Marvel a trouvé sa nouvelle consigne de sortie de route : avant Avengers: Doomsday, il faudrait revoir Avengers: Endgame. Les Russo, eux, ne font pas semblant de vendre du rêve, ils vendent du rappel à l’ordre.
À ce stade, on connaît la musique. Le MCU a longtemps fonctionné comme une immense machine à fantasmes, où chaque film préparait le suivant, chaque scène post-générique servait de crochet et chaque crossover faisait office de cérémonie païenne pour fans très investis. Sauf qu’après presque vingt ans de saga, la mécanique s’est épaissie, le puzzle s’est alourdi, et Marvel a dû passer de la promesse d’un univers étendu à celle d’un mode d’emploi. D’abord une liste de 15 titres à rattraper avant Avengers: Doomsday, puis, d’après une interview relayée par Fandango depuis le Comic-Con de San Diego et reprise par The Hollywood Reporter, Joe Russo a ramené tout ça à l’essentiel : revoir Avengers: Endgame serait, selon lui, la clé pour suivre la suite. On est loin du hasard. Le studio sait très bien qu’en 2026, il ne vend plus seulement un film, mais une mémoire collective à réactiver. Le vrai produit, ici, c’est la nostalgie premium.
Pour rappel, Avengers: Endgame n’était pas juste un carton : c’était le point culminant d’une décennie de construction industrielle, un monstre sacré du box office qui a encaissé 2,79 milliards de dollars dans le monde en 2019. À l’époque, le film des Russo Brothers, écrit avec Christopher Markus et Stephen McFeely, avait l’allure d’un adieu définitif, presque d’une table rase après le règne de Thanos. Mais Hollywood adore recycler ses fins comme d’autres recyclent leurs tubes d’été. Reprogrammer Endgame en salles sous l’étiquette Avengers Endgame: Encore, avec quatre minutes de nouvelles images annoncées, ce n’est pas seulement un petit bonus pour collectionneurs de frissons : c’est une opération de remise en circulation d’un actif mythologique. Et si, au passage, le film repassait devant Avatar de James Cameron dans le classement des plus gros scores mondiaux ? Eh bien, personne chez Disney ne va pleurer dans son costume de cérémonie. Le box office, chez Marvel, reste une affaire de couronne à reprendre.
Le sous-texte est limpide : Doomsday ne veut pas seulement être compris, il veut être ressenti comme l’héritier direct d’un sommet que le studio espère ressusciter à la caisse.
Le retour du roi, ou comment refaire du neuf avec du déjà-vu
En réalité, Joe Russo ne dit pas autre chose qu’une évidence de franchise : pour saisir la suite d’un récit, il faut avoir en tête le film précédent. Mais formulée ainsi, cette banalité prend des airs de mot d’ordre stratégique. Parce que Avengers: Doomsday, attendu en salles le 18 décembre 2026, arrive dans un contexte où Marvel cherche encore son second souffle après des années de rendements plus inégaux. Les très gros succès n’ont pas disparu, mais la domination automatique d’avant 2019 s’est fissurée. D’où cette envie de remettre Endgame au centre du jeu, comme si le studio voulait rebrancher tout le monde sur la même prise. C’est malin, presque trop. Quand une franchise commence à expliquer son propre fonctionnement, c’est souvent qu’elle sent le besoin de se rassurer.

La logique des Russo est d’ailleurs assez habile : ils ne présentent pas Endgame comme un simple devoir de fan, mais comme une expérience de salle à revivre, avec ses cris, ses applaudissements, ses montées d’émotion et cette catharsis collective qui a fait de 2019 une année de communion pop. Le film redevient alors un événement présent, pas seulement un souvenir. Et Marvel adore ça, évidemment, puisque la firme n’a jamais cessé de confondre récit et rituel. On ne regarde pas juste un long métrage, on participe à une cérémonie de réactivation du mythe. Un peu gonflé ? Oui. Efficace ? Souvent. La franchise ne vend plus seulement des histoires, elle vend le droit de rejouer ses propres apothéoses.
Doctor Doom entre en scène, et le passé reprend le micro
Le détail le plus savoureux, c’est que cette stratégie arrive au moment où Robert Downey Jr. s’apprête à revenir dans le MCU sous les traits de Doctor Doom. Là, on touche au pur geste méta : l’acteur qui incarnait le visage même de l’ère héroïque Marvel devient la porte d’entrée vers une nouvelle menace. Le casting, à lui seul, raconte déjà un basculement. On n’est plus dans l’innocence des débuts, on est dans la réutilisation consciente des symboles, comme si le studio avait décidé de faire passer le flambeau en repassant par la case souvenir. C’est futé, mais aussi très révélateur d’une époque où les grandes sagas ne savent plus trop si elles avancent ou si elles se regardent avancer dans le rétroviseur. Chez Marvel, le futur a désormais besoin d’un bon coup de rétroéclairage.
Et c’est là que Endgame devient plus qu’un simple jalon : il sert de pont émotionnel, de sas narratif et de garantie de lisibilité. Le film de 2019, avec son statut de sommet industriel, fonctionne comme une borne sacrée. Le ressort est limpide, presque brutal : si Doomsday veut peser, il doit se brancher sur le souvenir du plus gros coup de force de la saga. On peut trouver ça un peu mécanique, voire franchement calculé, mais il faut reconnaître au studio une cohérence de fer. Marvel ne fait jamais semblant d’inventer sa propre mythologie ; il la capitalise, la remixe, la remet en vente. Et tant qu’il y a des spectateurs pour se laisser reprendre au piège, la poule aux œufs d’or n’a aucune raison de quitter le plateau. Le passé n’est pas mort chez Marvel : il sert de bande-annonce au prochain choc.
Alors oui, revoir Avengers: Endgame avant Avengers: Doomsday peut sembler relever du bon sens le plus élémentaire. Mais dans la grande cuisine hollywoodienne, le bon sens est souvent le nom poli d’une opération de marketing parfaitement huilée. Ce qui se joue ici, ce n’est pas seulement une continuité scénaristique ; c’est la tentative de rallumer une ferveur historique, de réinjecter du prestige dans une machine qui a besoin de croire à son propre mythe. Et franchement, on voit bien pourquoi ils insistent. Quand le cinéma industriel veut rejouer sa plus belle ovation, il commence toujours par rallumer la salle. Reste à savoir si le public viendra pour l’histoire, ou pour le frisson de la revoir s’écrire.
Bande-annonce VF de Avengers : Endgame
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




