Quand une artiste venue de la musique, du jeu et du show-business décide de passer derrière la caméra, on regarde toujours ça avec un mélange de curiosité et de méfiance. Avec Get Lite, Teyana Taylor ne vient pas faire de la figuration : elle s’offre un premier long métrage avec Storm Reid, Leslie Odom Jr. et Aunjanue Ellis-Taylor, soit une affiche qui dit clairement qu’elle ne compte pas bricoler dans son coin.
Le projet, révélé au printemps 2026 dans la presse américaine, s’inscrit dans une vieille tradition hollywoodienne : celle de la star qui veut passer au statut d’autrice, de metteuse en scène, de patronne du récit. Taylor n’arrive pas les mains vides. Récompensée aux Golden Globes, nommée aux Oscars et aux Grammy Awards, elle a déjà construit une image de créatrice multicasquette, capable de naviguer entre musique, performance et mise en scène de soi. À Hollywood, ce genre de CV sert souvent de passeport, mais il ne garantit rien. On a vu des idoles se prendre les pieds dans le tapis dès le premier clap, et d’autres transformer l’essai avec une insolence réjouissante. Le vrai sujet, ici, c’est moins le casting que la manière dont Taylor entend s’installer dans le club très fermé des artistes qui passent le flambeau à leur propre regard.
En face, le casting a de quoi faire lever un sourcil. Storm Reid, déjà installée comme l’une des jeunes actrices les plus solides de sa génération, tient le haut de l’affiche. À ses côtés, Ceyair Wright, repéré dans le monde du sport avant de bifurquer vers le jeu, ajoute une petite tension de casting qu’Hollywood adore : le mélange entre trajectoire médiatique et promesse de cinéma. Et puis il y a Leslie Odom Jr. et Aunjanue Ellis-Taylor, deux noms qui ne viennent pas pour faire tapisserie. Le premier a remporté un Tony et décroché une nomination aux Oscars, notamment pour Hamilton et One Night in Miami. La seconde a elle aussi été nommée aux Oscars pour King Richard et s’est imposée dans des rôles où la gravité n’exclut jamais la nuance. Bref, on n’est pas dans le casting de dépannage du mercredi soir. On est plutôt sur une démonstration de force, presque une déclaration d’intention.
Une entrée en scène qui ne joue pas petit bras
Dans l’industrie, un premier film se lit souvent comme un test de positionnement. Est-ce qu’on mise sur un petit objet intime ? Sur un film de genre ? Sur un drame à haute valeur symbolique ? Pour l’instant, Get Lite garde sa part de mystère, et c’est plutôt malin. En ne dévoilant pas tout, la production évite de réduire le projet à un simple argument de casting. Ce flou laisse aussi entendre que Taylor veut construire une identité de cinéaste avant de livrer un produit parfaitement balisé. Et ça, franchement, ça change des débuts calibrés au millimètre où l’on sent déjà la note d’intention écrite par trois services marketing et un stagiaire en sueur.
Le choix de Storm Reid n’est pas anodin non plus. L’actrice a déjà prouvé qu’elle pouvait porter des récits de passage à l’âge adulte, des films de studio et des projets plus nerveux sans perdre sa ligne. Elle a ce mélange rare de fragilité apparente et de tenue dramatique qui permet à une mise en scène de respirer. Pour une réalisatrice débutante, c’est précieux : mieux vaut s’appuyer sur une interprète capable d’absorber les secousses qu’installer une tête d’affiche qui réclame la lumière à chaque plan. Autrement dit, Taylor semble construire son film comme un terrain d’équilibre, pas comme un concours d’ego.
Le casting comme manifeste, ou comment se fabriquer une légitimité
À Hollywood, la légitimité se fabrique souvent à coups de noms. C’est moche à dire, mais c’est comme ça. Un premier film avec des acteurs reconnus, c’est une façon de rassurer les financiers, de crédibiliser la presse, et de signaler au public qu’on ne lui sert pas un projet de garage. Ici, l’addition de Leslie Odom Jr. et Aunjanue Ellis-Taylor donne à Get Lite une densité particulière. Leur présence suggère un film qui veut jouer sur le registre de l’émotion, du conflit intérieur, du dialogue qui mord. Pas besoin d’en savoir plus pour comprendre que Taylor cherche à éviter le piège du “premier film de star” trop lisse, trop décoratif, trop content de son propre pedigree.
Il faut aussi lire ce casting comme un geste de continuité. Taylor vient d’un écosystème où la performance est totale : musique, image, présence, style, contrôle du cadre. Passer à la réalisation, c’est souvent accepter de déplacer le centre de gravité. Elle ne sera plus seulement devant le miroir, mais derrière, à organiser les regards. Et c’est là que les choses deviennent intéressantes, parce qu’un premier film dit toujours plus que son synopsis. Il raconte une ambition, une manière d’occuper l’espace, une idée du cinéma. Dans le cas de Taylor, cette idée semble déjà claire : faire du plateau un lieu de pouvoir, pas un simple tremplin de célébrité.
Hollywood adore les reconversions, surtout quand elles sentent le contrôle
Ce type de projet s’inscrit dans une tendance plus large : les artistes venus de la musique ou de la télévision ne se contentent plus de prêter leur visage à des franchises, ils veulent écrire, produire, réaliser. Le système adore ça, tant que la transition reste vendable. Taylor coche plusieurs cases à la fois : notoriété, crédibilité artistique, réseau, capacité à attirer des interprètes solides. Le tout sans donner l’impression de s’excuser d’exister. C’est peut-être là sa vraie force. Elle ne demande pas la permission, elle avance.
Reste la question qui fâche un peu : comment transformer un casting brillant en film vraiment singulier ? Parce qu’on a beau empiler les trophées et les nominations, le cinéma ne se laisse pas intimider par les CV. Il faut une vision, un rythme, une manière de faire cohabiter les corps et les tensions. Si Get Lite parvient à faire coexister l’énergie de Storm Reid, la précision de Leslie Odom Jr. et la gravité d’Aunjanue Ellis-Taylor sous la direction de Teyana Taylor, alors on tiendra peut-être plus qu’un simple “premier essai réussi”. On tiendra un vrai début. Et ça, à Hollywood, c’est déjà beaucoup. Le reste, comme toujours, se jouera au montage, là où les beaux discours vont souvent se faire un peu secouer.
En attendant, on garde l’oreille tendue : quand une artiste aussi exposée choisit de se lancer avec autant de monde autour d’elle, ce n’est jamais un caprice. C’est une prise de territoire. Et franchement, ça a une autre gueule qu’un petit tour de piste pour la photo souvenir.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




