
Vingt-trois ans après sa sortie en salles, Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre demeure une référence incontournable du cinéma français. Avec ses 14,5 millions d’entrées, ce film réalisé par Alain Chabat a marqué toute une génération. Derrière les répliques cultes et les scènes inoubliables se cache un casting exceptionnel qui a contribué à faire de cette comédie un monument du septième art hexagonal.
Pour son deuxième passage dans la peau du célèbre Gaulois moustachu, Christian Clavier livre une performance remarquable. Trois ans après Astérix et Obélix contre César, l’acteur du Splendid retrouve avec évidence ce personnage qui mêle malice, courage et sensibilité. Sa complicité naturelle avec Gérard Depardieu transcende l’écran, créant un duo inoubliable.
Dans Mission Cléopâtre, Clavier explore une nouvelle facette de son personnage : Astérix tombe amoureux. Sa relation avec Guimieukis, l’une des demoiselles de Cléopâtre interprétée par Noémie Lenoir, apporte une dimension romantique inédite qui culmine dans la scène mythique où un simple baiser lui donne une force égale à celle de la potion magique.

Impossible d’imaginer quelqu’un d’autre que Gérard Depardieu dans ce rôle devenu iconique. L’acteur incarne à la perfection ce colosse au grand cœur, oscillant entre force brute et tendresse inattendue. Ses altercations avec Astérix dans l’obscurité de la pyramide restent parmi les moments les plus hilarants du film.
Depardieu reprendra ce rôle à quatre reprises, preuve d’une osmose totale avec le personnage créé par Goscinny et Uderzo. Son appétit insatiable et ses répliques devenues cultes (“C’est pas faux”) témoignent d’un jeu d’acteur qui colle parfaitement à l’esprit de la bande dessinée originale.
Fraîchement révélé au grand public par la série H, Jamel Debbouze obtient ici son premier grand rôle au cinéma. Son interprétation de Numérobis, l’architecte désespéré chargé de construire le palais en trois mois, lui ouvre les portes du succès.
L’humoriste apporte son énergie caractéristique et son timing comique parfait. Face à la menace d’être jeté aux crocodiles, Numérobis fait preuve d’ingéniosité en se tournant vers un vieil ami de son père : le druide Panoramix. Cette décision lance véritablement l’intrigue du film et permet à Jamel de briller aux côtés de pointures du cinéma français.
Au sommet de sa beauté et de sa carrière après Le Pacte des Loups, Monica Bellucci incarne une Cléopâtre autoritaire mais séduisante. Son accent italien ajoute une dimension supplémentaire au personnage, renforçant son charisme naturel.
L’actrice italienne compose une reine d’Égypte déterminée à prouver la grandeur de son peuple face aux Romains de César. Son pari audacieux — construire un palais somptueux en trois mois — constitue le moteur narratif du film. La chimie évidente entre Bellucci et Alain Chabat (Jules César) apporte une touche romantique bienvenue.
Sans conteste l’une des plus belles surprises du casting, Édouard Baer crée un personnage devenu culte : Otis, le scribe de Numérobis. Son monologue improvisé sur son métier reste l’une des tirades les plus mémorables du cinéma français :
“C’est une activité, si je puis dire… Il n’y a pas d’évolution de carrière… C’est un métier de notation… On note des choses…”
Baer apporte également une contribution technique majeure avec son invention du “sansefforteur” (l’ascenseur), clin d’œil humoristique à une célèbre marque. Ce rôle secondaire s’est admirablement distingué dans un casting déjà relevé, prouvant qu’avec du talent, même un petit rôle peut marquer les esprours.
Gérard Darmon compose un antagoniste parfait avec Amonbofis, l’architecte royal rongé par la jalousie. Sa stature imposante et sa voix grave en font un “méchant” crédible et charismatique.
Son opiniâtreté à saboter le chantier — empoisonnement, corruption du fournisseur de pierres, alliance avec César — culmine dans un duel épique avec Numérobis. Cette scène de combat aux répliques mémorables reste gravée dans les mémoires des spectateurs.
