Avec Evil Dead Burn, la saga de Sam Raimi et Rob Tapert abandonne son vieux confort anthologique pour jouer une carte plus ambitieuse : celle du retour, du lien et du crochet de fin qui veut dire quelque chose. Et quand une franchise qui a longtemps préféré les histoires fermées se met soudain à recycler ses monstres, on ne regarde plus seulement un film d’horreur. On regarde une stratégie.
Pour situer le terrain, Evil Dead traîne derrière elle plus de quarante ans de chaos, entre six longs métrages, des comics, des jeux vidéo et Ash vs Evil Dead, la série qui a le plus clairement tenté de bâtir une mythologie continue autour d’Ash Williams, incarné par Bruce Campbell. Jusqu’ici, la plupart des opus jouaient la carte du reboot déguisé ou du remake nerveux, avec des récits qui pouvaient presque se consommer isolément. Le Evil Dead de 2013, puis Evil Dead Rise en 2023, avaient même renforcé cette logique de récit autonome, sans obligation de bagage préalable. Evil Dead Burn casse ce petit arrangement avec le public.
Le film, sorti en salles en 2026, ne se contente pas d’être une suite directe de Evil Dead Rise : il remet aussi sur la table une figure déjà vue, Ellie Bixler, devenue Deadite et interprétée par Alyssa Sutherland. Dans la scène post-générique, on revient dans le crématorium aperçu plus tôt, où la gérante doit gérer seule l’établissement après la mort de son employé. Sa fille, intriguée par des urnes, tombe sur les restes d’Ellie avant qu’un miroir ne laisse apparaître son double démoniaque. Le coup de griffe tombe, net. Et d’un coup, la saga cesse de faire semblant de n’être qu’une suite de cauchemars indépendants.
Le retour du refoulé, version Deadite
Ce qui est malin, ici, ce n’est pas seulement le jump scare final. C’est ce que ce retour raconte en sous-texte. Evil Dead Burn semble vouloir prolonger son thème central, celui des violences domestiques et de leurs traces, en transformant Ellie en figure de persistance traumatique. Elle n’est plus juste un monstre de passage ; elle devient une mémoire qui refuse de se taire. Pas très joyeux, mais diablement cohérent.
La franchise a toujours aimé les corps démembrés, les possessions et les visages qui reviennent hanter le cadre. Sauf qu’ici, le film franchit une ligne : il ne se contente plus d’un clin d’œil aux fans, il installe la possibilité d’un fil rouge. On peut y voir un simple teasing de suite, bien sûr. Mais on peut aussi y lire une tentative plus large de faire entrer Evil Dead dans la grande famille des franchises qui recyclent leurs figures de proue pour bâtir un univers étendu. La poule aux œufs d’or a senti l’odeur du sang, et elle n’a pas l’intention de s’arrêter là.
Sam Raimi au manège, Rob Tapert aux commandes
La présence de Sam Raimi et Rob Tapert dans le cerveau collectif de la saga change tout. On n’est pas face à un studio qui plaque un post-générique parce que « c’est comme ça qu’on fait maintenant » (le péché originel de tant de franchises fatiguées). On est face à des auteurs-producteurs qui connaissent leur bestiaire, leur public et la mécanique du retour. Et ça, on le sent.

Le retour d’Ellie n’est pas le premier cas de récurrence dans l’histoire de la licence. Ash vs Evil Dead avait déjà remis en circulation plusieurs démons et antagonistes, de Ruby à Cheryl en passant par Henrietta. Mais au cinéma, c’est une autre affaire : le passage d’un personnage secondaire ou d’un antagoniste à une fonction de pivot annonce souvent un changement de régime. On ne parle plus d’une série de films, mais d’une machine à fantasmes qui commence à se regarder fonctionner.
Et puis il y a la question, très concrète, du futur. Le prochain film confirmé, Evil Dead Wrath, est annoncé comme un prequel. Autrement dit, la saga continue de jouer sur deux tableaux : d’un côté, l’exploration du passé ; de l’autre, la possibilité d’un retour d’Ellie sous une autre forme, dans une suite ou un spin-off. Le texte source évoque même l’hypothèse d’un film centré sur cette Deadite devenue icône, ce qui, avouons-le, aurait une gueule de sale idée géniale. On tient peut-être là le moment où Evil Dead cesse d’être une simple franchise d’horreur pour devenir un petit Olympe de revenants.
Une suite ou un piège à fans ?
Évidemment, le public n’a pas réagi d’une seule voix. Certains y voient un vrai coup de maître, d’autres un teasing de plus qui se prend pour une promesse. Les deux lectures se défendent. L’histoire du cinéma récent est pleine de scènes post-génériques qui ont fait pschitt, de faux horizons qui n’ont jamais débouché sur rien. Mais ici, la logique semble plus solide, parce qu’elle s’appuie sur un personnage déjà installé et sur une continuité thématique réelle.
Et c’est là que Evil Dead Burn devient intéressant au-delà du simple plaisir gore. Le film ne se contente pas d’ajouter une couche de sang séché sur une franchise culte ; il teste la résistance de son propre modèle. Peut-on transformer une saga longtemps morcelée en ensemble cohérent sans lui faire perdre sa sauvagerie ? Peut-on faire revenir un Deadite sans le réduire à une mascotte ? Peut-on, en somme, bâtir un avenir sans trahir le vieux chaos ? C’est tout l’enjeu, et il n’est pas petit.
Pour l’instant, le film est en salles, et la réponse reste suspendue comme une hache au-dessus du crâne. Mais une chose est sûre : quand une franchise de quarante ans commence à faire revenir ses morts avec autant d’aplomb, ce n’est jamais anodin. C’est un signe de vie. Ou un très beau mensonge. Et parfois, au cinéma, c’est exactement la même chose.
Bande-annonce VF de Evil Dead Burn
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




