Avant de grimper sur l’Olympe Marvel, Brie Larson a commencé par un drôle de galop d’essai : Hoot, film jeunesse écolo sorti en 2006 et vite avalé par le box-office. Une entrée en matière qui sent moins la fanfare que le nid d’oisillons mal protégé.

Pour rappel, Larson n’est pas arrivée d’un coup dans le grand bain hollywoodien. Elle a d’abord traîné sa silhouette d’enfant prodige dans des séries télé des années 1990, puis dans Raising Dad en 2001, avant de faire ses premiers pas au cinéma avec Madison la même année. En 2004, elle passe par 13 Going on 30 et Sleepover, soit des rôles modestes mais utiles pour se faire la main. À ce stade, on est encore loin de la machine à fantasmes qu’allait devenir l’interprète de Carol Danvers dans le MCU. Hoot, lui, lui offre en 2006 son premier vrai rôle principal au cinéma.

Le long métrage de Will Shriner adapte le roman de Carl Hiaasen, écrivain connu pour ses satires floridiennes et ses préoccupations environnementales. Le pitch tient sur un coin de nappe : des ados tentent d’empêcher la construction d’un restaurant de pancakes qui menace l’habitat de chouettes fouisseuses. Dit comme ça, on dirait un épisode très appliqué d’un programme scolaire du mercredi après-midi. Et c’est précisément là que le film se coince le bec : il veut parler civisme local, mobilisation citoyenne et protection de la faune, tout en restant assez lisse pour séduire un public familial. Résultat : une bonne intention, mais un moteur un peu poussif.

Une chouette cause, un mauvais timing

Avec un budget annoncé à 15 millions de dollars, Hoot n’en rapporte qu’environ 8 au box-office. Autrement dit, la poule aux œufs d’or n’a même pas eu le temps de pondre. Le film sort dans un marché où les studios misent déjà sur des franchises plus bruyantes, plus identifiables, plus rentables. Un petit drame jeunesse à vocation écologique, sans stars installées ni concept tapageur, ça se vend mal. Logan Lerman, Cody Linley et Brie Larson n’ont pas encore le statut qui fait vendre des tickets à lui seul, et les têtes d’affiche secondaires, Tim Blake Nelson, Luke Wilson ou Clark Gregg, ne suffisent pas à transformer l’essai.

Il faut dire que le film a un parfum très particulier : ni franchement Disney, ni franchement indépendant, ni assez décalé pour devenir culte. Il s’inscrit dans une tradition de cinéma familial à message, celle qui veut faire passer un peu de politique par la porte de service. Sauf que le message, ici, prend toute la place. On comprend la logique, on voit l’intention, mais la mécanique dramatique n’a pas la souplesse nécessaire. Le film veut faire du bien, pas faire vibrer. Et au cinéma, ça change tout.

Affiche de Chouette
Affiche de Chouette

Entre civisme et demi-dieu blond

Ce qui rend Hoot plus curieux qu’un simple flop, c’est aussi sa manière de regarder ses adolescents. Le récit suit Roy, joué par Logan Lerman, et fait de Beatrice, incarnée par Larson, une alliée combative, presque une figure d’initiation politique. Le film parle de protestation, d’organisation locale, de résistance à une absurdité économique. En creux, il raconte le moment où des gamins découvrent que le monde adulte est un champ de bataille administratif. Pas très sexy, mais pas idiot non plus.

Et puis il y a cette étrangeté de ton que la source de Witney Seibold relève avec malice : le film glisse parfois vers quelque chose de plus ambigu, presque romantique dans la façon dont il filme Napoleon, joué par Cody Linley, comme une sorte de demi-dieu qui déboule en courant. On ne va pas surinterpréter à l’excès, mais il y a là un petit frottement de mise en scène qui donne au film une texture plus bizarre que prévu. Hoot n’est pas un désastre, c’est pire pour un studio : un objet trop sage pour être culte, trop étrange pour être rentable.

Le futur MCU, déjà en embuscade

Autre détail savoureux : Brie Larson, Clark Gregg et Tim Blake Nelson finiront tous par passer par la case Marvel. Le hasard a parfois le sens du casting, et celui-ci a quelque chose de délicieusement ironique. En 2006, Larson joue encore dans un film modeste, presque pédagogique, loin du gigantisme des blockbusters qui allaient ensuite structurer sa carrière. Quelques années plus tard, elle deviendra l’un des visages majeurs d’une franchise mondiale. Entre les deux, il y a ce premier rôle principal qui dit déjà quelque chose de sa trajectoire : une actrice capable d’absorber des projets très différents, même quand le projet en question se prend les pieds dans sa bonne conscience.

On peut aussi lire Hoot comme un petit symptôme de son époque. Le cinéma familial américain du milieu des années 2000 cherche encore des récits “utiles”, des films qui donnent le sentiment de transmettre quelque chose de civique. Mais le marché, lui, préfère déjà les machines plus agressives, plus franchisées, plus immédiatement lisibles. Entre le film de bonne volonté et le mastodonte pop, le match était plié d’avance. Brie Larson a donc commencé par un rôle principal dans un film qui voulait sauver des chouettes et a fini par sauver des galaxies. Sacrée trajectoire, non ?

Au fond, Hoot ressemble à ces espèces protégées que le film défend : un peu bancal, un peu oublié, mais suffisamment singulier pour mériter qu’on s’y arrête. Pas un chef-d’œuvre caché, pas un nanar à se rouler par terre. Juste un drôle d’oiseau hollywoodien, qui a raté son envol mais a laissé une trace discrète dans la carrière de son actrice. Et parfois, c’est déjà pas mal.

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