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    Nrmagazine » The End of Oak Street : David Robert Mitchell ressuscite le grand frisson Spielbergien
    Blog Entertainment 6 Minutes de Lecture

    The End of Oak Street : David Robert Mitchell ressuscite le grand frisson Spielbergien

    Un film de dinosaures, de banlieue et de malaise, qui préfère la tension à la nostalgie paresseuse
    Vincent Bazire23 juillet 2026
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    The End of Oak Street n’a pas l’air de vouloir réinventer la roue. Il préfère un truc plus rare aujourd’hui : faire croire qu’on connaît déjà la route, puis nous planter au milieu d’une forêt préhistorique avec le sourire.

    À l’heure où le blockbuster se prend souvent pour une usine à IP sous perfusion, le film de David Robert Mitchell arrive avec une idée presque insolente dans sa simplicité : prendre une banlieue américaine de la fin des années 1970 ou du début des années 1980, la décrocher de son décor familier, et la balancer dans un territoire dominé par les dinosaures. Le projet a été présenté à travers une vingtaine de minutes d’images, et ce qu’on en retient, c’est moins une promesse de grand spectacle qu’une manière de réactiver une vieille mécanique hollywoodienne : l’ordinaire confronté à l’inacceptable. Spielberg a fait de ce principe une machine à fantasmes dès Jaws en 1975, puis avec Rencontres du troisième type et Poltergeist. Depuis, le cinéma de studio recycle cette grammaire à la chaîne, parfois avec panache, souvent avec la flemme. Là, Mitchell semble vouloir la reprendre à la racine, avec une élégance un peu tordue. Le film ne cherche pas seulement à jouer avec la nostalgie : il veut la faire dérailler.

    Dans le Hollywood des années 2020, ce genre de proposition n’est pas anodin. Les studios misent toujours sur les franchises, les suites, les reboots et les univers étendus, parce que la poule aux œufs d’or porte mieux qu’un scénario original sur un tableur de production. Pourtant, les grands succès du box-office ont toujours gardé un œil sur une autre vérité : le public adore qu’on lui vende du familier, à condition qu’on lui glisse un vrai vertige dans le paquet. Jaws a ouvert la voie, Jurassic Park a industrialisé le choc visuel en 1993, et Super 8 de J.J. Abrams a déjà tenté de rejouer cette partition en 2011. The End of Oak Street s’inscrit dans cette lignée, mais avec une différence de taille : Mitchell n’est pas un faiseur de pastiche, c’est un cinéaste de l’inquiétude sous vernis pop. Ses films, de It Follows à Under the Silver Lake, aiment les surfaces rassurantes qui se fissurent sans prévenir. On n’est pas dans le clin d’œil pour cinéphiles en manque de sucre, on est dans la petite bombe à retardement. Le film a l’air de savoir qu’un hommage sans danger, c’est juste un costume de carnaval.

    Banlieue en cavale, dinos en embuscade

    Les images montrées autour de la famille Platt donnent une idée assez claire du dispositif : Denise, jouée par Anne Hathaway, Greg, incarné par Ewan McGregor, leur fille adolescente Audrey, interprétée par Maisy Stella, et le jeune Brian, campé par Christian Convery, découvrent que leur quartier a été arraché à son époque pour se retrouver au beau milieu d’une forêt préhistorique. Le pitch est assez absurde pour tenir debout, et assez net pour éviter le brouillard conceptuel. Surtout, Mitchell ne semble pas filmer les dinosaures comme des mascottes de parc à thème. Là où Jurassic Park fascinait par la naissance du vivant numérique dans le monde moderne, The End of Oak Street inverse la perspective : ce sont les humains du XXe siècle qui se retrouvent en terrain conquis par des créatures qui n’ont rien de décoratif. C’est plus brutal, plus sec, plus inquiétant aussi. On n’est pas chez les dinos gentils ; on est chez les prédateurs, point barre.

    Affiche de La fin d’Oak Street
    Affiche de La fin d’Oak Street

    Ce qui frappe dans les quelques scènes dévoilées, c’est le soin accordé au malaise. Un voisin retrouvé après une attaque, une atmosphère de menace diffuse, une mise en scène qui semble préférer la sidération à la démonstration : voilà qui promet un film moins lisse qu’il n’en a l’air. J.J. Abrams, producteur du projet, a insisté sur l’idée d’un film familial. Très bien. Mais chez Abrams, le mot “familial” a souvent servi de cache-misère à des récits qui aiment surtout faire monter la pression avant de lâcher la soupape. Ici, le ton paraît plus rugueux qu’attendu, et c’est tant mieux. Mitchell a toujours aimé les récits qui laissent des trous dans la toile, des zones d’ombre où le spectateur projette ses propres terreurs. Si The End of Oak Street garde cette ambiguïté, alors le film pourrait éviter le piège du grand spectacle trop bavard, celui qui explique tout, mâche tout, puis s’étonne qu’on n’ait plus faim. Le vrai suspense, ce n’est pas le dinosaure : c’est ce que le film accepte de ne pas dire.

    Le vieux rêve hollywoodien, remis sur le grill

    En réalité, ce qui rend ce projet intéressant, ce n’est pas seulement sa galerie de monstres ou son décor rétro. C’est sa manière de réactiver une époque où les blockbusters d’été savaient encore conserver une part de mystère. Avant que les bandes-annonces ne racontent la moitié du film et que les campagnes marketing ne transforment chaque sortie en opération de prévente, il restait parfois dans le grand spectacle un coin de forêt où l’on pouvait encore se perdre. C’est exactement la sensation que semble viser Mitchell : une familiarité confortable, puis un glissement vers quelque chose de plus inquiétant, presque archaïque. Le film a beau se présenter avec des atours spielbergiens, il ne ressemble pas à une copie de Jurassic Park ; il semble plutôt chercher à rappeler pourquoi Spielberg a tant compté, au-delà des effets spéciaux et des T-Rex. Parce qu’il savait filmer la peur comme une affaire de famille, de voisinage, de quotidien qui se dérègle. Et ça, mine de rien, c’est une autre paire de manches.

    La présence d’Anne Hathaway et d’Ewan McGregor ajoute encore une couche au plaisir du jeu. Deux têtes d’affiche capables d’absorber le sérieux du dispositif sans l’alourdir, deux acteurs qui savent tenir un film de genre sans le regarder de haut. Autour d’eux, Maisy Stella et Christian Convery complètent une cellule familiale qui doit servir de point d’ancrage émotionnel au chaos. Si le long métrage tient ses promesses, il pourrait offrir ce mélange assez rare de spectacle, de tension et de mémoire cinéphile qui fait qu’on ressort avec l’impression d’avoir vu un objet pensé, pas juste un produit calibré. Et dans un paysage où la plupart des grosses machines veulent surtout rassurer les actionnaires, ça change tout. Un blockbuster qui ose encore faire peur sans se déguiser en brochure, on prend.

    Sortie annoncée en salles le 14 août 2026, The End of Oak Street arrive au bon moment pour rappeler qu’un film de dinosaures peut encore avoir du nerf, du style et un peu de mauvaise humeur. Reste à voir si Mitchell poussera jusqu’au bout cette idée simple et belle : et si le vrai monstre, au fond, c’était moins la bête que le confort qu’on croyait invincible ?

    Bande-annonce VF de La fin d’Oak Street

    nrmagazine
    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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