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    Nrmagazine » Agnes & Amir : la grand-mère qui a tout déclenché
    Blog Entertainment 29 juin 20266 Minutes de Lecture

    Agnes & Amir : la grand-mère qui a tout déclenché

    Une comédie feel-good née d’une histoire vraie, entre Berlin, exil et coup de pouce familial
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    Une comédie feel-good qui doit son existence à une grand-mère centenaire, voilà déjà un meilleur pitch que la moitié des projets calibrés au cordeau qu’on nous sert d’habitude. Avec Agnes & Amir, présentée en première mondiale au Festival du film de Munich le dimanche 29 juin 2026, Helena Hufnagel s’attaque à une matière en apparence légère, mais qui charrie une vraie densité humaine : une vieille Berlinoise de 101 ans, Agnes, et un jeune réfugié iranien homosexuel, Amir. Le film part d’un fait réel, et ce n’est pas juste un habillage de prestige pour faire joli sur le dossier de presse. C’est même tout l’inverse : la famille, le hasard, la survie et l’hospitalité y ont manifestement fait leur petit cinéma avant que la réalisatrice ne s’en empare.

    Le point de départ est mince en apparence, mais il dit beaucoup de l’époque. D’un côté, une femme née au début du XXe siècle, témoin d’un Berlin qui a traversé la République de Weimar, le nazisme, la guerre froide, la réunification et la gentrification à coups de loyers indécents. De l’autre, un jeune homme venu d’Iran, donc d’un pays où l’homosexualité reste criminalisée et où l’exil n’est pas un concept de festival mais une nécessité vitale. Entre les deux, une rencontre qui permet au film de jouer sur un terrain glissant : celui du feel-good movie qui refuse la mièvrerie, ou du moins essaie. Et là, franchement, tout se joue dans la manière de ne pas transformer la bonté en sirop.

    À Munich, Agnes & Amir arrive dans un contexte où le cinéma européen adore les récits de lien intergénérationnel, de refuge et de réparation, mais les réussit rarement sans appuyer un peu trop sur la corde sensible. Le sujet, lui, a de quoi tenir : l’Allemagne accueille depuis des années des récits de migration qui croisent mémoire historique et présent politique, et Berlin reste une machine à fantasmes idéale pour ce genre d’histoires, à la fois ville-monde et décor de toutes les fractures. Le film d’Helena Hufnagel s’inscrit donc dans une tradition très allemande du cinéma social adouci par la comédie, quelque part entre la tendresse et le coup de poing. Le piège, évidemment, serait de confondre chaleur humaine et carte postale.

    Une grand-mère, un réfugié, et le cinéma qui s’invite à table

    En réalité, ce qui rend le projet intéressant, c’est moins son résumé que sa mécanique intime. Hufnagel ne part pas d’une idée abstraite, elle part d’une présence familiale, d’un corps, d’une mémoire vivante. Quand une réalisatrice dit qu’un personnage a été inspiré par sa grand-mère, on peut craindre le petit film de salon, le récit poli qui se contente d’honorer les anciens. Sauf qu’ici, la source n’est pas décorative : elle est structurante. Agnes n’est pas un symbole, elle est un moteur dramatique, un point de friction entre générations, langues, peurs et désirs de transmission. Autrement dit, la grand-mère n’est pas un accessoire du scénario, elle en est la colonne vertébrale.

    Le duo central promet aussi un joli déséquilibre. Une femme de 101 ans et un jeune homme en fuite, ce n’est pas seulement une opposition d’âges, c’est une collision de temporalités. L’une a vu l’Europe se fabriquer ses propres ruines, l’autre arrive d’un pays où l’intime peut encore coûter la liberté. On voit bien le potentiel de comédie, mais aussi le risque : faire rire sans aplatir la violence du réel. C’est là que le film devra choisir son camp esthétique. Soit il se contente de la bonne conscience. Soit il trouve cette zone rare où l’humour ne gomme rien, mais permet de tenir debout. Pas la même affaire, et pas le même niveau de tenue, soyons honnêtes.

    Affiche de Agnes
    Affiche de Agnes

    Berlin en toile de fond, l’Allemagne en contrechamp

    Le choix de Berlin n’a rien d’anodin. Depuis les années 1990, la ville sert de laboratoire narratif à tout ce que le cinéma européen aime raconter sur la mémoire, l’identité et les recompositions sociales. On y filme des appartements trop petits, des immeubles trop chers, des communautés qui se croisent sans toujours se comprendre, et cette sensation très contemporaine que l’intime est devenu politique malgré lui. Dans Agnes & Amir, la capitale allemande n’est pas seulement un décor : elle incarne une promesse d’accueil qui reste toujours à négocier. Berlin, ici, c’est moins la ville libre que la ville qui apprend encore à l’être.

    Le film arrive aussi dans une période où le cinéma européen cherche à réconcilier deux pulsions contradictoires : parler du monde sans se noyer dans le constat, et retrouver un public sans se renier. Les comédies dramatiques à dimension sociale ont souvent ce rôle de passerelle, un peu comme ces films qui veulent faire salle comble sans perdre leur nerf. Quand ça marche, on obtient des œuvres capables de faire rire, serrer le cœur et réfléchir sans donner l’impression d’un séminaire sponsorisé. Quand ça rate, on a droit à un objet gentiment progressiste qui s’évapore dès le générique. Tout l’enjeu d’Helena Hufnagel, c’est d’éviter ce grand bain tiède.

    Le feel-good, ce faux ami qui peut sauver ou saboter un film

    Le mot feel-good est toujours suspect, parce qu’il sent la stratégie marketing à plein nez. On l’emploie pour rassurer, pour promettre une sortie de salle avec le sourire, pour vendre de l’émotion en portions individuelles. Mais dans le meilleur des cas, ce type de cinéma ne ment pas : il propose une forme de consolation, pas une anesthésie. Si Agnes & Amir tient ses promesses, il pourrait rejoindre cette petite famille de films qui savent que la douceur n’est pas l’ennemie de la lucidité. Au contraire. La douceur peut être une arme, surtout quand elle s’attaque à des sujets que d’autres traiteraient avec des gants de boxe. La vraie question, c’est donc simple : le film saura-t-il être tendre sans devenir niais ?

    Ce qui est sûr, c’est que l’histoire de départ a tout pour éviter le cliché du miracle fabriqué. Une centenaire berlinoise, un réfugié queer, une réalisatrice qui puise dans sa propre histoire familiale : on n’est pas dans le concept plaqué, mais dans une matière qui a déjà vécu avant de passer devant la caméra. Et ça, au cinéma, change tout. Parce qu’on ne filme pas pareil une idée et une existence. L’une se démontre, l’autre se met à nu. Agnes & Amir semble vouloir faire les deux à la fois, ce qui est ambitieux, un peu culotté, et donc plutôt bon signe.

    Reste maintenant à voir si Helena Hufnagel transforme cette belle origine en vrai film, avec du rythme, du nerf et un peu de sale caractère sous la tendresse. Parce qu’une histoire vraie, aussi touchante soit-elle, ne fait pas automatiquement un bon long métrage. Il faut encore lui donner du souffle, du montage, des silences qui mordent et des scènes qui restent. Sinon, on n’a qu’un joli paquet cadeau. Et ça, franchement, on en a déjà assez dans les rayons.

    nrmagazine
    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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