DC a beau avoir changé de costume, le box-office, lui, continue de lui coller des baffes. Entre quelques éclairs et une série de gadins coûteux, Warner Bros. traverse avec ses super-héros une mauvaise passe qui ressemble moins à un accident qu’à une vraie tendance de fond.
Pour remettre un peu d’ordre dans ce bazar, il faut repartir du point de départ : Man of Steel en 2013 devait lancer un univers capable de tenir tête à Marvel, puis Justice League en 2017 a transformé l’ambition en casse industrielle. Depuis, Warner Bros. a tenté de recoller les morceaux, jusqu’à confier les clés de DC Studios à James Gunn et Peter Safran. Le pari a offert un joli sursaut avec Superman en 2025, fort de 618 millions de dollars dans le monde, mais l’exception confirme ici une règle bien plus gênante : sur la décennie 2020, DC collectionne surtout les revers. D’après les chiffres cités par Slashfilm, les films DC sortis depuis 2020 ont rapporté environ 3,8 milliards de dollars pour quelque 2,2 milliards de budgets cumulés sur 13 longs métrages, quand le MCU a engrangé près de 9,9 milliards pour environ 2,7 milliards de budgets sur 14 films sur la même période. Oui, l’écart pique. Et il ne se résume pas à une simple question de malchance.
Le vrai sujet, c’est que DC n’a pas seulement raté des films : il a raté une cadence, une promesse et, surtout, une économie.
Des capes, des chiffres et des claques
En apparence, on pourrait croire que la pandémie explique tout. Elle a évidemment abîmé l’exploitation en salles, bousculé les fenêtres de diffusion et écorné plusieurs sorties. Birds of Prey a ainsi plafonné à 205 millions de dollars dans le monde pour un budget de 82 millions, Wonder Woman 1984 à 169 millions pour 200 millions de budget, et The Suicide Squad à 168 millions pour 185 millions. Sauf que l’argument sanitaire ne suffit plus dès qu’on regarde la suite. Black Adam n’a pas franchi les 400 millions malgré des années de mise en orbite, The Flash a terminé sa course à 271 millions pour au moins 200 millions de budget, et Shazam! Fury of the Gods comme Blue Beetle ont mordu la poussière avec des recettes mondiales de 134 et 130 millions. Même Aquaman and the Lost Kingdom, pourtant adossé à une marque déjà installée, a fini à 440 millions pour un budget de 205 millions. Pas exactement la définition d’une machine à cash.
Le cas Joker: Folie à Deux est encore plus cruel, parce qu’il rappelle à quel point la poule aux œufs d’or peut se transformer en casserole brûlée. Le premier Joker, en 2019, avait dépassé le milliard de dollars avec un budget inférieur à 60 millions. Sa suite, elle, a péniblement atteint 207 millions pour un budget de 200 millions. Même en mettant de côté les débats artistiques, le calcul est brutal : quand le ticket d’entrée grimpe et que le public décroche, le studio se retrouve à financer ses propres bleus. À ce niveau-là, ce n’est plus une série de faux pas, c’est une mauvaise habitude.
Le reboot ne suffit pas à faire table rase
Autre valeur à surveiller : le contraste entre les rares succès et l’énorme masse des déceptions. The Batman a bien joué le rôle du demi-dieu salvateur en 2022 avec 772 millions de dollars mondiaux, et Superman a rappelé en 2025 qu’un film DC pouvait encore faire lever les foules. Mais ces deux respirations ne masquent pas le reste du tableau. Dans la plus pure tradition hollywoodienne, Warner Bros. continue d’investir parce qu’un gros hit peut encore renverser la table. Le problème, c’est que la table coûte de plus en plus cher à dresser.
On est aussi face à une crise de lisibilité. Le DCEU a vécu, le nouveau DCU s’installe, mais le public ne suit pas automatiquement le changement de logo comme on suit un nouveau générique. Il faut de la confiance, du désir, une ligne claire. Or les films DC des années 2020 ont souvent donné l’impression d’un univers étendu qui se replie sur ses propres fissures. Les studios adorent parler de relance, de continuité, de vision sur le long terme ; le box-office, lui, répond en billets vendus. Et là, la réponse a souvent été sèche.
Warner Bros. n’a donc pas seulement un problème de super-héros. Il a un problème de rentabilité dans une période où le genre, globalement, n’a plus l’immunité des années 2010. Marvel aussi connaît des ratés, bien sûr, mais la comparaison reste cruelle : même avec ses faux pas, le MCU continue de sortir des monstres de recettes comme Deadpool & Wolverine. DC, lui, cherche encore la formule qui transforme une franchise en fer de lance plutôt qu’en chantier permanent. Le vrai suspense, désormais, ce n’est pas de savoir si DC peut encore gagner gros, mais combien de gadins il lui faudra avant d’y parvenir.
Et pendant ce temps-là, dans les bureaux de Warner, on doit forcément se poser la question qui fâche : à partir de quand un univers partagé cesse d’être un atout pour devenir une machine à fantasmes un peu trop chère à entretenir ?
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




