Panorama Studios se lance enfin en tamoul, et le studio n’a pas choisi la voie pépère du drame familial : il attaque direct par l’horreur psychologique, avec Trisha Krishnan en tête d’affiche et Londres en terrain de jeu. Oui, on parle bien d’un premier coup dans une langue régionale majeure, et pas d’un petit galop d’essai pour faire joli dans le dossier de presse.

Pour situer un peu le décor, Panorama Studios n’est pas exactement un nouveau venu dans le cinéma indien. La société, connue pour ses productions en hindi et ses incursions dans des formats commerciaux bien huilés, s’offre ici une première en tamoul, marché massif, ultra-compétitif, où l’identité linguistique compte autant que le casting. Le choix de Trisha Krishnan n’a rien d’anodin : l’actrice est depuis longtemps l’une des figures les plus bankable du Sud indien, capable de naviguer entre star system, films de genre et rôles plus feutrés sans perdre sa couronne. À ses côtés, Radhika Sarathkumar et Aparna Balamurali viennent densifier l’ensemble, avec ce genre de trio qui promet moins un simple film à frissons qu’un vrai bras de fer émotionnel. Le tournage a démarré à Londres, ce qui ajoute une couche de dépaysement à une histoire qui, visiblement, préfère les couloirs froids aux maisons hantées en carton-pâte. On sent déjà qu’on ne va pas nous servir du paranormal à la louche.

Le film est réalisé par Raja Krishna Menon, cinéaste qui sait manier les récits de tension et les contextes sous pression. Son nom évoque une certaine rigueur de mise en scène, un goût pour les dispositifs où le suspense naît moins du grand spectacle que de l’érosion mentale, du doute, de la fissure intime. Autrement dit, le bon terreau pour un psychologique horror qui ne veut pas seulement faire sursauter mais gratter là où ça fait mal. En choisissant Londres comme lieu de prise de vues, la production s’offre aussi un décor qui peut jouer sur l’exil, l’isolement, la déterritorialisation des corps et des affects. Le genre adore ça : une ville étrangère, des repères qui se dérobent, et hop, la machine à fantasmes se met en route.

Un premier pas tamoul qui sent le calcul, pas le hasard

À ce stade, le geste industriel est presque aussi intéressant que le film lui-même. Quand un studio comme Panorama Studios décide d’entrer sur le terrain tamoul, il ne s’agit pas seulement d’élargir son catalogue : il s’agit de s’implanter dans un écosystème où les stars locales, les attentes régionales et la circulation des films entre langues dessinent une économie très particulière. Le tamoul, ce n’est pas un marché périphérique qu’on cocherait au stylo rouge dans un coin de tableau Excel. C’est une industrie à part entière, avec ses propres monstres sacrés, ses propres codes, ses propres attentes de box office. Et pour y entrer, mieux vaut éviter le remake paresseux ou le produit sans accent. Il faut une tête d’affiche qui pèse, une mise en scène qui tient la route et une promesse de genre qui ne prend pas le public pour des jambons.

Trisha Krishnan coche précisément cette case. Sa présence donne au projet une légitimité immédiate, mais aussi une forme de souplesse : elle peut porter un film de tension sans le transformer en démonstration d’actrice en roue libre. C’est souvent là que le cinéma de genre indien devient intéressant, quand il cesse de singer Hollywood pour injecter dans ses structures des obsessions locales, des rapports de classe, des tensions familiales, des fantômes très concrets derrière les fantômes symboliques. Le psychologique, ici, n’est pas un vernis chic. C’est une manière de faire remonter le refoulé. Et ça, le cinéma indien sait le faire avec une belle mauvaise foi, ce qui est souvent meilleur signe que la bonne conscience.

Londres, ou la maison hantée avec passeport

Le choix de Londres comme lieu de tournage n’a rien d’un simple décor de carte postale. Dans le cinéma indien contemporain, les tournages à l’étranger servent souvent à élargir le cadre visuel, certes, mais aussi à déplacer les personnages hors de leur environnement social habituel. Une ville comme Londres permet de travailler l’isolement, l’étrangeté, la fracture culturelle, tout en donnant au film une texture plus froide, plus clinique. Pour un récit d’horreur psychologique, c’est du pain béni. On peut y faire circuler la paranoïa, les silences, les faux-semblants, sans avoir besoin de multiplier les effets de manche. Et franchement, tant mieux : les films qui confondent volume sonore et terreur ont déjà assez pollué les salles comme ça.

Reste la question la plus piquante : quel type d’horreur va naître de cette alliance entre star tamoule, studio hindi et mise en scène londonienne ? Si le projet tient ses promesses, il pourrait s’inscrire dans cette zone rare où le film de genre devient aussi une histoire de déplacement identitaire, de tensions intimes et de circulation des regards. Pas besoin de faire hurler un démon toutes les cinq minutes pour créer du trouble. Un visage qui se ferme, une pièce trop blanche, une relation qui se détraque, et le film peut déjà commencer à mordre. Le vrai monstre, souvent, c’est le cadre lui-même.

En attendant de connaître son titre, ce premier film tamoul de Panorama Studios a déjà une vertu : il dit quelque chose de l’époque. Les studios veulent désormais traverser les langues, les régions et les marchés avec plus d’agilité, mais sans renoncer à l’accroche commerciale. Trisha Krishnan, Raja Krishna Menon, Radhika Sarathkumar, Aparna Balamurali, Londres, l’horreur psychologique : sur le papier, l’assemblage a de la tenue. Reste à voir si la maison tiendra debout quand les murs commenceront à respirer. Et là, on va enfin rigoler un peu. Ou pas.

Part.
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