Avatar 3 détrôné : La Femme de ménage impose sa loi au box-office français

La machine de guerre de James Cameron s’essouffle. Pour la deuxième semaine consécutive, Avatar : De feu et de cendres doit se contenter de la seconde place au box-office français, dominé par un thriller qui n’était pas censé lui faire de l’ombre. La Femme de ménage, adaptation du best-seller de Freida McFadden avec Sydney Sweeney et Amanda Seyfried, refuse de céder son trône. Un scénario inédit pour une franchise qui semblait invincible.

⚡ L’essentiel en 30 secondes

  • La Femme de ménage conserve la première place avec 373 000 entrées (5ème semaine) et 3,8 millions au total
  • Avatar 3 stagne à la deuxième place avec 336 000 entrées (6ème semaine) et 8,2 millions au total
  • Le blockbuster n’a tenu que 4 semaines en tête, contre 6 pour Avatar (2009) et 7 pour Avatar 2 (2022)
  • Avec 1,3 milliard de dollars au box-office mondial, Avatar 3 performe nettement moins que ses prédécesseurs
  • James Cameron évoque un possible arrêt de la saga si les résultats ne suivent pas

Le thriller qui fait trembler Pandora

L’histoire aurait pu être différente. Avatar : De feu et de cendres a débarqué en salles le 17 décembre avec la puissance de feu habituelle : 1 151 copies distribuées, un record pour la franchise. Le film a franchi le milliard de dollars en seulement 18 jours d’exploitation. Mais voilà, les chiffres racontent une autre histoire.

Au cours de sa sixième semaine d’exploitation, le blockbuster accuse une baisse de 34,5% par rapport à la semaine précédente. Pendant ce temps, La Femme de ménage, déjà dans son cinquième acte, ne chute que de 31% et maintient une fréquentation qui défie toutes les projections initiales. Le thriller possède désormais le parc le plus étendu avec 967 copies, contre 866 pour le film de Cameron.

Un phénomène qui s’installe

L’adaptation du roman de Freida McFadden totalise 3,8 millions d’entrées. Certes, c’est loin des 8,2 millions d’Avatar 3. Mais comme la tortue qui rattrape le lièvre, le film maintient une régularité redoutable. Le public français semble avoir adopté cette histoire de femme de ménage piégée dans un couple aussi riche qu’énigmatique, porté par deux actrices en pleine ascension.

Une franchise qui montre ses limites

Les comparaisons sont impitoyables. En 2009, le premier Avatar était resté six semaines d’affilée à la tête du box-office français avant d’être détrôné par La Princesse et la grenouille. En 2022, Avatar : La voie de l’eau avait tenu sept semaines consécutives avant de céder face à Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu. Dans les deux cas, une grosse nouveauté issue d’une puissante licence avait pris le relais après plus d’un mois et demi.

Pour Avatar 3, le schéma diffère radicalement. Le troisième volet n’a tenu que quatre semaines au sommet. Surtout, il a été relégué par un film qui avait déjà un mois d’exploitation derrière lui. Un signal d’alarme que même les plus optimistes ne peuvent ignorer.

Les chiffres qui inquiètent

Au même stade de leur exploitation, les deux premiers opus affichaient des performances autrement plus impressionnantes :

Avatar (2009) cumulait déjà 11,2 millions d’entrées après six semaines, pour un total final de 14,6 millions. Avatar 2 (2022) atteignait 12 millions d’entrées à ce stade, finissant à 14 millions. Le troisième volet, avec ses 8,2 millions actuels, ne franchira certainement pas ce cap. Les projections les plus optimistes le situent sous la barre des 10 millions d’entrées en France.

L’ombre du Marsupilami

La situation risque de se compliquer davantage. Le 4 février, Le Marsupilami de Philippe Lacheau débarque dans les salles françaises. Cette nouvelle adaptation des albums de Franquin devrait bouleverser le haut du classement, contrairement aux sorties de cette semaine (Le Mage du Kremlin, Primate, Hamnet) qui n’ont pas le potentiel pour inquiéter les deux leaders actuels.

James Cameron relativise. Dans une perspective mondiale, Avatar 3 reste un succès commercial exceptionnel. Avec 1,3 milliard de dollars récoltés et une position dans le top 30 des plus gros succès de tous les temps, le film appartient déjà à une élite. Même s’il stagnait à 9 millions d’entrées en France, il rejoindrait le club prestigieux du Dîner de cons, du Comte de Monte-Cristo ou d’Harry Potter 2.

L’avenir incertain de la saga

Mais ces “problèmes de films riches” cachent une réalité plus préoccupante pour l’avenir de la franchise. Le cinéaste a ouvertement évoqué la nécessité de trouver “le moyen de réaliser les suites avec un moindre coût”. Une déclaration qui sonne comme un aveu : le modèle économique d’Avatar commence à montrer ses limites.

Cameron joue la transparence

Dans une interview accordée à Entertainment Weekly, le réalisateur n’exclut pas un arrêt prématuré de la saga : “Si on ne fait pas Avatar 4 et 5, pour quelque raison que ce soit, je tiendrai une conférence de presse au cours de laquelle je révèlerai ce que nous avions prévu.” Une promesse aux fans, mais aussi un signal envoyé à Disney et aux investisseurs.

