Marvel n’a jamais aimé faire les choses à moitié, mais avec Avengers: Doomsday, le studio semble carrément vouloir tester la résistance des fessiers, des rétines et des stocks de soda. Le long métrage des frères Russo s’annonce comme un blockbuster-fleuve de 165 minutes, soit 2 h 45 de grand barnum super-héroïque.
La nouvelle tombe alors que la machine promotionnelle se réveille enfin autour de ce nouvel opus du Marvel Cinematic Universe, encore drapé dans un certain flou artistique. Depuis les premiers teasers diffusés au début de 2026 et quelques images conceptuelles qui ont confirmé l’allure de Doctor Doom, on n’avait pas grand-chose à se mettre sous la dent. Là, ça bouge : selon The Hollywood Reporter, les billets en avant-première doivent être mis en vente le 20 juillet 2026 pour le format baptisé « Infinity Vision », avec une sortie américaine annoncée au 18 décembre 2026. Le studio, forcément, a dû verrouiller une durée provisoire. Et cette durée, si elle ne bouge pas d’ici là, promet un sacré séjour en salle. On ne parle plus d’un film, mais d’un petit déménagement.
Dans le grand feuilleton Marvel, ce n’est pas une anomalie totale. Avengers: Infinity War tournait déjà autour de 149 minutes, Avengers: Endgame poussait jusqu’à 181 minutes, et la franchise a depuis longtemps compris qu’un final de saga se vend aussi à la taille de son embonpoint. Le box-office mondial a d’ailleurs validé cette logique sans broncher : Endgame a dépassé les 2,7 milliards de dollars, pendant que Infinity War franchissait la barre des 2 milliards. Quand on tient une poule aux œufs d’or, on ne lui demande pas de pondre des œufs de caille. Marvel vend du spectacle, mais surtout du temps de cerveau disponible à l’échelle industrielle.
Et c’est bien là que Avengers: Doomsday devient intéressant : derrière la durée, il y a une stratégie de saturation, de montée en gamme et de reprise de contrôle sur une franchise qui a parfois donné l’impression de s’éparpiller dans son propre univers étendu.

Le grand bain, pas la petite flaque
À ce stade, la durée de 165 minutes dit quelque chose de très précis sur l’état du MCU. Après une phase où Marvel a multiplié les séries, les spin-offs et les récits satellites, le studio revient à ce qu’il sait vendre de mieux : le film-événement, le vrai, celui qui doit fédérer les têtes d’affiche, recoller les morceaux et remettre un peu d’ordre dans la maison. Les frères Russo, déjà aux commandes de Captain America: The Winter Soldier, Captain America: Civil War, Avengers: Infinity War et Avengers: Endgame, connaissent la musique. Ils savent tenir un climax, empiler les personnages sans tout faire exploser, et transformer la surcharge en moteur dramatique. Enfin, en théorie. Leur job, ici, c’est de faire tenir une cathédrale sur des fondations qui ont parfois pris l’eau.
Le temps, cet ennemi très Marvel
On a beau avoir l’habitude des séances à rallonge, 2 h 45 reste une déclaration d’intention. Le film ne cherche pas à être digeste, il veut être massif. C’est cohérent avec la logique des studios depuis une dizaine d’années : plus le ticket est cher, plus l’expérience doit paraître « totale », plus la sortie en salles doit ressembler à un rite de passage. Sauf que le public, lui, n’a pas signé pour une épreuve d’endurance olympique à chaque crossover. Alors oui, on peut fantasmer sur les affrontements, les retours de personnages, les effets spéciaux et les grands tableaux de fin du monde. Mais on peut aussi se demander si Marvel ne confond pas parfois ampleur et gonflette. À force de vouloir être le fer de lance du spectacle mondial, le studio flirte avec le péché originel du blockbuster moderne : croire que plus long veut dire plus grand.
Reste que Avengers: Doomsday arrive avec une promesse simple, presque brutale : remettre le MCU au centre du jeu par la démesure. Doctor Doom, les équipes qui se forment contre lui, le retour des Russo, la sortie de décembre, le format premium, la durée qui déborde du cadre habituel… tout ça compose un joli paquet cadeau pour fans en état de manque. Et pour le reste du monde ? Eh bien, on verra si Marvel a encore le souffle pour justifier ce marathon ou si, à force d’empiler les briques, le château finit par ressembler à un centre commercial. Deux heures quarante-cinq : soit le début d’un nouveau règne, soit une très longue séance de rééducation du bassin.
En attendant, on peut déjà préparer la question qui fâche un peu : à partir de quelle durée un blockbuster cesse d’être généreux pour devenir carrément gourmand ? Chez Marvel, la réponse semble claire. Chez le spectateur, un peu moins.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




