Renouvelée au printemps, puis envoyée au tapis quelques mois plus tard : Wonder Man vient de rejoindre le cimetière très fréquenté des promesses Marvel. Et derrière ce petit numéro de prestidigitation industrielle, on voit surtout un studio qui ne sait plus très bien s’il veut fabriquer des séries, des vitrines ou des pansements pour son MCU.
Pour remettre les pendules à l’heure, Wonder Man avait pourtant tout pour faire lever un sourcil intéressé chez les habitués de la maison aux logos qui brillent. Portée par Yahya Abdul-Mateen II, la série avait débarqué avec une réception critique franchement solide, au point d’atteindre 91 % sur Rotten Tomatoes côté presse et 87 % côté public. Pas exactement le profil d’un gadin honteux qu’on enterre en douce. En mars 2026, Marvel avait même validé une saison 2, avant que Variety ne rapporte, le 30 juillet 2026, que la suite ne se ferait plus. Selon les sources du média, aucune salle d’écriture n’avait été ouverte et les auteurs avaient déjà été libérés pour aller voir ailleurs si l’herbe était plus verte. Charmant. Le renouvellement express suivi de l’annulation sèche, c’est la version corporate du coup de fil qui ne rappelle jamais.
Le cas est d’autant plus piquant que Wonder Man n’était pas une série Marvel comme les autres. Là où la plupart des productions live action de Disney+ ont fonctionné en solo, avec quelques exceptions comme Loki ou Daredevil: Born Again, celle-ci jouait une partition plus méta, plus maligne, presque plus adulte dans son rapport au star-system. Simon Williams, aspirant acteur qui doit cacher ses pouvoirs pour décrocher des rôles, croise Trevor Slattery, vieux briscard du showbiz en roue libre, et le duo se retrouve embarqué dans une histoire qui parle autant de super-héros que d’industrie du spectacle. Autrement dit, Marvel avait enfin trouvé un angle qui ne sentait pas le recyclage de pixels tièdes. Et paf, rideau.
Quand le méta devient un peu trop réel
En réalité, Wonder Man touchait à quelque chose de plus intéressant que la simple mécanique du blockbuster à rallonge. Le personnage de Simon Williams, joué par Yahya Abdul-Mateen II, renvoyait à une vieille obsession hollywoodienne : l’acteur qui veut exister dans un système qui l’absorbe, le modèle qui doit se vendre tout en restant invisible. C’est presque trop beau pour Disney+, cette histoire d’un type qui doit cacher sa singularité pour obtenir une place dans la machine. On n’est pas loin d’un commentaire sur le MCU lui-même, qui a longtemps prospéré en transformant ses héros en produits interchangeables avant de se retrouver coincé dans sa propre logique. Quand la série parle de l’industrie, elle parle aussi de Marvel. Et c’est peut-être là qu’elle devenait gênante.
Le plus ironique, c’est que le co-créateur Destin Daniel Cretton n’est pas exactement un figurant dans l’écosystème Marvel. Il prépare Spider-Man: Brand New Day, que l’on imagine déjà comme un joli pactole pour le studio au box-office, et il déclarait encore récemment espérer lancer la saison 2 de Wonder Man au début de 2027, selon ses propos rapportés par Collider le 20 juillet 2026. Entre cette projection et la décision de couper le robinet, il y a un gouffre. Un vrai. Pas une petite divergence de planning de post-production. Le problème, chez Marvel, ce n’est plus le manque d’idées. C’est la capacité à les laisser respirer.

Trevor Slattery, le revenant qui tient encore debout
Autre valeur sûre du projet : Ben Kingsley en Trevor Slattery. Depuis Iron Man 3, le personnage a survécu à toutes les pirouettes du MCU parce qu’il incarne précisément ce que Marvel sait faire de mieux quand il arrête de se regarder dans le miroir : un faux monstre sacré devenu presque plus attachant que les demi-dieux en armure. Slattery, c’est le vieux monde du cinéma, le cabotinage, la survie, le second souffle. Bref, c’est du cinéma qui a de la mémoire. Et dans Wonder Man, il semblait trouver un terrain parfait pour rejouer sa partition de loser magnifique, ce qui n’est pas rien dans une franchise souvent plus à l’aise avec les explosions qu’avec les trajectoires humaines.
La question, maintenant, c’est ce que Marvel compte faire de cet univers-là. Variety indique que les personnages pourraient réapparaître ailleurs dans de futurs projets, ce qui est la formule polie pour dire : on ne jette pas tout, on garde les pièces dans un tiroir. Simon Williams et Trevor Slattery ne figureraient pas, à ce stade, parmi les membres du casting de Avengers: Doomsday, ce qui n’a rien d’illogique mais confirme une chose : le MCU fonctionne de plus en plus comme une immense salle d’attente, avec des héros qui passent, repassent, disparaissent, reviennent, puis repartent sans que personne sache très bien pourquoi. À force de vouloir tout connecter, Marvel finit par donner l’impression de ne plus rien décider.
Le grand bazar des séries à cape
Depuis le lancement de Disney+ en novembre 2019, Marvel a tenté de transformer ses séries en bras armé de son univers étendu. WandaVision, The Falcon and the Winter Soldier, Hawkeye, Moon Knight, Ms. Marvel, She-Hulk: Attorney at Law, Secret Invasion, Echo, Agatha All Along, Ironheart : la liste ressemble à un inventaire de laboratoire plus qu’à une vraie politique d’auteur. Quelques réussites, des demi-succès, des ratés, et au milieu, cette drôle d’impression que chaque série doit surtout justifier la suivante. Wonder Man avait le mérite de sortir de ce carcan en parlant du métier, du désir de jouer, de la fabrication des images. C’était presque trop élégant pour une machine qui préfère souvent le bruit au sous-texte.
Alors oui, on peut toujours se raconter que Marvel garde ses cartes, qu’un reboot, un spin off ou un retour de personnage reste possible. Mais l’annulation de cette saison 2 après renouvellement en dit long sur la nervosité du studio. On ne parle pas ici d’un simple ajustement de calendrier, mais d’une manière de gérer les séries comme des variables d’ajustement, au gré des priorités du moment. Dans cette histoire, Wonder Man n’a pas seulement perdu sa saison 2 : elle a servi de révélateur à un MCU qui ne sait plus très bien s’il construit un monde ou s’il démonte ses propres décors.
Et c’est peut-être ça, le vrai suspense désormais : combien de temps encore Marvel pourra vendre de la continuité quand sa stratégie ressemble de plus en plus à une série de portes qui claquent ?
Bande-annonce VF de Wonder Man
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




