
Le reboot télé continue de remplir Poudlard, et la série muscle enfin son Chambre des secrets
La machine Harry Potter de HBO avance à marche forcée, et la saison 2 commence déjà à ressembler à un grand inventaire de Poudlard. Entre Arthur Weasley, Mimi Geignarde et Colin Creevey, le reboot télé ne se contente plus de recycler un mythe : il le recompose pièce par pièce, avec cette petite odeur de chantier géant qui colle aux franchises quand elles veulent durer sept saisons sans se prendre les pieds dans la cape.
Pour situer le bazar : HBO prépare une adaptation télévisée des sept romans de J. K. Rowling, pensée comme un long relais générationnel plutôt qu’un simple remake des films Warner Bros. La première saison doit adapter Harry Potter à l’école des sorciers et arriver en fin d’année 2026, tandis que la deuxième, déjà en train de se garnir, s’attaque logiquement à Harry Potter et la Chambre des secrets. Côté calendrier, on est donc dans cette drôle de zone où le public n’a pas encore vu le premier chapitre que la série recrute déjà les visages du suivant. C’est très studio, très stratégie de long terme, très poule aux œufs d’or qu’on nourrit à la petite cuillère.
Dans ce nouvel arrivage, Rafe Spall endosse Arthur Weasley, le patriarche fauché, tendre, un peu lunaire, et surtout obsédé par les objets moldus. Molly Hewitt-Richards incarnera Mimi Geignarde, fantôme râleur coincé dans les toilettes de Poudlard, tandis que Jasper Ambrose prête ses traits à Colin Creevey, le fan absolu de Harry qui transforme son appareil photo en badge d’adoration. Et là, on touche au vrai sujet : HBO ne cast pas seulement des personnages, elle reconstitue l’écosystème émotionnel de La Chambre des secrets.
Arthur Weasley, dans la saga, n’est pas un simple second couteau. C’est un pivot moral, un homme du Ministère de la Magie qui regarde le monde moldu avec une curiosité presque enfantine, loin du mépris aristocratique de certains sorciers plus snobs que brillants. Son arrivée dans la série dit beaucoup de l’ambition du projet : HBO ne veut pas seulement aligner les scènes cultes, elle veut retrouver la texture sociale des livres, cette manière qu’a Rowling de faire tenir ensemble l’intime, le bureaucratique et le fantastique. Arthur, c’est le père de substitution avant même que la saga n’ose le dire à voix haute. Un demi-dieu domestique, en quelque sorte, mais avec des chaussettes trouées.
Le casting de Rafe Spall a du sens parce qu’il apporte cette douceur un peu cabossée, cette humanité jamais lisse. Et si la série tient ses promesses sur la durée, le personnage aura du poids bien au-delà de La Chambre des secrets. Dans les romans, son destin prend une tournure bien plus sombre plus tard, notamment dans Harry Potter et l’Ordre du Phénix, où sa survie devient un enjeu dramatique majeur. Autrement dit, HBO ne recrute pas pour une scène, mais pour plusieurs saisons. Le mot d’ordre n’est pas “caméo”, c’est “installation durable”.

Mimi Geignarde, elle, est le genre de personnage que les adaptations ratent souvent si elles la prennent de haut. Derrière le gag du fantôme pénible, il y a une vraie mécanique tragique : une adolescente morte trop tôt, devenue témoin involontaire d’un traumatisme fondateur de Poudlard. Dans La Chambre des secrets, elle n’est pas là pour faire joli dans le décor gothique ; elle détient une partie de la clé du mystère, et sa présence donne au récit cette petite couche de mélancolie sale qui empêche l’intrigue de n’être qu’un thriller pour enfants. Le choix de Molly Hewitt-Richards, plus proche de l’âge du personnage que ne l’était Shirley Henderson dans les films, va d’ailleurs dans le bon sens. On évite le décalage trop voyant, et tant mieux.
Quant à Colin Creevey, il incarne une autre chose essentielle : la célébrité vue depuis le couloir du collège. Ce gamin qui mitraille Harry de son admiration, c’est le fandom avant l’heure, le spectateur interne qui transforme le héros en objet de collection. Dans La Chambre des secrets, son rôle n’est pas anecdotique, parce qu’il cristallise la passion, l’innocence et la vulnérabilité face au danger. En le castant tôt, HBO montre qu’elle comprend la structure du roman : les petits personnages ne sont pas des accessoires, ils sont les rouages du suspense. Sans eux, le château perd sa chair et devient juste un décor de luxe.
Depuis plusieurs semaines, la série HBO aligne les annonces de casting pour sa saison 2 : Ginny Weasley, Dobby, Tom Jedusor, Gilderoy Lockhart, tout le monde ou presque passe sur le tapis rouge de préproduction. Kit Harington a même récupéré le rôle de Lockhart après le retrait de Nicholas Hoult, ce qui ajoute une petite couche de star power à un ensemble déjà pensé comme une machine à fidéliser sur le long terme. On voit bien la logique industrielle : chaque saison doit pouvoir vivre comme un chapitre autonome, tout en servant un plan d’ensemble qui s’étire sur sept ans. Pas de panique, pas de précipitation, juste une stratégie de franchise qui sait très bien où elle met les pieds.
Reste la question qui flotte au-dessus de cette entreprise comme un sortilège mal rangé : jusqu’où peut-on étirer Harry Potter sans perdre ce qui faisait la force des livres, à savoir leur progression, leur âge, leur respiration ? HBO semble répondre par l’accumulation patiente, le casting millimétré, la fidélité aux figures secondaires et un soin presque maniaque apporté à la distribution. C’est malin, parfois même rassurant. Et un peu vertigineux, aussi. On n’est plus dans l’adaptation : on est dans la construction d’un second Poudlard, avec ses couloirs, ses fantômes et ses héritiers.
Au fond, la vraie question n’est peut-être pas de savoir si Arthur Weasley, Mimi Geignarde et Colin Creevey sont bien castés. C’est de voir si HBO saura faire de cette brochette de personnages autre chose qu’un catalogue de nostalgie premium. Parce qu’à ce jeu-là, le moindre faux pas se voit tout de suite. Et Poudlard, même en série, n’a jamais aimé les touristes.