En 2022, Fall avait fait le boulot de la petite terreur maligne : 21,8 millions de dollars de box-office pour 3 millions de budget, un concept simple, une tension sèche, et ce parfum de pari gagné contre la logique industrielle. Trois ans plus tard, Fall 2 : Deadpoint arrive avec un problème classique de franchise : comment relancer une histoire qui semblait déjà avoir atteint son sommet sans se casser la gueule au premier virage ?

La réponse, ici, tient en deux mots : surenchère et reconfiguration. D’après la critique de Bill Bria publiée par Slashfilm le 2 septembre 2026, Scott Mann et Jonathan Frank reviennent à l’écriture et à la production, mais la mise en scène passe aux frères Spierig, Peter et Michael, ces bricoleurs du genre qui savent mélanger horreur, action et mécanique pulp sans trop regarder leurs chaussures. On est donc loin du simple recyclage. Lionsgate ne vend pas seulement une suite, mais une tentative de transformer un thriller de survie en saga à rebondissements, avec un parfum de feuilleton familial perché à 3 000 pieds d’altitude. Le vrai pari, ce n’est pas de faire plus haut : c’est de faire tenir la corde.

Pour rappel, Fall avait tout du petit film malin né dans l’ombre de la pandémie : peu de personnages, peu de lieux, un budget riquiqui, et une idée de départ qui suffisait à faire transpirer la salle. Le succès a évidemment déclenché la machine à fantasmes des studios, cette bonne vieille poule aux œufs d’or qu’on secoue jusqu’à la dernière plume. Sauf qu’un film de survie n’est pas toujours une franchise naturelle. On peut faire tomber des gens d’une tour, mais on ne fait pas forcément naître un univers étendu avec ça. Et pourtant, c’est exactement ce que tente Fall 2 : Deadpoint, en déplaçant le centre de gravité du récit vers la sœur de Shiloh, Jax, et vers une nouvelle ascension en Thaïlande. Le film ne veut plus seulement faire peur : il veut installer une mythologie, même si elle tient encore sur un fil.

Le vertige, version feuilleton

Ce qui change, surtout, c’est le moteur dramatique. Là où le premier opus reposait sur l’instinct de survie et l’efficacité brute, cette suite ajoute du deuil, de la postérité numérique, des traces laissées en ligne et une forme de culte posthume autour de Shiloh. On n’est plus seulement dans le “comment va-t-on descendre ?”, mais dans le “qui hérite de quoi, et pourquoi on remonte encore là-haut ?”. C’est plus tordu, plus soap, plus intéressé aussi. Et franchement, ça fait du bien d’avoir une suite qui accepte de salir un peu sa ligne claire au lieu de jouer les copies carbone.

La critique de Slashfilm souligne que le film met du temps à démarrer, ce qui n’a rien d’étonnant : une suite d’un récit qui se refermait naturellement doit d’abord justifier son existence avant de pouvoir dégainer ses câbles et ses sueurs froides. Mais une fois lancé, le film semble savoir où il va, avec des révélations tardives et une progression qui assume la manipulation. On peut toujours tiquer sur la crédibilité des motivations, mais le genre a ses règles, et ici la règle est simple : on vient pour la sensation, on reste pour la tension, on accepte la petite triche si la montée d’adrénaline est propre. Le film ne cherche pas la pureté, il cherche l’accroche.

Affiche de Fall 2 : Deadpoint
Affiche de Fall 2 : Deadpoint

Des falaises et des ficelles

Le point faible, d’après la critique, reste le même que dans le premier film : les images numériques qui jurent parfois avec l’ambition de vertige. C’est le péché originel de beaucoup de thrillers contemporains à grand concept : on veut faire croire au danger absolu, mais on doit composer avec des contraintes de tournage, des environnements inaccessibles et une postproduction qui ne peut pas toujours sauver la mise. Résultat, le spectateur cinéphile repère parfois la couture. Pas de quoi ruiner le plaisir, mais assez pour rappeler que le cinéma de sensation est aussi une affaire de bricolage. Et parfois, le bricolage se voit un peu trop.

Mais les frères Spierig ne sont pas là par hasard. Leur filmographie, de Daybreakers à Predestination, montre une vraie appétence pour les genres hybrides, les récits à tiroirs et les changements de ton qui ne s’excusent pas d’exister. Même leur passage sur Jigsaw en 2017 avait déjà prouvé qu’ils savaient reprendre un héritage pour le faire dérailler juste ce qu’il faut. Ici, ils semblent parfaitement taillés pour ce virage : faire passer la série du thriller de survie à une forme de mélodrame d’altitude, sans perdre complètement la sueur au passage. On n’est plus dans le simple “tiens bon”, mais dans le “tiens la rampe et les nerfs”.

La franchise comme corde raide

Ce qui rend Fall 2 : Deadpoint intéressant, au fond, c’est moins sa capacité à reproduire le frisson que sa volonté de fabriquer une continuité émotionnelle. Là où tant de suites se contentent de recycler un concept avec un nouveau décor et deux cris de plus, celle-ci essaie de prolonger les personnages, de leur donner une mémoire, des fantômes, une forme de destin. C’est peut-être là que la série peut devenir autre chose qu’un simple gimmick de hauteur : une saga de corps en suspens, de liens familiaux mal réparés, de traumatismes qui refusent de redescendre.

Reste la question qui fâche un peu : jusqu’où peut-on tirer sur cette corde sans qu’elle casse ? Si un troisième film voit le jour, il faudra bien choisir entre la répétition pure et la vraie escalade narrative. Pour l’instant, Fall 2 : Deadpoint semble avoir compris qu’une franchise ne tient pas seulement à son concept, mais à sa capacité à le tordre sans le vider. Et ça, mine de rien, c’est déjà plus élégant que beaucoup de suites fabriquées à la chaîne. À ce niveau-là, le danger n’est plus la chute : c’est de retomber dans la facilité.

Alors oui, on peut sourire devant le titre, un peu trop content de lui, et devant cette manie hollywoodienne de baptiser une suite comme si elle annonçait un traité de géologie émotionnelle. Mais si le film tient ses promesses, il pourrait bien faire de la série Fall une petite anomalie dans le paysage des franchises : pas un mastodonte, pas une machine à milliards, juste un high-wire act qui avance au-dessus du vide sans trop regarder en bas. Et parfois, c’est déjà beaucoup.

Bande-annonce VF de Fall 2 : Deadpoint

Part.
Laisser Une Réponse