Choix audacieux, Alain Chabat s’attribue le rôle de Jules César tout en assurant la réalisation. L’Imperator qu’il incarne possède tout l’ego et l’orgueil attendus, mais également une attirance évidente pour Cléopâtre.
Chabat insuffle à César un ton taquin et léger, loin de l’image traditionnelle du conquérant sévère. Cette interprétation moderne participe à l’humour décalé qui caractérise l’ensemble du film.

Membre de la garde rapprochée de César, Dieudonné livre une performance remarquable en Caius Céplus. Missionné par l’Imperator pour saboter le chantier, ce centurion se distingue par sa rigueur et sa fermeté.
Ses répliques devenues cultes et son autorité naturelle en font un personnage secondaire marquant, parfaitement intégré à l’univers du film.
Claude Rich prête sa voix et ses traits au célèbre druide gaulois. Bien que son rôle soit moins développé que dans d’autres adaptations, Panoramix demeure central grâce à sa potion magique qui permet l’avancement spectaculaire du chantier.
Sa complicité avec Numérobis, fils de son vieil ami Tuméhéris, apporte une dimension émotionnelle touchante. La scène où il accepte de partir en Égypte marque le véritable début de l’aventure.
Isabelle Nanty incarne Itinéris (clin d’œil évident à l’opérateur téléphonique), l’ouvrière revendicative qui devient porte-parole des travailleurs. Son rôle de relais entre Numérobis et les ouvriers est essentiel, même si elle provoque parfois des “problèmes de réception” à ses interlocuteurs.
Noémie Lenoir joue Guimieukis, la demoiselle de Cléopâtre qui fait chavirer le cœur d’Astérix. Leur relation amoureuse culmine dans la scène où un simple baiser donne au Gaulois une force surhumaine.
Marina Foïs apparaît brièvement en Sucettalanis, tandis que Chantal Lauby interprète Cartapus et Emma de Caunes joue la secrétaire de César.
Le film regorge de caméos savoureux. Zinedine Zidane fait une courte apparition remarquée, incarnant un centurion dans la forêt gauloise. Cette participation du champion du monde 1998 a marqué les esprits et alimenté les conversations pendant des années.
Jean-Paul Rouve (Caius Antivirus), Pierre-François Martin-Laval (lanceur de catapulte) et Maurice Barthélémy (légionnaire Couloirdebus) — tous membres des Robins des Bois — apportent leur touche humoristique.
Le producteur Claude Berri apparaît en peintre, Mathieu Kassovitz en physionomiste, et Jean-Pierre Bacri prête sa voix pour le commentateur. Pierre Tchernia, figure emblématique de la télévision française, joue Caius Gaspachoandalus et assure également la narration.
Bernard Farcy incarne Barbe-Rouge, le capitaine pirate malchanceux dont le navire croise (et coule) à plusieurs reprises la route des héros. Michel Crémadès joue Triple-Patte, tandis que Sophie Noël interprète la fille de Barbe-Rouge.
Ces personnages récurrents de la bande dessinée apportent des moments comiques mémorables, notamment lorsque Barbe-Rouge préfère saborder son propre navire plutôt que d’affronter les Gaulois.
Philippe Chany, ami d’Alain Chabat depuis le lycée, signe la musique originale du film. Compositeur attitré des productions Chabat (La Cité de la peur, Didier), il livre ici une partition épique et mémorable.
Le générique de fin, Mission Cleopatra, interprété par Jamel Debbouze et le rappeur américain Snoop Dogg, constitue un choix audacieux qui fonctionne parfaitement. Cette collaboration improbable, acceptée par Snoop Dogg sous l’insistance de ses enfants fans d’Astérix, marque les esprits.
Laurent Dailland, directeur de la photographie, capture la beauté des décors égyptiens et maltais avec brio. Son travail sur la lumière et les couleurs contribue grandement à l’esthétique du film, restaurée en 4K HDR en 2023.

Le casting comprend au total plus de 40 acteurs crédités, sans compter les figurants et les membres de l’équipage pirate. Cette distribution pléthorique témoigne de l’ambition du projet et de la capacité d’Alain Chabat à fédérer le gratin du cinéma français.
