Avant de devenir le couple royal le plus vicieux du petit écran dans The Great, Nicholas Hoult et Elle Fanning avaient déjà partagé l’affiche d’un drôle d’objet cinématographique : Young Ones, western de science-fiction post-apocalyptique qui voulait tenir la route et a fini dans le fossé critique. Un film de désert, de soif et de faux-semblants, bref, le genre de projet qui promet beaucoup et laisse surtout de la poussière sur les doigts.
Pour comprendre pourquoi Young Ones mérite qu’on s’y arrête, il faut remonter au vieux mariage entre le western et la science-fiction. Dès que Hollywood a compris qu’on pouvait troquer les chevaux contre des machines et les plaines contre des friches toxiques, le genre a commencé à muter : de Westworld à Firefly, jusqu’à Mad Max: Fury Road, la fusion a produit quelques sacrés morceaux de cinéma. En 2014, Jake Paltrow, frère de Gwyneth et réalisateur pas franchement porté sur le grand barnum, s’attaque à cette matière avec Young Ones, présenté au festival de Sundance avant de sortir dans un relatif anonymat. Le film aligne Michael Shannon, Kodi Smit-McPhee, Elle Fanning et Nicholas Hoult dans un futur américain ravagé par la sécheresse, où l’eau vaut plus cher que la morale. Le budget n’a jamais eu les allures d’un mastodonte hollywoodien, et ça se sent : tout repose sur l’idée, le décor, la tension, pas sur le spectacle à grand renfort de CGI. Sauf que l’idée, toute bonne qu’elle soit, ne fait pas toujours un film.
Et c’est là que le désert commence à parler plus fort que les personnages.
Un Ouest sans souffle, un futur sans nerf
Dans Young Ones, l’Amérique n’est plus un mythe, c’est une carcasse. La sécheresse a tout mangé, les survivants se battent pour des réserves d’eau, et Michael Shannon traîne sa silhouette d’homme usé au milieu d’un paysage qui ressemble à une fin de partie. Le film installe une belle idée de départ : un western où la conquête n’est plus territoriale mais hydrique, où le pouvoir passe par les canalisations et les puits. Sur le papier, on tient presque une belle métaphore du capitalisme de pénurie. Sur l’écran, en revanche, Jake Paltrow reste souvent à mi-chemin, comme s’il avait peur de salir vraiment sa mise en scène. Le problème n’est pas l’ambition, c’est l’atterrissage.
Le scénario joue pourtant avec des motifs solides : la famille, la propriété, la survie, la circulation des ressources, le désir qui s’invite là où il ne devrait pas. Ernest Holm, le père, tente de maintenir un ordre déjà mort ; sa fille Mary, incarnée par Elle Fanning, s’échappe vers Flem, le personnage de Nicholas Hoult, fils d’un commerçant local et petit rouage d’un système pourri jusqu’à l’os. On a donc un triangle classique, mais déplacé dans une zone de ruines où chaque geste prend une valeur politique. Le souci, c’est que le film regarde ses propres idées avec une prudence presque timide. Il effleure la tragédie, il caresse la fable, puis il repart sans vraiment trancher. Résultat : un objet souvent beau, parfois sec, mais rarement brûlant. Et dans un western SF, quand ça ne brûle pas, ça gèle. Pas très glamour, mais bon.

Hoult, Fanning, Shannon : le casting fait le boulot, le film un peu moins
Si Young Ones n’a pas disparu complètement de la mémoire des cinéphiles, c’est aussi parce qu’il réunit trois acteurs capables de donner du relief à un matériau bancal. Michael Shannon, évidemment, impose sa masse intérieure, ce mélange d’autorité et de fatigue qui fait de lui un monstre sacré du cinéma américain contemporain. Elle Fanning apporte une étrangeté douce, presque spectrale, qui convient bien à ce monde sans horizon. Nicholas Hoult, lui, joue déjà cette ambiguïté de garçon aimable et de présence un peu glissante qu’on retrouvera plus tard dans des rôles plus ambitieux. À l’époque, on n’est pas encore dans la gloire de The Great, ni dans les grandes machines de studio qui viendront ensuite. On est dans un film indépendant où chacun essaie de faire exister son personnage dans un décor qui semble l’avaler. Le casting a du nerf, le film, lui, préfère la poussière au coup de poing.
Ce qui est amusant, c’est que la trajectoire des deux jeunes acteurs raconte presque mieux le film que le film lui-même. Hoult et Fanning, plus tard, vont trouver dans la série de Tony McNamara un terrain autrement plus fertile : satire, rythme, cruauté, sensualité, tout ce que Young Ones n’ose qu’esquisser. Dans The Great, ils transforment leur duo en machine à fantasmes historiques, avec une écriture qui assume la farce et la perversion du pouvoir. Dans Young Ones, ils sont déjà là, mais comme en attente d’un meilleur véhicule. On dirait une répétition générale dans un hangar trop grand. Pas honteux, juste un peu frustrant.
Le verdict critique : ni chef-d’œuvre, ni catastrophe, juste un film qui flotte
À sa sortie, le film a pris une volée de bois vert sans pour autant sombrer dans le désastre absolu. Son score Metacritic de 47 et son 47 % sur Rotten Tomatoes disent assez bien l’affaire : ni gifle, ni triomphe, plutôt un entre-deux un peu triste. Glenn Kenny, pour RogerEbert.com, l’a jugé trop terne pour devenir un vrai naufrage notable ; Tom Long, dans le Detroit News, regrettait qu’un futur aussi sombre mérite mieux que ce qu’on lui servait. D’autres critiques ont pointé l’absence de chair, la maigreur des personnages, cette impression de décor qui grignote tout le reste. Mais il y a eu aussi des défenseurs, comme Henry Barnes dans The Guardian, qui a salué une vision de désert convaincante, ou Clayton Dillard dans Slant Magazine, sensible à la manière dont le film utilise ses influences comme point de départ plutôt que comme simple collage. Autrement dit : Young Ones n’a pas échoué avec panache, il a surtout manqué de nerf pour devenir incontournable.
Et c’est peut-être là sa vraie place dans l’histoire : celle d’un film-pont, un petit caillou dans la filmographie de ses acteurs, un détour qui annonce sans le savoir des œuvres plus assurées. Jake Paltrow y teste une idée de western crevé, presque abstrait, mais sans trouver la tension qui aurait transformé le tout en vrai choc. On peut y voir un brouillon élégant, une esquisse de monde, un essai de dystopie à hauteur d’homme. On peut aussi y voir un film qui se regarde sécher au soleil. Les deux lectures se défendent, et c’est déjà pas mal.
Reste cette image un peu ironique : avant de régner dans The Great, Hoult et Fanning avaient déjà traversé un royaume de sable, de dettes et d’eau rare. Le cinéma adore ces trajectoires en zigzag, ces films qui ne gagnent pas tout de suite mais laissent derrière eux une trace discrète, presque entêtante. Les carrières, comme les déserts, se lisent parfois dans ce qu’elles ont laissé s’évaporer.
Bande-annonce VF de Young Ones
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




