Bande-annonce de The Death Of Robin Hood : Hugh Jackman incarne le héros légendaire comme jamais auparavant

Il existe des figures si profondément enracinées dans l’imaginaire collectif qu’elles finissent par échapper à leurs origines. Robin Hood appartient à cette catégorie rare : un personnage que l’on croit connaître avant même de le revoir, un mythe que le cinéma recycle sans l’épuiser. Et c’est précisément là que la bande-annonce de The Death Of Robin Hood intrigue : elle ne cherche pas à réactiver une légende confortable, elle semble vouloir en sonder l’ombre, la fatigue, et peut-être la faute.

Le premier signal est presque sémantique : on ne vous vend pas un héros au sens noble du terme. Le montage et le ton laissent plutôt affleurer l’idée d’un homme dont le nom a dépassé l’homme, et qui revient (ou s’effondre) au moment même où la fiction le rattrape. Cette approche, plus crépusculaire que triomphante, fait de ce trailer un objet de cinéma à part : moins une promesse d’action qu’une annonce de tragédie.

Un Robin Hood ancien… et soudain très contemporain

La force du mythe de Robin de Locksley, c’est sa plasticité. À la différence de certains personnages nés du cinéma, il ne dépend pas d’un seul visage ni d’une grammaire fixe. Il traverse les siècles, les supports, les régimes esthétiques. Ce nouveau film semble s’appuyer sur une source étonnamment ancienne — une ballade datant du XVIIe siècle, souvent associée à l’idée d’une fin, d’un retrait, d’un dernier passage. Ce choix n’est pas anecdotique : il déplace le récit du terrain de l’aventure vers celui de la mémoire et de la mort, thèmes que le cinéma contemporain sait charger d’une densité très moderne.

Dans un paysage saturé de récits d’origine et de reboots “de jeunesse”, choisir d’adapter une histoire qui regarde vers l’ultime plutôt que vers le commencement est déjà une prise de position. On devine, à la texture des images et au rythme volontairement elliptique, une œuvre qui veut moins “expliquer Robin Hood” que le confronter à ce qui reste quand la légende cesse d’être utile.

Michael Sarnoski : le cinéma des retours impossibles

Derrière la caméra, Michael Sarnoski n’est pas un choix neutre. Son cinéma s’intéresse aux hommes que la vie a déjà brisés — pas forcément spectaculaires, mais irrémédiablement marqués. Si l’on se fie à ce que la bande-annonce laisse filtrer, The Death Of Robin Hood s’inscrirait dans une continuité thématique : celle du personnage vieillissant, attiré de nouveau vers un passé qu’il croyait refermé, comme si la narration était une force gravitationnelle à laquelle on ne se soustrait jamais.

Le trailer fonctionne d’ailleurs davantage comme un teaser que comme un exposé : peu de situation, peu de lignes de dialogue explicatives, mais une densité d’atmosphère. La mise en avant du mystère n’est pas un artifice marketing ; c’est un dispositif dramaturgique. Sarnoski semble filmer l’information comme une matière rare : tout n’est donné qu’en fragments, comme s’il fallait que le spectateur reconstruise, ressente, devine.

Hugh Jackman : un Robin Hood au bord de sa propre légende

Le choix de Hugh Jackman est, là aussi, significatif. Son image publique oscille entre puissance physique, charisme frontal, et vulnérabilité contrôlée. La bande-annonce exploite précisément cette ambivalence : on retrouve une présence “taillée” pour le mythe, mais traversée par un épuisement qui évoque les figures crépusculaires du cinéma américain récent. Le parallèle qui vient naturellement à l’esprit est celui du héros vieillissant, dépossédé de son aura, obligé de négocier avec ses propres ruines.

Là où d’autres versions de Robin Hood se construisaient sur l’arc moral — le justicier, le voleur au grand cœur, l’amoureux romantique — celle-ci paraît vouloir creuser une zone plus inconfortable : la violence comme langage premier, la culpabilité comme héritage, et la légende comme masque à peine respirable. Jackman n’est pas présenté comme un symbole : il est montré comme un corps dans un monde dur, parfois sale, toujours menaçant.

Une esthétique sombre : la brutalité comme choix de mise en scène

Quelques plans de combat suffisent à donner une idée de l’intention formelle : impacts lourds, chorégraphie moins “ballet” que percussion, sensation de danger immédiat. La référence qui affleure est celle d’un cinéma où l’action n’élève pas le personnage, mais le compromet. Ce n’est pas l’héroïsme, c’est l’effraction. Ce n’est pas l’élan, c’est la conséquence.

Ce qui est intéressant, c’est l’incertitude narrative entretenue par le montage : ces scènes violentes sont-elles des flashbacks (le passé qui remonte) ou les gestes d’un présent qui replonge ? Le trailer utilise cette hésitation comme moteur émotionnel. On ne sait pas si l’on assiste à un homme qui se souvient ou à un homme qui recommence — et cette ambiguïté est, en soi, un commentaire sur les mythes : ils reviennent toujours, mais jamais dans la même forme.

