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    Nrmagazine » Les 10 plus grands maîtres du late night : quand la télé américaine a appris à parler en souriant
    Blog Entertainment 14 juillet 20267 Minutes de Lecture

    Les 10 plus grands maîtres du late night : quand la télé américaine a appris à parler en souriant

    De Joan Rivers à Stephen Colbert, un panthéon très bavard où le timing vaut de l’or
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    Le late night, ce n’est pas juste des blagues à 23h passées et des invités qui font semblant d’être détendus. C’est une machine à fabriquer du rythme, du star-system et parfois de la politique en prime time déguisé.

    La télé américaine a longtemps traité ce format comme une évidence, presque comme un meuble posé là depuis toujours. En réalité, il a fallu des pionniers, des casse-cou, des stratèges du sourire en coin pour en faire un langage à part entière. Depuis les années 1940 et 1950, entre les débuts de la télévision de masse, l’essor des grands networks et la montée d’une culture de l’entretien-spectacle, le late night a servi de laboratoire à tout ce que la télé sait faire de mieux quand elle veut séduire sans avoir l’air d’y toucher. Et quand on regarde l’histoire du genre, on tombe sur une poignée de noms qui ont changé la donne, chacun à sa manière, chacun avec son petit coup de génie (et parfois son ego, parce qu’on ne fait pas ce métier en étant timide).

    Le vrai sujet, au fond, c’est moins “qui a été le plus drôle” que “qui a compris le premier comment transformer une chaise, une table et une conversation en événement”.

    Les fondateurs du bazar bien tenu

    Pour rappeler l’évidence que certains oublient un peu vite, Steve Allen n’a pas seulement été un animateur efficace : il a inventé une grammaire. Avec The Tonight Show, lancé en 1954 sur NBC, il impose des éléments qui deviendront la colonne vertébrale du genre : monologue d’ouverture, sketches, participation du public, déambulations hors du studio. Ce n’est pas glamour à raconter, mais c’est là que tout se joue. Sans lui, pas de Carson tel qu’on l’imagine, pas de Fallon dans son bac à jeux, pas de mécanique de rendez-vous nocturne aussi huilée. Allen n’a pas seulement animé une émission, il a posé les fondations d’un petit empire du bavardage.

    Dans une autre veine, Ed Sullivan a compris avant beaucoup d’autres que le late night pouvait être une vitrine culturelle plus large que la simple promotion d’un programme télé. Avec The Ed Sullivan Show, diffusé de 1948 à 1971, il a offert à l’Amérique des passages devenus mythiques, des Beatles à Elvis Presley, des Doors à des artistes noirs trop souvent tenus à distance par les stations du Sud et les sponsors frileux. Le bonhomme n’avait peut-être pas le charisme d’un crooner, mais il avait l’œil. Et à la télévision, l’œil, c’est déjà un demi-dieu. Sullivan a fait du plateau une machine à légitimer la pop culture.

    Quand les femmes ont pris la lumière, et pas par politesse

    Joan Rivers mérite évidemment sa place dans ce panthéon parce qu’elle a cassé une porte que le milieu tenait fermée depuis trop longtemps. Après avoir été invitée à plusieurs reprises chez Johnny Carson, puis devenue remplaçante officielle en cas d’absence, elle obtient en 1986 son propre talk-show de fin de soirée sur un grand network. Le geste compte autant que l’émission elle-même : dans un paysage dominé par les hommes, elle ne demande pas l’autorisation, elle prend la place. Et elle le fait avec ce mélange de sarcasme, d’autodérision et de cruauté mondaine qui fera sa marque bien au-delà du late night. Rivers n’a pas seulement ouvert une brèche, elle a montré qu’on pouvait y entrer en talons et en armure.

    Cette percée a compté pour la génération suivante, de Chelsea Handler à Samantha Bee, de Lily Singh à Amber Ruffin, jusqu’à Taylor Tomlinson. On ne parle pas ici d’un simple effet de représentation, mais d’un changement de régime : le late night cesse d’être un club privé pour messieurs en costume sombre. Il devient un terrain de jeu plus large, plus nerveux, parfois plus politique. Et franchement, il était temps.

