventure
- EsthétiqueTexan Chainsaw : Photos fixes, grain sale, sound design industriel — le teaser cite ouvertement le classique de Tobe Hooper
- Katie, l’enfant revenue : Le monstre n’est plus un pharaon mais une fillette disparue qui revient transformée, ancrant l’horreur dans l’intime familial
- Stratégie de l’opacité : Aucun récit livré, juste une texture, un climat — le teaser fabrique une attente adulte fondée sur la mise en scène
Quand la momie sort du musée d’aventure pour entrer au charnier
Depuis les années 1990, le nom The Mummy évoquait surtout l’aventure grand public : temples dorés, héros charmeurs, malédictions expliquées en trois répliques. Même la tentative récente de bâtir un univers partagé autour des monstres Universal s’est noyée dans ses propres ambitions formatées. Cette fois, le mouvement s’inverse. Blumhouse, habitué aux budgets serrés et aux partis pris assumés, s’associe à New Line Cinema et confie les rênes à Lee Cronin.
Le réalisateur irlandais a déjà prouvé avec Evil Dead Rise qu’il savait filmer la contamination — des espaces, des corps, des liens familiaux — avec une cruauté frontale qui ne s’embarrasse pas d’explications. Son cinéma repose sur l’idée simple et terrible que l’horreur n’a pas besoin de justification mythologique : elle existe, elle progresse, elle dévore. Placer un tel cinéaste aux commandes d’une franchise aussi iconique que The Mummy n’est pas un accident : c’est une déclaration d’intention.
Le teaser ne raconte rien. Il installe un climat. Et dans ce refus de l’explication immédiate, il y a déjà tout un programme esthétique.
Un teaser construit comme un dossier médico-légal
Pas de temple majestueux, pas de malédiction exposée devant une carte du monde. À la place : une succession de photographies montrant un corps en décomposition progressive. Ces images fixes, sales, presque documentaires, créent un trouble particulier. Elles ne cherchent pas à impressionner par leur échelle ou leur spectacle — elles griffent la rétine par leur précision clinique.
Cette stratégie visuelle rappelle immédiatement Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper, film dont Cronin revendique ouvertement l’héritage. Pas seulement dans l’imagerie, mais dans la grammaire : l’idée que l’horreur peut naître d’un rapport très concret à la matière, au grain de l’image, à la texture du réel. Le film de Hooper commençait par des flashs photographiques sur des cadavres exhumés. The Mummy 2026 semble vouloir rejouer cette ouverture — transformer le teaser en prologue horrifique pur, avant même que le récit ne démarre.
Le sound design accompagne cette désorientation. Aucune orchestration grandiose, aucun thème héroïque. Juste une matière industrielle, grinçante, mécanique, qui résonne comme un espace fermé où quelque chose attend. Le son ne souligne pas l’image : il la contamine. Il fabrique une temporalité de l’angoisse, un battement interne qui prépare sans livrer.
Katie : quand le monstre porte le visage d’une enfant disparue
L’un des choix narratifs les plus fascinants révélés jusqu’ici concerne l’identité même de la momie. Oubliez les pharaons vengeurs, les princesses maudites, les figures royales drapées dans la mythologie antique. Ici, le cœur du film repose sur Katie, une fillette disparue qui revient auprès des siens — mais transformée, habitée par une identité monstrueuse impossible à accepter.
Ce déplacement change tout. L’horreur ne vient plus d’un passé lointain qu’on dérange, mais d’un retour impossible : reconnaître un visage aimé et ne plus pouvoir y croire tout à fait. C’est une piste cinématographiquement fertile. Les meilleurs films d’horreur touchent souvent à l’inacceptable quotidien — la maison qui devient étrangère, le proche qui devient autre, l’enfant qui cesse d’être enfant.
En ancrant la momie dans la cellule familiale plutôt que dans l’expédition archéologique, Cronin rapproche son film d’une tradition horrifique plus intime : celle du body horror, de la possession domestique, du deuil qui refuse de s’achever. On pense à Pet Sematary, à The Brood, à tous ces récits où le retour du mort est une atteinte au noyau affectif.
Ce que le teaser protège soigneusement, c’est le « pourquoi ». Pourquoi Katie ? Pourquoi cette transformation ? Quelle malédiction l’a touchée, et comment ? Cette opacité n’est pas une faiblesse marketing : c’est une promesse de récit. À force d’expliquer trop tôt, beaucoup de reboots étouffent leur propre mystère. Ici, l’énigme reste entière.
Une esthétique de la rugosité assumée
Visuellement, le teaser refuse toute complaisance. Le grain est présent, presque palpable. Les couleurs sont désaturées, terreuses, comme si le film lui-même était exhumé d’une archive oubliée. Cette texture « sale » n’est pas un effet gratuit : elle inscrit The Mummy dans une lignée précise du cinéma d’horreur, celle qui préfère la rugosité à la léchage visuel, la matérialité à l’effet numérique clinquant.
Cronin semble vouloir filmer la momie non comme une attraction, mais comme une présence — quelque chose qui modifie le monde autour d’elle, cadre après cadre. Cette approche demande une confiance rare : celle de laisser le spectateur combler les vides, ressentir avant de comprendre, accepter d’avancer sans carte.
C’est aussi un pari risqué. Une telle radicalité peut séduire les amateurs d’horreur sèche, mais laisser à distance ceux qui attendent une narration plus expansive. Le film devra trouver son équilibre entre ambiance oppressante et développement dramatique, entre suggestion et chair émotionnelle. Sans cette dernière, l’horreur devient surface, posture, exercice de style.