Jodie Comer et l’art du personnage-limite

Face à Jackman, Jodie Comer apparaît dans une position stratégique : celle du personnage qui soigne, qui observe, qui sait peut-être davantage qu’il ne dit. La bande-annonce la filme comme une présence à la fois intime et inquiétante, une figure qui pourrait être la conscience du récit… ou son piège.

Le trailer suggère également un enjeu autour d’une enfant, Little Margaret (interprétée par Faith Delaney), et c’est une idée dramaturgique classique mais efficace : faire peser sur le personnage vieillissant une responsabilité qui l’oblige à se remettre en mouvement. Pas pour la gloire, pas pour la rébellion, mais pour une dette morale ou affective. Dans ce type de récit, la mission n’est souvent qu’un prétexte : le vrai sujet, c’est ce que l’homme est prêt à redevenir.

Little John, silhouettes et promesses : le trailer comme économie de récit

On aperçoit brièvement Little John (incarné par Bill Skarsgård), mais sans scène explicative. C’est un choix révélateur : le film ne semble pas miser sur la réunion “iconique” de la bande comme argument principal. Les seconds rôles — dont Noah Jupe et Murray Bartlett — paraissent volontairement dissous dans le montage, comme si la narration refusait de se structurer autour d’un casting-vitrine.

La bande-annonce vend moins un “monde” au sens blockbuster qu’une trajectoire : celle d’un Robin Hood qui n’a plus l’énergie de l’icône et qui doit pourtant affronter ce que l’icône a laissé derrière elle. Ce minimalisme informatif est une manière de faire confiance au spectateur : on l’invite à entrer par l’humeur, la couleur, le rythme, plutôt que par l’exposition.

Entre folklore et cinéma : ce que la légende autorise encore

La fascination pour Robin Hood vient aussi de cette liberté : chaque époque peut y projeter ses anxiétés. Là où certaines versions mettaient l’accent sur la redistribution, la farce, l’aventure forestière, celle-ci semble déplacer le curseur vers la fin de règne, le coût psychique de la violence, la solitude des figures publiques. C’est une approche qui rejoint un mouvement plus large : le cinéma contemporain aime observer ses propres archétypes au moment où ils se fissurent.

Il est d’ailleurs intéressant de replacer ce film dans une saison où les bandes-annonces elles-mêmes deviennent des petits essais de tonalité. Qu’il s’agisse d’un projet aux ambitions formelles affichées comme Megalopolis, d’un retour à l’efficacité codifiée du cinéma d’épouvante avec Conjuring 4, d’une promesse de continuité spectaculaire autour d’un personnage déjà mythifié comme dans Peaky Blinders : The Immortal Man, ou encore d’une relecture gothique plus frontale via Dracula, on sent un même enjeu : comment réinventer des figures déjà connues sans seulement les repeindre.

À ce titre, The Death Of Robin Hood semble choisir une voie plus risquée : celle du dépouillement et de la noirceur, en assumant que le mythe ne gagne pas toujours à être “modernisé” par ajout, mais parfois par soustraction : retirer l’assurance, retirer la légèreté, retirer le confort moral, et voir ce qu’il reste.

Ce que le film pourrait réussir… et ce qui pourrait le fragiliser

Sur la base de cette bande-annonce, la promesse la plus forte est celle d’un changement de focale. Le récit de Robin Hood a souvent été filmé comme un récit de mouvement : chevauchées, embuscades, élan collectif. Ici, l’énergie semble venir de l’intérieur, d’un conflit moral et d’une menace sourde. Si Sarnoski tient cette ligne, il pourrait livrer un film qui parle autant de la fin des mythes que de leur nécessité.

Le risque, en revanche, est celui d’un ton uniformément plombé, où la gravité deviendrait un style plutôt qu’un sens. La bande-annonce suggère une atmosphère sombre, brutale, mystérieuse ; encore faut-il que le film fasse de cette noirceur une dynamique narrative, et pas seulement un vernis. Un Robin Hood crépusculaire peut être passionnant si la mise en scène garde une respiration, une tension, une ambivalence. Il peut aussi se refermer sur lui-même si tout est traité sur la même note.

Une fin annoncée comme un nouveau départ de lecture

Ce que j’aime, dans cette bande-annonce, c’est qu’elle ne cherche pas à rassurer. Elle assume que Robin Hood n’est pas seulement un costume vert et une flèche nette ; c’est aussi un imaginaire de la transgression, de la violence légitimée, du récit que l’on raconte pour rendre le monde supportable. Faire un film intitulé The Death Of Robin Hood, c’est accepter que la légende soit un organisme vivant : elle vieillit, elle se déforme, elle s’assombrit, et parfois elle doit mourir pour être racontée autrement.

Pour suivre d’autres lectures et actualités cinéma dans cette veine, on peut naviguer via NR Magazine, où l’on voit justement comment les franchises, les mythes et les auteurs tentent aujourd’hui de cohabiter, non sans frictions.

Laisser une réponse

Catégories
Rejoins-nous
  • Facebook38.5K
  • X 32.1K
  • Instagram18.9K
Chargement Prochain Post...
Chargement

Signature-dans 3 secondes...

De signer 3 secondes...