    Le virage pop, ou comment le canapé a changé de quartier

    Arsenio Hall a, lui, senti avant tout le monde que le late night pouvait parler à un public plus jeune, plus urbain, plus branché culture pop que vieux réflexes de network. The Arsenio Hall Show, lancé en 1989, ne se contente pas de recycler les codes : il les remixe. Le fameux “woof woof woof” du public, les invités improbables, l’énergie moins compassée, tout ça donne à l’émission une allure de club télévisé plutôt que de salon de notables. Et quand Bill Clinton vient y jouer du saxophone en campagne, on comprend que le show est devenu un objet politique autant que médiatique. Hall a prouvé que le late night pouvait aussi parler le langage de la rue sans perdre son costume.

    Jon Stewart, de son côté, a fait basculer le format du côté de l’ironie civique. Avant The Daily Show, il passe par MTV et par un premier talk-show qui lui sert de terrain d’essai. Puis, en 1999, il récupère la barre du programme satirique de Comedy Central et le transforme en machine à commenter l’actualité politique et médiatique. Le timing est parfait : l’entrée dans l’ère Bush, la saturation de l’info, la montée du cynisme télévisuel. Stewart comprend qu’on peut faire rire tout en armant le spectateur contre la langue de bois. Chez lui, la vanne devient un outil de lecture du monde, pas juste un bruit de fond.

    Le monologue comme sport de combat

    Stephen Colbert pousse cette logique encore plus loin, en faisant de sa propre persona un personnage à part entière. Formé à l’improvisation à Chicago, passé par The Daily Show, il invente avec The Colbert Report une satire si bien calibrée qu’elle finit par ressembler à l’objet qu’elle moque. Le faux conservateur, l’assurance grotesque, la posture de sachant qui se plante avec aplomb : tout cela relève d’une écriture d’acteur autant que d’animateur. Quand il prend ensuite les commandes de The Late Show, il ne renie rien de ce passé-là. Il le reconfigure. Colbert a compris qu’à la télévision, le personnage est parfois plus vrai que l’homme qui le joue.

    Dans un autre registre, Graham Norton a apporté au talk-show une forme de désinvolture très britannique, très maîtrisée, presque aristocratique dans son chaos apparent. Depuis la fin des années 1990, et surtout avec The Graham Norton Show sur la BBC à partir de 2007, il a fait du canapé un lieu de circulation des récits, des confidences et des vacheries élégantes. Là où d’autres cherchent la collision, lui cherche la connivence. Il laisse parler, il relance, il tisse. Et quand un moment dégénère en malaise délicieux, il sait le transformer en or télévisuel sans forcer le trait. Norton, c’est l’art de faire croire qu’on improvise alors que tout est tenu au millimètre.

    Le classement, ce faux débat qui dit quand même quelque chose

    On pourrait ergoter pendant des heures sur l’ordre, sur les absents, sur les oubliés, sur ceux qui ont travaillé une fois par semaine ou dans un format trop hybride pour entrer dans la case. John Oliver, par exemple, n’est pas là parce que son émission ne joue pas tout à fait dans la même catégorie, ce qui se défend parfaitement. Mais ce genre de palmarès rappelle surtout une chose : le late night n’est pas un genre figé, c’est une succession de réinventions. Chaque époque y projette ses obsessions, ses stars, ses anxiétés, ses manières de rire du pouvoir sans toujours le renverser. Le late night survit parce qu’il sait muter avant de devenir poussiéreux.

    Et c’est peut-être ça, la vraie beauté du truc : une émission nocturne peut naître comme simple divertissement, devenir tribune, puis laboratoire de styles, de voix et de rapports au monde. Entre les pionniers, les icônes et les héritiers, on voit se dessiner une histoire de la télé américaine et britannique qui ressemble à une longue conversation à bâtons rompus. Pas toujours brillante, parfois très formatée, mais quand elle tombe juste, elle frappe au bon endroit. Et là, on ne parle plus d’un simple show. On parle d’un petit morceau d’histoire qui a appris à sourire en coin. Le late night, au fond, c’est l’art de faire passer la grande histoire par une petite blague bien placée.

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    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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