Avant d’être le demi-dieu qui saute des immeubles et s’accroche aux avions, Tom Cruise a aussi été un petit malin du développement, capable de pousser une idée jusqu’au bout d’un long métrage entier. Avec Days of Thunder, il ne s’est pas contenté d’être la tête d’affiche : il a mis les mains dans le cambouis du récit.

Pour remettre les choses à l’endroit, on parle ici d’un film Paramount sorti le 27 juin 1990, mis en scène par Tony Scott, avec Cruise dans la peau de Cole Trickle, pilote NASCAR aussi doué que suicidaire. Le budget de production est estimé à 60 millions de dollars, pour un box-office mondial d’environ 158 millions. Pas un naufrage, pas un triomphe non plus. Le genre de score qui fait lever un sourcil aux comptables et soupirer les fans de vitesse. À l’époque, Cruise sort déjà de la machine à fantasmes Top Gun et commence à imposer sa manière très particulière de fabriquer ses films : être l’acteur, le moteur, le capitaine, parfois même le chef d’orchestre (et, soyons honnêtes, le type qui refuse de lâcher le volant).

Le vrai sujet, ici, c’est moins la course automobile que la manière dont Cruise transforme un simple rôle en terrain de contrôle créatif.

Un moteur qui tourne à l’obsession

En apparence, Days of Thunder ressemble à un cousin de Top Gun transposé sur circuit : un héros brûlé par la vitesse, un mentor, une romance, des rivalités, du danger, du bruit, des corps qui encaissent. Sauf que le point de départ du film vient d’une obsession bien réelle de Cruise pour la course automobile. La source rappelle qu’un événement organisé par Hendrick Motorsports, avec Paul Newman, a servi d’étincelle. Et là, on comprend mieux le mécanisme : Cruise ne choisit pas seulement des rôles, il se fabrique des mythologies personnelles. Il prend une passion, la branche sur une structure hollywoodienne, et hop, on a un blockbuster en puissance.

Le plus intéressant, c’est que cette implication ne relève pas du caprice de star capricieuse. Cruise a d’abord travaillé sur le script avec Warren Skaaren, déjà passé par les réécritures de Top Gun. Puis Robert Towne, le scénariste de Chinatown, a repris le dossier à zéro. Plusieurs versions ont circulé, au point de retarder le tournage. Bref, le film a connu cette belle pagaille de production qui sent le projet trop gonflé, trop travaillé, trop piloté à vue. Mais les fondations de l’histoire restaient bien celles de Cruise : l’idée, l’élan, la pulsion de départ.

La star comme scénariste clandestin

Ce qui frappe, c’est que Cruise n’a presque jamais eu besoin d’un crédit pour peser. Depuis Top Gun, il exerce une forme de pouvoir très hollywoodienne : il arrive tôt, il part tard, il pousse tout le monde à suivre la cadence, et il sait très bien où il veut aller. Les gens qui ont bossé avec lui vantent souvent son professionnalisme, son énergie, sa capacité à entraîner une équipe entière dans son sillage. On peut trouver ça autoritaire, bien sûr. Mais dans le système des studios, ce genre de star est aussi une assurance tous risques. Cruise n’est pas seulement une affiche : c’est une force de production à lui tout seul.

Affiche de Jours de Tonnerre
Affiche de Jours de Tonnerre

Dans le cas de Days of Thunder, le crédit d’histoire qu’il obtient prend donc tout son sens. Il n’est pas là pour faire joli sur l’affiche ou pour vendre des casquettes. Il a réellement porté l’idée du film, au point d’en faire une extension de sa propre image : vitesse, contrôle, danger, maîtrise. Le personnage de Cole Trickle ressemble d’ailleurs à un avatar très cruiseien avant l’heure, ce mélange de charme lisse et de pulsion de dépassement qui deviendra sa marque de fabrique. On n’est pas loin du péché originel de sa filmographie : vouloir tout dominer, tout accélérer, tout rendre plus grand que nature. Et parfois, ça marche mieux que prévu.

Un flop de sortie, un culte de rattrapage

À sa sortie, le film a reçu des critiques plutôt fraîches et n’a pas vraiment fait sauter le box-office. Rien d’étonnant : le cinéma de Tony Scott, dans cette période, avance souvent en mode surcharge sensorielle, avec des images qui carburent à la testostérone et au chrome. Mais les années ont fait leur travail de réhabilitation, comme souvent avec les films de star un peu cabossés. La diffusion télévisée a largement entretenu sa postérité, jusqu’à lui construire une petite armée de fidèles. Pas un culte de cathédrale, non. Plutôt une ferveur de garage, de circuit, de VHS usée jusqu’à la corde. Et ce n’est déjà pas rien.

Il faut dire que Days of Thunder coche toutes les cases du film de studio qui finit par gagner en charme avec le temps : trop ambitieux pour être sage, trop mécanique pour être discret, trop lié à son époque pour paraître neutre. C’est précisément ce genre d’opus qui devient plus intéressant une fois qu’il a cessé de vouloir plaire à tout le monde.

Le flambeau, la gomme et la suite

La source évoque aussi Days of Thunder 2, annoncé pour le 2 juin 2028. Rien que ça. On sent déjà le studio en train de ressortir la vieille boîte à outils des franchises dormantes, parce qu’un titre avec Cruise et des moteurs reste une poule aux œufs d’or potentielle. La vraie question, évidemment, n’est pas de savoir si on aura droit à des bolides plus brillants ou à des ralentis plus chers. C’est plutôt : Cruise reprendra-t-il encore la main sur l’histoire ? Sera-t-il à nouveau simple star, ou bien ce vieux réflexe de contrôle reviendra-t-il faire vrombir le moteur ?

Dans le Hollywood des suites et des relances à répétition, ce serait presque logique qu’il reparte au combat avec un crédit de plus. Après tout, quand on a passé sa carrière à transformer ses films en démonstrations de volonté, pourquoi s’arrêter au moment de remettre le casque ? Chez Cruise, la vitesse n’est jamais seulement une affaire de voiture. C’est une manière de tenir le récit en laisse.

Et puis, entre nous, si un film de 1990 sur la NASCAR revient dans la conversation en 2026, c’est bien qu’il y a là autre chose qu’un simple souvenir de multiplexe. Une trace, une obsession, une signature. Bref, un vieux bolide qui refuse de finir à la casse. Pas mal pour un prétendu second rôle, non ?

Bande-annonce VF de Jours de Tonnerre

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