Le ranch de Taylor Sheridan n’a jamais vraiment aimé tourner la page, et c’est tant mieux : Dutton Ranch s’apprête déjà à recycler ses fantômes les plus rentables. Alors que la série a été renouvelée pour une saison 2 et que la première s’est refermée sur un enlèvement, on voit bien où le bât blesse : Beth et Rip ne peuvent pas jouer les cow-boys solitaires bien longtemps sans que tout l’écosystème Yellowstone vienne leur prêter main-forte. Ou leur mettre des bâtons dans les roues, ce qui chez Sheridan revient souvent au même.

Pour rappel, Yellowstone a quitté la route en 2024 après une cinquième saison qui a laissé derrière elle un paquet de frustrations, de trajectoires cassées et de portes entrouvertes à coups de bottes. Dans la foulée, l’univers s’est fragmenté entre plusieurs séries dérivées, dont Marshals et Dutton Ranch, avec une logique de franchise désormais assumée jusqu’au bout du stetson. Le modèle est clair : capitaliser sur des figures déjà aimées, faire circuler les personnages comme des cartes de poker, et maintenir la machine à fantasmes en état de marche. Dans ce genre de saga, le vrai luxe n’est pas le décor : c’est la mémoire des visages.

Et justement, la vraie question n’est pas de savoir si des retours auront lieu, mais lesquels peuvent vraiment nourrir l’histoire sans la transformer en réunion d’anciens élèves.

Kayce Dutton, l’évidence qui ne dit pas son nom

Commençons par le plus évident, parce qu’on n’est pas là pour faire semblant : Kayce Dutton a toutes les raisons d’entrer dans Dutton Ranch. Dans Marshals, Luke Grimes a déjà hérité d’un spin-off censé prolonger la lignée, mais la série a pris un départ bancal en écartant Monica Dutton et en laissant son personnage dans un entre-deux narratif qui sentait la colle fraîche. Résultat, Kayce se retrouve à la fois disponible, sous-exploité et parfaitement armé pour aider Rip et Beth à récupérer Carter. Ancien Navy SEAL, homme de terrain, tête froide quand il faut, il coche toutes les cases du renfort utile. S’il y a un retour qui a du sens dramatique, c’est bien celui-là.

Kelly Reilly a d’ailleurs expliqué à TVInsider qu’elle voyait comme une occasion manquée l’absence de Kayce dans la saison 1 de Dutton Ranch. Le message est limpide : l’équipe créative a déjà la bénédiction d’une partie du casting pour refermer la boucle. Et puis, soyons honnêtes, revoir la fratrie Dutton réunie autour d’un problème concret, plutôt que dispersée dans des séries cousines qui se cherchent encore, ça aurait une autre gueule. On appelle ça du fan service quand c’est paresseux ; ici, ça ressemble plutôt à du bon sens narratif.

Travis Wheatley, le miroir qui fait grincer les dents

Autre piste plus piquante : Travis Wheatley, le personnage incarné par Taylor Sheridan lui-même. Oui, on sait, le bonhomme s’est offert un rôle à sa mesure dans Yellowstone, et oui, ce choix a souvent agacé. Mais dans Dutton Ranch, son retour pourrait prendre une autre couleur. D’abord parce que Sheridan a pris du recul sur ses spin-offs, laissant d’autres mains tenir la boutique. Ensuite parce que Travis, avec son rapport au cheval, au commerce et à la mise en scène de la puissance, fonctionne comme un avatar très Sheridanien du ranch comme empire économique. Le type n’est pas juste un personnage : c’est un symptôme.

Il y a aussi un sous-texte assez savoureux. En 2023, The Hollywood Reporter rappelait que Sheridan avait acheté le 6666 Ranch au Texas après avoir promis d’en faire le ranch le plus célèbre d’Amérique. Difficile de ne pas y voir un écho avec la manière dont Beth manœuvre pour s’imposer dans Dutton Ranch. Le parallèle est trop beau pour être ignoré : le créateur, son personnage, ses terres, sa mythologie. On est à deux doigts de la mise en abyme qui sent le cuir et la sueur. À condition, bien sûr, de ne pas trop en faire avec les pirouettes à cheval. On a compris, Taylor, tu sais monter.

