Stephen Chow n’a pas seulement signé un succès d’été : avec Kung Fu Soccer, il rappelle que le box-office chinois adore les films qui mélangent spectacle populaire, énergie cartoonesque et sens du tempo. Pendant ce temps, All Wishes Come True débarque en deuxième position, comme un petit rappel que l’animation peut encore se faufiler dans la mêlée, à condition d’avoir un peu de coffre.
Pour rappel, le week-end du 17 au 19 juillet a confirmé une évidence que l’industrie aime parfois oublier entre deux tableaux Excel : quand Stephen Chow sort un film, le public suit. Selon les données d’Artisan Gateway relayées par Variety, Kung Fu Soccer a conservé la première place du box-office continental chinois avec 501,1 millions de yuans, soit 73,7 millions de dollars, pour son deuxième week-end d’exploitation. Le cumul grimpe déjà à 214,3 millions de dollars, ce qui place le long métrage dans la catégorie des machines à cash qui ne demandent pas la permission pour avancer. Et franchement, dans un marché aussi compétitif, ça ne se fait pas tout seul.
Le détail n’est pas anodin : on parle d’un film produit par Shenzhen Film Studio, porté par Stephen Chow, cinéaste dont le nom fonctionne presque comme une marque à lui seul. Depuis ses grandes heures de la comédie hongkongaise jusqu’à ses succès plus récents, Chow a toujours su transformer l’excès en moteur commercial. Il y a chez lui une façon très particulière de faire cohabiter le burlesque, le sport, le kung-fu et l’absurde sans que l’ensemble parte en vrille. Ou plutôt si, ça part en vrille, mais avec une précision d’horloger. C’est le genre d’auteur populaire qui sait que le chaos, quand il est bien réglé, rapporte plus qu’un discours bien peigné.
Chow, le roi du désordre bien rangé
Ce qui frappe avec Kung Fu Soccer, c’est moins sa domination que sa logique. Stephen Chow a toujours travaillé cette zone hybride où le film de genre devient une farce physique, puis une fable de performance collective. Le football, chez lui, n’est pas seulement un sport : c’est un prétexte à la chorégraphie, au gag visuel, à la montée en puissance d’un groupe de bras cassés qui finit par se prendre pour une équipe de demi-dieux. On connaît la recette, mais elle continue de marcher parce qu’elle repose sur une science du rythme que beaucoup de blockbusters, eux, ont perdue en route.
Et puis il y a le contexte chinois, qui adore les titres capables de fédérer large. Le marché local a beau être plus fragmenté qu’avant, il reste friand de ces gros opus capables de créer l’événement dès la sortie. Le box-office n’est pas seulement une affaire de curiosité cinéphile, c’est aussi une question de calendrier, de visibilité et de bouche-à-oreille. Quand un film démarre fort et tient la distance, il devient vite la poule aux œufs d’or de son studio. Stephen Chow ne vend pas seulement des billets, il vend une promesse de débordement contrôlé.
L’animation en embuscade, pas encore en embardée
En face, All Wishes Come True se contente d’une deuxième place qui n’a rien de honteux, mais qui dit beaucoup de la hiérarchie du moment. Dans un marché dominé par les locomotives locales, l’animation doit souvent se battre pour exister autrement qu’en appoint. Elle arrive avec ses couleurs, son potentiel familial, sa capacité à élargir la base spectateurs, mais elle se heurte à un plafond de verre très simple : quand un mastodonte local occupe le terrain, il laisse peu d’oxygène aux concurrents. C’est la loi du genre, et elle ne fait pas de cadeau.
Le plus intéressant, c’est que cette configuration raconte aussi quelque chose de l’économie du cinéma chinois en 2026 : la place laissée aux films d’animation dépend moins de leur seule qualité que de leur capacité à s’inscrire dans un couloir de sortie favorable. On ne parle pas ici d’un duel esthétique, mais d’un rapport de force industriel. Le film qui arrive au bon moment, avec le bon nom au générique et la bonne promesse marketing, rafle la mise. Les autres ramassent les miettes, parfois très jolies, mais des miettes quand même. Le box-office, au fond, reste un sport de contact.
Le vieux charme de la machine à fantasmes
Ce succès de Kung Fu Soccer rappelle aussi une chose que l’on a tendance à sous-estimer quand on regarde les chiffres depuis Paris, bien calé dans notre douce routine de rédac : le public n’achète pas seulement un film, il achète une signature. Stephen Chow n’est pas un simple réalisateur, c’est une machine à fantasmes populaire, un artisan du spectacle qui a su convertir une identité très marquée en avantage concurrentiel. Là où d’autres cherchent à lisser leur cinéma pour plaire à tout le monde, lui a longtemps fait l’inverse : pousser sa singularité jusqu’au point de rupture, puis en faire un argument commercial. Pas bête.
Et c’est précisément ce qui rend ce carton plus intéressant qu’un simple chiffre de plus dans une colonne de box-office. Il dit la persistance d’un cinéma de genre qui ne s’excuse pas d’être excessif, la survie d’un star-system local fondé sur des noms qui comptent encore, et la capacité d’un cinéaste à transformer un concept de sport-comédie en événement national. Dans un paysage où tant de sorties se ressemblent, Kung Fu Soccer joue la carte la plus vieille du monde : faire croire que le spectacle déborde de l’écran. Quand ça marche, on ne discute pas trop. On s’assoit, on regarde, et on laisse le rouleau compresseur faire son travail. Le reste, c’est du bruit de couloir.
Reste à voir combien de temps la domination tiendra, et si l’animation saura revenir gratter quelques places au prochain virage. En attendant, Stephen Chow continue de faire ce qu’il sait faire de mieux : transformer un terrain de jeu en champ de bataille commercial. Et quelque part, c’est peut-être ça, le vrai miracle.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