Le tournage s’est déroulé du 23 août 2000 au début février 2001, principalement à Malte et dans les studios français. Avec un budget colossal pour l’époque, Claude Berri a donné à Chabat les moyens de ses ambitions.
Les décors pharaoniques, les costumes somptueux signés par plusieurs créateurs, et les effets spéciaux ont nécessité des mois de préparation. Plus de 1000 personnes ont participé à la production, faisant de Mission Cléopâtre l’un des films français les plus ambitieux de son époque.
Le 5 juillet 2023, soit 21 ans et demi après sa sortie initiale, Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre revient dans les salles dans une version intégralement restaurée. Cette édition 4K HDR avec son Dolby Atmos représente la première restauration d’un film du patrimoine français à bénéficier de la technologie Dolby Cinema et Dolby Vision.
Au-delà de la restauration technique, cette version inclut des scènes inédites, notamment la version intégrale du célèbre monologue d’Otis. Les spectateurs découvrent ou redécouvrent le film dans des conditions optimales, révélant des détails jusqu’alors invisibles.
Avec ses 14 559 509 entrées en France, Mission Cléopâtre occupe la quatrième place du box-office français pour un film hexagonal, derrière Bienvenue chez les Ch’tis, Intouchables et La Grande Vadrouille. En Europe, le film totalise plus de 21,5 millions d’entrées.
Le film continue de cartonner lors de ses rediffusions télévisées, rassemblant régulièrement plusieurs millions de téléspectateurs. Ses répliques cultes sont entrées dans le langage courant : “C’est pas faux”, “Mais t’es pas un dieu !”, “Le pharaon, c’est moi !”…
Entre 2002 et 2003, le film a été sélectionné cinq fois dans diverses catégories. Il a notamment remporté le César de la meilleure musique pour Philippe Chany en 2003.
Sur Rotten Tomatoes, l’agrégateur américain, le film récolte 86% d’opinions favorables. En France, Allociné lui attribue une note moyenne de 3,8/5 selon la presse et 4,1/5 selon les spectateurs, témoignant d’un accueil critique et public très positif.
Le secret de la réussite de Mission Cléopâtre réside dans l’alchimie parfaite entre acteurs confirmés et nouvelles têtes. Alain Chabat a su mélanger des pointures (Depardieu, Clavier, Darmon) avec des talents émergents (Jamel Debbouze, Édouard Baer) et des stars internationales (Monica Bellucci).
Cette diversité crée une dynamique unique où chaque acteur apporte sa pierre à l’édifice. Les seconds rôles ne sont jamais sacrifiés ; au contraire, ils brillent autant que les têtes d’affiche. Marina Foïs, Isabelle Nanty, Jean-Paul Rouve : tous laissent leur empreinte malgré un temps d’écran limité.
La liberté donnée aux acteurs d’improviser a également contribué au succès. Le monologue d’Édouard Baer, largement improvisé, en est la preuve éclatante. Cette méthode de travail, risquée mais payante, donne au film une fraîcheur et une spontanéité rares.
Vingt-trois ans après sa sortie, Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre demeure une référence incontournable du cinéma français. Ses répliques sont citées dans les cours de récréation, ses scènes parodiées sur les réseaux sociaux, son influence perceptible dans les comédies contemporaines.
Le film a prouvé qu’une production française pouvait rivaliser avec les blockbusters américains en termes d’ambition, de spectacle et de succès public. Son casting exceptionnel y a largement contribué, créant une œuvre collective où chaque talent, du plus modeste au plus prestigieux, participe à la magie.
Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre n’est pas qu’un simple film : c’est un phénomène culturel porté par des dizaines d’acteurs qui ont donné le meilleur d’eux-mêmes. Du duo mythique Clavier-Depardieu aux apparitions surprises de Zidane ou Berri, en passant par les performances inoubliables de Jamel, Baer ou Bellucci, ce casting restera gravé dans l’histoire du cinéma français comme l’un des plus réussis et des plus emblématiques.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.