Le cinéaste envisage même de publier les histoires non-filmées sous forme de romans, bien qu’il reconnaisse l’absence de modèle économique viable pour ce type de projet. Avatar 4 reste officiellement programmé pour le 19 décembre 2029, mais Cameron n’a tourné que quelques scènes avec les enfants avant le saut temporel de huit ans prévu entre les deux films.

Pourquoi cette désaffection progressive

Le public français semble avoir parlé. Les spectateurs reviennent dans les salles — Avatar 3 y a contribué — mais pas avec l’enthousiasme des précédentes sorties. Plusieurs facteurs expliquent ce tassement.

D’abord, la lassitude narrative. Nombreux sont ceux qui reprochent au troisième volet de “ressembler à un reboot du 2”. Le spectacle visuel reste époustouflant, mais l’histoire peine à évoluer véritablement. Cameron mise sur le spectaculaire depuis deux films, et cette recette commence à s’épuiser.

Le peuple des Cendres ne suffit pas

L’introduction du peuple des Cendres — ces Na’vi qui se sont détournés d’Eywa après une éruption volcanique — apporte certes un nouvel angle. Varang, leur chef jouée avec intensité, incarne une menace différente. Mais cette addition n’a pas suffi à relancer la dynamique narrative de la saga.

Le producteur Jon Landau avait prévenu : “Il y a de bons et de mauvais humains, la même chose du côté des Na’vi.” Cette ambiguïté morale promise tarde à se concrétiser pleinement à l’écran. Le public attend désormais des rebondissements incroyables, pas seulement des prouesses techniques.

Le paradoxe du succès

Reste une question essentielle : peut-on vraiment parler d’échec pour un film qui génère plus d’un milliard de dollars ? La réponse dépend du point de vue. Commercialement, Avatar 3 reste une prouesse. Le film a atteint son seuil de rentabilité avec un budget estimé à 400 millions de dollars hors marketing.

Mais pour une franchise de cette ampleur, la trajectoire compte autant que les chiffres absolus. Chaque opus devrait théoriquement dépasser le précédent, ou au minimum maintenir le niveau. La baisse progressive mine la confiance des investisseurs et complique la planification des suites.

Les défis du modèle Avatar

La distribution sur 1 151 copies représente un coût considérable. Lorsque le retour sur investissement diminue malgré une présence plus massive en salles, la rentabilité du distributeur se trouve mécaniquement affectée. Les exploitants, eux, gagnent moins d’argent sur un film qui tient moins longtemps en tête du box-office.

Cameron devra repenser sa stratégie pour Avatar 4. Le réalisateur l’a compris : “Il faudra des rebondissements incroyables pour que le public s’intéresse à nouveau à la famille Sully et au destin de Pandora.” La technique seule ne suffira plus. Le scénario devra être “plus chiadé”, pour reprendre l’expression de certains observateurs.

Le rôle central de Kiri

Une lueur d’espoir subsiste pour la suite. Cameron a annoncé que Kiri aura un rôle très important pour l’histoire d’Avatar 4. Elle deviendra même la narratrice des événements. Ce personnage, déjà fascinant dans les deux derniers opus avec sa connexion particulière à Eywa, pourrait apporter la profondeur narrative qui manque actuellement.

L’actrice Sigourney Weaver, qui incarne Kiri en capture de mouvement, avait déclaré en 2018 être “occupée à faire Avatar 4 et 5”. Une confirmation que les suites avaient bien commencé à être tournées, même si le montage final d’Avatar 3 a pris un temps considérable.

La revanche du VOD

Les studios misent sur la diffusion en VOD et les éditions physiques (Steelbook 4K) pour compenser le manque à gagner de l’exploitation en salles. Une stratégie qui fonctionne de mieux en mieux à l’ère du streaming. Le film sera diffusé en Dolby Vision, garantissant une expérience technique optimale à domicile.

Mais cette stratégie pose question : si les spectateurs peuvent attendre la sortie VOD pour découvrir les suites, pourquoi se précipiter en salle ? Le modèle économique du blockbuster événementiel vacille sur ses fondations.

2025, année de tous les dangers

Le cas Avatar 3 s’inscrit dans une tendance plus large. L’année 2025 a vu les valeurs sûres rencontrer plus de difficultés que prévu. Marvel Studios en sait quelque chose. Les formules éprouvées ne garantissent plus le triomphe automatique au box-office.

Le public est devenu plus sélectif, plus exigeant. Il ne suffit plus d’aligner les millions de dollars de budget et les effets spéciaux révolutionnaires. Il faut raconter une histoire qui justifie le déplacement en salle, qui offre une expérience émotionnelle que le streaming ne peut remplacer.

La Femme de ménage l’a compris. Avec un budget infiniment plus modeste, le film propose une intrigue tendue, des rebondissements calculés, des performances d’actrices qui marquent les esprits. Le public français a choisi son camp, au moins pour ces deux semaines consécutives. Un camouflet pour le géant aux pieds d’argile.

Cameron dispose désormais de quatre ans pour corriger le tir. Avatar 4 arrivera-t-il à redresser la barre ? Le cinéaste a promis de dévoiler ses plans, d’une manière ou d’une autre. En attendant, sur Pandora comme dans les salles obscures françaises, rien ne sera plus jamais tout à fait comme avant.

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