Le prochain James Bond commence enfin à sortir du brouillard, et comme souvent avec 007, la vraie question n’est pas seulement qui portera le smoking, mais qui acceptera de vivre dans l’ombre d’un fantôme en costume sur mesure. Après cinq ans sans Daniel Craig, Amazon et MGM avancent leurs pions sur James Bond 26, avec une shortlist qui mélange têtes déjà bien identifiées et outsider presque invisible à l’écran. De quoi relancer la machine à fantasmes, évidemment, mais aussi rappeler une évidence un peu moins glamour : Bond n’est pas qu’un rôle, c’est un actif industriel, une poule aux œufs d’or que le nouveau propriétaire compte bien faire trotter longtemps.
Pour remettre les choses à plat, Amazon a pris le contrôle de la franchise en 2025 après le rachat de la part de la famille Broccoli, Barbara Broccoli et Michael G. Wilson ayant longtemps tenu la barre depuis l’ère Cubby Broccoli. Le dossier Bond entre donc dans une phase nettement plus corporate, avec une logique de long terme assumée. Et ce n’est pas un détail : quand un studio ou une plateforme met la main sur un tel monstre sacré, il ne cherche pas seulement un acteur, il cherche un visage capable d’absorber plusieurs films, plusieurs campagnes, plusieurs milliards potentiels au box-office mondial. Le précédent Craig a montré à quel point un Bond peut redéfinir une époque, de Casino Royale à Skyfall, avant la sortie de route finale de No Time to Die en 2021. L’enjeu, cette fois, c’est de passer le flambeau sans casser la vitrine.
Et justement, la shortlist qui circule dit beaucoup de la stratégie d’Amazon : du bankable, du british, du jeune, et si possible quelqu’un qu’on n’a pas encore trop usé à l’écran.
Le costume, le casting et le casse-tête
Selon Page Six, plusieurs acteurs doivent passer des essais pour Amazon et MGM dans les prochains jours : Jack Lowden, Callum Turner, Jacob Elordi, Paul Mescal et Harris Dickinson. De notre côté, une autre source citée dans le texte place aussi Jack O’Connell dans la danse. Tous ont un point commun assez simple à formuler et assez compliqué à exploiter : ils ont entre la fin de la vingtaine et la trentaine, ils ont déjà une vraie présence, et ils peuvent vendre une silhouette de demi-dieu sans avoir l’air d’un mannequin en carton-pâte. Sauf que le cas Elordi, par exemple, pose une petite colle. Oui, il a l’allure, oui, il a la gueule, mais il traîne déjà un imaginaire fort, de Euphoria à Wuthering Heights. Bond aime les visages, mais il adore encore davantage les écrans presque vierges. Le mythe a besoin d’un inconnu qui semble avoir toujours existé.
Et c’est là que Jack Barton surgit comme un petit caillou dans la chaussure des pronostics. Moins connu que les autres, il a pourtant déjà un parcours suffisamment visible pour ne pas sortir de nulle part : un rôle bref dans Poor Things, puis des apparitions dans War of the Worlds, Heartstopper et Rogue Heroes. Le texte source le présente comme le favori du moment, et précise qu’il fait partie des finalistes. L’argument est limpide : à 31 ans, il coche la case du Bond durable, celui qu’Amazon pourrait installer sur plusieurs films sans repartir à zéro tous les trois ans. On connaît la chanson, d’ailleurs : Sean Connery n’était pas encore une statue, Daniel Craig non plus, et c’est précisément ce qui a permis à chacun de graver sa propre version du personnage. Bond adore les stars, mais il préfère souvent les paris.
Villeneuve au volant, le studio au coffre
Autre valeur sûre de ce nouveau chapitre : Denis Villeneuve a été recruté pour réaliser James Bond 26. Là, on n’est plus dans le simple casting, on est dans la promesse d’un film qui veut conjuguer prestige et efficacité, élégance et gros moteur. Villeneuve sort de l’orbite de Dune, avec un calendrier encore chargé puisqu’il doit boucler Dune: Part Three avant de se consacrer au dossier Bond. Le tandem de producteurs annoncé, Amy Pascal et David Heyman, ajoute encore une couche de sérieux industriel. On parle de gens qui savent tenir une franchise, la faire respirer, la faire rapporter, la faire durer. Bref, pas des touristes venus jouer au casino avec le budget marketing.
Pour l’instant, aucun détail d’intrigue n’a filtré, et aucune date de sortie n’a été fixée. Ce silence est presque logique : dans l’histoire de Bond, la révélation du nouvel interprète a souvent servi de point d’accroche avant le reste. On annonce le visage, puis on construit le mythe autour. C’est un vieux rituel hollywoodien, très codifié, très rentable, et un peu ridicule si on le regarde de trop près, ce qui n’empêche personne de le refaire avec application. Le vrai suspense n’est donc pas seulement de savoir qui dira « Bond, James Bond », mais quel type de franchise Amazon veut fabriquer derrière cette formule.
Car c’est bien là que se joue la suite : entre la mémoire de Craig, la patte Villeneuve et la logique de plateforme devenue propriétaire d’un empire, James Bond 26 ressemble déjà à un test grandeur nature. Est-ce qu’on choisit un visage déjà célèbre, au risque d’écraser le personnage sous les attentes préexistantes ? Ou est-ce qu’on mise sur un quasi-inconnu, histoire de redonner au mythe ce petit frisson de tabula rasa qui lui va si bien ? On parie qu’Amazon adore la deuxième option. Et franchement, on les comprend : quand on tient une franchise pareille, autant éviter de tirer une balle dans le pied dès le casting. Le prochain Bond ne sera pas seulement un acteur, ce sera un signal de puissance.
Reste à voir si le signal sera discret, chic, presque venimeux, ou si le studio va nous sortir un 007 calibré pour l’algorithme. Dans un cas, on a du cinéma. Dans l’autre, un très beau produit. Et entre les deux, il y a tout Bond.
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