Blumhouse et New Line : l’alliance du pragmatisme et de l’histoire
L’étiquette Blumhouse évoque un certain pragmatisme créatif : budgets maîtrisés, confiance accordée aux cinéastes, attention à l’efficacité conceptuelle. New Line, de son côté, porte une histoire plus large avec l’horreur — des Freddy aux Conjuring, en passant par les Final Destination. Cette association pourrait produire quelque chose d’intéressant : une momie à taille « humaine », loin des superproductions aseptisées, mais portée par une infrastructure capable de lui donner une vraie visibilité en salles.
Le point délicat sera l’équilibre. Préserver l’âpreté promise par le teaser tout en portant le film à une échelle suffisamment ample pour un titre aussi chargé symboliquement que The Mummy. C’est un problème de dosage, donc de cinéma : combien d’ombre, combien de récit, combien d’icône.
Ce que le teaser refuse de livrer — et pourquoi c’est important
Pas de héros identifié. Pas de cartographie de l’intrigue. Pas de one-liner accrocheur. Le teaser de The Mummy 2026 est construit sur une logique de rétention. Il ne présente que trois certitudes : un corps, un réveil, un son. Avec ça, il fabrique une attente plus adulte — l’attente d’une mise en scène, pas d’un synopsis.
Cette stratégie renvoie à une idée simple mais rare dans le marketing contemporain : l’horreur peut être un cinéma de la suggestion, mais aussi un cinéma du détail matériel. Une fissure, une texture, une photo trop nette. Le teaser choisit les éléments les plus pauvres en narration et les plus riches en sensation.
Sur le papier, c’est cohérent avec le cinéma de Cronin. Reste à voir si le film tiendra cette promesse jusqu’au bout, ou s’il finira par céder aux réflexes du genre — l’exposition tardive, le climax spectaculaire, la résolution rassurante.
Reboot, hommage, ou refondation ?
Le reboot est un terrain miné. Il est attendu par les studios, redouté par une partie du public. Mais il devient intéressant lorsqu’il assume une réinterprétation plutôt qu’une simple remise à neuf. À ce titre, l’approche de The Mummy 2026 semble vouloir faire ce que les relances les plus pertinentes tentent : reprendre un nom connu pour changer le genre réel du film.
On voit le même mouvement d’attente autour d’autres œuvres à venir, où le public scrute moins « l’histoire » que la direction artistique et les partis pris. L’annonce autour de The Batman — Partie II et certains choix de casting, la curiosité suscitée par un projet aussi singulier que Megalopolis, ou encore la manière dont une suite potentielle peut se justifier au-delà du réflexe industriel, comme le montre le débat autour d’Edge of Tomorrow 2.
Même la sérialisation, avec son autre rythme et ses contraintes propres, accompagne ce besoin de « ton » plus que de simple marque. Le retour de certaines sagas en série, évoqué par exemple via la dynamique autour de Percy Jackson, montre à quel point le public est devenu sensible à la cohérence d’univers, de mise en scène, de casting — davantage qu’à l’étiquette seule.
L’horreur comme expérience sensorielle, pas comme folklore
Ce qui rend ce projet excitant — au sens critique, pas publicitaire — c’est l’idée que Cronin puisse traiter The Mummy non comme un musée de références, mais comme une expérience sensorielle. S’il réussit, le film pourrait renouer avec une horreur qui ne cherche pas à être « sympathique », ni même immédiatement « divertissante », mais qui travaille un malaise durable.
Ce serait aussi une manière de rappeler que les monstres classiques ne sont pas condamnés au folklore. Ils peuvent redevenir inquiétants dès qu’on les arrache au confort du récit d’aventure, et qu’on les replace dans un dispositif de cinéma : cadre resserré, montage qui refuse la respiration, son qui n’illustre pas mais attaque, direction d’acteurs tournée vers la sidération plutôt que l’héroïsme.
À l’heure où l’imaginaire horrifique circule aussi intensément dans d’autres formes populaires — y compris le jeu vidéo, comme on le voit dans les attentes autour des meilleurs jeux vidéo 2025 — la question n’est peut-être plus « comment faire peur », mais « comment fabriquer une peur qui ait une texture, une mémoire, une signature ».
Ce qui peut diviser : promesse de noirceur et risque de surenchère
Un teaser aussi elliptique et aussi « texturé » peut séduire les amateurs d’horreur sèche, mais laisser à distance ceux qui attendent une narration plus expansive. L’invocation d’un classique des années 1970, si elle se confirme, peut également créer une attente exigeante : plus le film revendique une filiation, plus il sera jugé sur son degré de nécessité.
Il y a aussi un danger de surenchère : confondre noirceur et profondeur, grimace et terreur. La réussite se jouera probablement sur un point précis : la capacité à faire exister Katie autrement qu’en concept, à donner un poids émotionnel au retour, à la famille, au soupçon, au déni. Sans cette chair dramatique, l’horreur devient surface.
Le vrai test : filmera-t-il la momie comme une présence ?
Le teaser de The Mummy 2026 suggère un film qui veut faire confiance au spectateur : lui laisser combler des vides, ressentir avant de comprendre, accepter d’avancer sans carte. Reste une question, la plus intéressante : Cronin filmera-t-il la momie comme une attraction, ou comme une présence — quelque chose qui modifie le monde autour d’elle, cadre après cadre, souffle après souffle ?
En attendant d’ouvrir le sarcophage en salle, la bande-annonce fait au moins une chose rare : elle donne envie d’observer une mise en scène, pas seulement de consommer une histoire. Et c’est déjà beaucoup.
