Dans X-Men ’97, Marvel n’a pas juste appuyé sur le bouton “drame” : la série vient de faire tomber Magneto, et avec lui une bonne partie de son aura de monarque mutant. L’épisode 4 de la saison 2, “Rise of Apocalypse”, transforme cette disparition en moment de bascule, entre tragédie antique et vieux réflexe de soap super-héroïque qui sent bon le coup de massue bien placé.
Depuis son lancement en 2024, X-Men ’97 s’est installée comme l’un des paris les plus malins de Marvel Studios Animation : reprendre l’ADN du dessin animé culte des années 1990, mais en le durcissant, en le politisant, en le laissant saigner un peu plus que prévu. La saison 1 avait déjà montré qu’on n’était pas là pour tricoter des peluches avec l’héritage des mutants : Genosha, la fracture entre Charles Xavier et Magneto, la mise en scène d’un monde qui bascule dans la haine, tout ça avait donné à la série une densité que beaucoup de productions Marvel envieraient. Et puis il y a Magneto, évidemment, incarné vocalement par Matthew Waterson, qui était devenu le centre de gravité du show, le type qui peut passer du sauveur au tyran sans changer de costume. Autrement dit : quand Magneto bouge, toute la série tremble.
La saison 2, diffusée sur Disney+, reprend le fil là où la première nous avait laissés : Charles Xavier, Magneto, Rogue, Nightcrawler et Beast projetés dans l’Égypte antique, face à En Sabah Nur, futur Apocalypse. De quoi faire de la série un grand détour par la mythologie, avec le genre de boucle temporelle que les comics adorent parce qu’elle permet à la fois de réécrire le passé et de préparer le prochain carnage. Dans “Rise of Apocalypse”, Magneto tente de détourner le destin du jeune Nur, comme s’il pouvait encore racheter ses propres fautes en fabriquant un mutant moins monstrueux que lui. Sauf que le scénario, lui, ne lui laisse aucune porte de sortie confortable. Et c’est bien là que le coup porte.
Le roi tombe, le mythe reste debout
La mort de Magneto n’a rien d’un simple choc gratuit. Elle prolonge sa trajectoire de la saison 1, où le personnage avait déjà été travaillé comme une figure de contradiction permanente : survivant de la Shoah, chef révolutionnaire, stratège, fanatique, père symbolique, prophète de malheur. Dans X-Men ’97, il n’est pas seulement l’ennemi ou l’allié de Charles Xavier, il est la version extrême de la question que la saga pose depuis toujours : jusqu’où peut-on aller pour protéger les siens sans devenir ce qu’on combat ?
Dans l’épisode, Magneto se sacrifie pour contenir le trou noir ouvert par Apocalypse. Le geste est héroïque, mais la mise à mort, elle, reste atroce : Apocalypse l’écrase, le réduit au silence, puis le vaporise sous les yeux de Xavier. On n’est pas dans la grande sortie de scène à la Marvel façon “on reviendra dans deux films, promis juré”. On est dans une exécution presque intime, filmée comme une punition. Et ça, franchement, ça change tout : la série ne tue pas un personnage, elle enterre une idée du pouvoir.
Charles, Erik et la vieille histoire du flambeau qu’on se refile
Ce qui donne à cette séquence sa vraie charge, c’est la relation entre Magneto et Xavier. X-Men ’97 a compris un truc que beaucoup d’adaptations ratent : leur duel n’est pas seulement idéologique, il est affectif, presque conjugal dans sa manière de revenir toujours au même point de rupture. La série a déjà mis en scène leur face-à-face mental comme une séance de thérapie sous haute tension, et ce nouvel épisode pousse la logique jusqu’au bout. Magneto demande à Charles de continuer sans lui, de porter l’avenir mutant là où lui a échoué. Le passage de témoin est là, net, brutal, sans fanfare.

On pourrait y voir une simple pirouette scénaristique pour relancer l’ensemble. Ce serait trop court. En réalité, la série fait quelque chose de plus élégant : elle accepte que le personnage le plus magnétique, le plus spectaculaire, le plus chargé historiquement, puisse s’effacer pour que l’autre moitié du duo existe enfin sans lui. Le drame, ici, n’est pas la mort de Magneto. Le drame, c’est que Charles ait raison.
Marvel joue avec le feu, et c’est tant mieux
Il faut aussi dire un mot du contexte industriel, parce qu’on n’est pas dans un vide cosmique. Depuis quelques années, Marvel cherche à redonner du poids à ses récits animés et à sortir de la simple logique de produit dérivé. X-Men ’97 sert précisément à ça : rappeler qu’un univers partagé peut encore avoir du nerf, de la mémoire et des conséquences. Le succès critique de la saison 1 a montré qu’on pouvait prendre un matériau nostalgique et le traiter comme un vrai champ de bataille moral, pas comme une vitrine de figurines. La mort de Magneto s’inscrit dans cette stratégie : faire croire que le récit ose aller jusqu’au bout de ses promesses.
Bien sûr, on connaît la chanson chez Marvel : la mort permanente, c’est souvent une plaisanterie à durée limitée. Le texte source évoque d’ailleurs la possibilité d’un retour ultérieur, et les comics ont déjà offert des échappatoires à peu près à tout le monde. Mais même si Erik Lehnsherr revient un jour, la scène aura fait son travail. Elle aura rappelé que X-Men ’97 n’est pas là pour caresser le spectateur dans le sens du poil. Elle préfère le prendre par le col et lui souffler : “Tu voulais des enjeux ? Tiens, mange.” Et mine de rien, ça fait un bien fou.
La vraie question : qui tient encore la boutique ?
Si Magneto disparaît vraiment, la série perd son monstre sacré, mais elle gagne autre chose : de l’espace. L’ensemble des X-Men peut enfin respirer sans que tout gravite autour de lui. C’est peut-être ça, le pari le plus malin de cette saison 2 : accepter que la figure la plus forte du groupe soit aussi celle qu’il faut momentanément mettre hors-jeu pour éviter l’étouffement narratif. Le sacrifice devient alors une opération de rééquilibrage, presque une nécessité structurelle.
Reste que X-Men ’97 continue de marcher sur une ligne de crête délicieuse : assez fidèle pour parler aux nostalgiques, assez méchante pour les surprendre, assez tragique pour ne jamais ressembler à un simple hommage en plastique. On attend maintenant de voir si la série assume jusqu’au bout cette logique du deuil, ou si elle ressort le vieux tour de passe-passe mutant dans quelques épisodes. Après tout, dans cette maison-là, la mort n’a jamais eu le dernier mot. Mais quand elle frappe aussi juste, on a presque envie de lui laisser la clé sous le paillasson.
Bande-annonce VF de X-Men '97
Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.