Affiche de Dutton Ranch
Affiche de Dutton Ranch

Jimmy Hurdstram, le revenant qu’on n’a pas envie de perdre

Jimmy Hurdstram a beau avoir commencé comme un quasi-déchet humain promis à la casse, il est devenu l’un des personnages les plus attachants de Yellowstone. Jefferson White lui a donné une trajectoire de rédemption assez rare dans le Sheridan-verse : du garçon paumé au cowboy compétent, du ranch de John Dutton au 6666 Ranch, avec en prime une romance, des humiliations, des apprentissages et une vraie place dans la famille élargie. Le genre de parcours qui fait qu’on s’inquiète sincèrement de ce qu’il devient hors champ. Et dans une franchise qui adore les silhouettes cabossées, Jimmy reste une valeur sûre.

Son retour dans Dutton Ranch aurait un double intérêt. D’un côté, il ramènerait un peu de chaleur humaine dans une série qui aime les rapports de force plus que les câlins. De l’autre, il reconnecterait le spin-off à la grande fraternité du ranch Yellowstone, ce qui manque encore à l’ensemble. Rip, Beth, Kayce, Jimmy : on tient là une bande qui a de la mémoire et du vécu, pas juste un alignement de noms connus pour faire joli sur l’affiche. Et si Carter doit être sauvé d’un cartel, autant que ce soit avec des gens qui savent tenir une selle et une rancune.

Lloyd Pierce, l’ancien monde qui revient frapper à la porte

Avec Lloyd Pierce, on touche à quelque chose de plus mélancolique. Forrie J. Smith a incarné pendant des années une forme de sagesse cabossée, un vieux routier du ranch qui servait de contrepoids à la brutalité ambiante. Dans Yellowstone, Lloyd n’était pas seulement un homme de main ; il était une mémoire vivante, un témoin des rites, des loyautés et des violences qui ont façonné la maison Dutton. Quand il dit à Rip qu’il préfère arrêter de cowboyer plutôt que de le faire ailleurs, ce n’est pas une simple réplique : c’est un adieu à un monde. Le faire revenir dans Dutton Ranch, ce serait rouvrir la blessure sans la trahir.

Et puis il y a cette relation avec Rip, l’une des plus solides de toute la saga. Dans une série qui adore les duels de mâles alpha, leur amitié a toujours eu quelque chose de plus rare : une fidélité sans théâtre. Revoir Lloyd, ce serait rappeler que Yellowstone n’a pas seulement fabriqué des patriarches en colère, mais aussi une communauté d’hommes usés par le travail, le temps et les mauvais choix. Pas besoin d’un grand discours. Un regard, une poignée de main, et l’affaire serait pliée. Enfin presque.

Walker, la vieille embrouille qui pourrait redevenir utile

Dernier nom de la liste, et pas le moins intéressant : Walker, joué par Ryan Bingham. Le personnage a longtemps traîné une réputation de fauteur de troubles, au point d’avoir failli se faire descendre par Rip. Pourtant, Yellowstone a fini par lui offrir un terrain d’entente avec le reste du ranch, avant son départ vers le 6666. Dans Dutton Ranch, sa présence aurait une logique très simple : il est à proximité, il connaît les codes, et il peut servir de passerelle entre les différentes branches de la franchise. Autrement dit, le genre de type qu’on appelle quand ça sent le roussi.

Il y a même une petite piste méta qui mérite qu’on s’y attarde. Dans un épisode de la saison 2 de Yellowstone, Walker évoquait un ancien lieu de travail au Texas, situé près de la frontière, avec des trafiquants et des milices dans le décor. Or la saison 1 de Dutton Ranch a justement installé un trafic de drogue autour du 10 Petal Ranch. Coïncidence ? Peut-être. Mais dans cet univers, les coïncidences ont souvent des bottes. Si la série veut vraiment s’ancrer dans la continuité, Walker pourrait être le chaînon qui relie les vieux épisodes aux nouveaux enjeux.

Au fond, Dutton Ranch n’a pas besoin d’empiler les caméos comme des trophées. Il lui faut des retours qui racontent quelque chose du passé, du présent et de la sale habitude qu’a cette famille de tout transformer en champ de bataille. Et ça, franchement, on ne va pas s’en plaindre. Dans le monde de Sheridan, les fantômes ne reviennent jamais pour rien.

Bande-annonce VF de Dutton Ranch

Part.
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