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    Nrmagazine » The Boys saison 5 : les 10 pires choix qui ont plombé le final de Prime Video
    Blog Entertainment 7 juillet 202610 Minutes de Lecture

    The Boys saison 5 : les 10 pires choix qui ont plombé le final de Prime Video

    Quand la série sort ses gros sabots, même Homelander finit par marcher de travers
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    The Boys a beau avoir gardé sa sale gueule jusqu’au bout, sa cinquième et dernière saison a laissé un drôle de goût : celui d’un final qui veut tout faire à la fois, et qui finit parfois par se marcher dessus. La série de Prime Video, lancée en 2019 et adaptée du comic de Garth Ennis et Darick Robertson, s’est imposée comme l’un des fer de lance du streaming super-héroïque avec son mélange de satire politique, de gore et de cynisme industriel. Mais à force de tirer sur la corde, l’équipe a aussi exposé ses coutures : rythme bancal, idées recyclées, préparation de spin-offs un peu trop voyante. Bref, on n’est pas face à un naufrage, loin de là, mais à une fin de règne où la machine à fantasmes commence à tousser. Et quand une série aussi sûre d’elle se met à hésiter, ça se voit comme un costume blanc sur un champ de bataille.

    Pour rappel, The Boys n’a jamais été une simple parodie de super-héros. C’est une série qui a compris très tôt que le pouvoir, dans ce genre-là, ne se résume pas aux lasers dans les yeux mais à la communication, à la marque, au contrôle du récit. Homelander, joué par Antony Starr, n’est pas seulement un monstre sacré de la cruauté télévisuelle : c’est un produit, une icône, une catastrophe de marketing devenue chair. La saison 5, diffusée après quatre saisons d’installation et un spin-off, Gen V, venu élargir l’échiquier, devait donc fermer la porte avec panache. Sauf que fermer une porte, chez Prime Video, semble parfois vouloir dire en ouvrir trois autres en même temps (et laisser le couloir en chantier). Le problème n’est pas l’ambition : c’est la dispersion.

    Et c’est là que le dernier tour de piste de The Boys commence à boiter : au lieu d’achever ses idées, la série les empile, les recycle ou les dilue.

    Le secret de Homelander ? Un ballon crevé

    En apparence, révéler enfin l’affaire du crash aérien qui hante Homelander depuis les débuts de la série devait être un séisme. C’était même l’un des piliers dramatiques de The Boys : cette vidéo compromettante, cette menace de fuite, cette épée de Damoclès qui empêchait encore le faux sauveur de se croire totalement intouchable. Annie January, alias Starlight, finit par balancer les images lors d’une réunion d’actionnaires, et l’on s’attend presque à voir le château de cartes s’écrouler. Sauf que non. Le scandale fait du bruit, puis se fait étouffer. Vought absorbe le choc, Homelander continue sa route, et l’effet dramatique retombe comme une crêpe froide. À force d’avoir trop attendu le coup de tonnerre, la série finit avec un simple éclair de cuisine.

    Ce n’est pas qu’un problème de crédibilité. C’est un problème de dramaturgie. Pendant plusieurs saisons, ce secret a servi de moteur, de menace, de rappel que Homelander pouvait encore être rattrapé par le réel. Le moment où il sort enfin de l’ombre aurait dû reconfigurer la saison. Au lieu de ça, il devient presque un détail de tableau de bord. On sent bien l’intention : montrer qu’un empire médiatique sait encaisser une crise. Mais l’impact émotionnel, lui, s’évapore. Et Homelander, qui devrait trembler, continue de faire du Homelander. Pratique, mais un peu fainéant.

    Le messie en toc et la couronne en carton

    Autre valeur sûre de la saison : la dérive mystique de Homelander, qui se persuade qu’il doit devenir une sorte de divinité nationale. Là encore, l’idée n’est pas absurde sur le papier. Depuis le premier épisode, le personnage a toujours été une caricature de puissance narcissique, un demi-dieu de pacotille qui réclame l’amour comme d’autres réclament un verre d’eau. Mais la saison 5 pousse le curseur vers une folie presque littérale, avec visions sacrées, délire christique et ambition théologique. Le problème, c’est que ce virage rend le personnage moins inquiétant qu’avant. Il devient plus frontal, plus bruyant, moins retors. Homelander cesse d’être un manipulateur terrifiant pour devenir un type qui confond son ego avec une apocalypse.

    On comprend bien la logique : faire monter la menace jusqu’au grotesque absolu. Mais à trop souligner la démence, la série perd ce qui faisait la force du personnage, à savoir sa capacité à rester plausible dans l’horreur. Antony Starr continue de tenir la baraque avec une précision de chirurgien, évidemment, mais le matériau lui-même se met à forcer le trait. Et quand un personnage aussi finement construit devient un panneau lumineux clignotant “je suis fou”, on perd un peu de la perversion initiale. Ça fait du bruit, mais ça mord moins.

    Le gag du lait, ce vieux fond de frigo

    Il fallait bien qu’on y revienne : l’obsession de Homelander pour le lait, ressort comique et psychosexuel apparu très tôt dans la série, revient encore en saison 5. Au départ, le motif avait quelque chose de franchement dérangeant, presque brillant dans sa manière de condenser le trauma maternel, la régression infantile et le fétichisme. Puis la blague a été répétée, triturée, ressassée. Et la voir revenir sous la forme d’une baignoire pleine de lait, c’est un peu comme retrouver un sketch qu’on avait déjà compris en 2021. Le problème n’est pas l’idée : c’est l’usure.

    Ce genre de running gag peut fonctionner s’il se transforme, s’il se déplace, s’il révèle autre chose. Ici, il s’écrase sur sa propre évidence. Oui, Homelander a un rapport tordu à la dépendance et à la mère. On avait saisi le dossier. À ce stade, la série ne creuse plus, elle surligne. Et quand The Boys surligne, elle perd un peu de son venin. Pas catastrophique, mais franchement, on avait compris, les gars.

    Kimiko parle, et le silence se venge

    La saison 5 choisit aussi de modifier profondément Kimiko, en lui rendant la parole après des saisons où son mutisme participait de son identité dramatique. Sur le principe, l’évolution n’a rien d’un sacrilège. Un personnage peut changer, évidemment. Mais ici, la bascule donne l’impression que les scénaristes ne savent plus très bien quoi faire d’elle dès qu’elle peut verbaliser ses émotions. Kimiko, incarnée par Karen Fukuhara, a toujours été l’un des cœurs les plus malins de la série, capable d’exister par le geste, le regard, la violence retenue. La transformer en version plus bavarde et plus enjouée, c’est lui retirer une partie de sa singularité. Parler n’est pas un progrès automatique, surtout quand le silence faisait déjà tout le boulot.

    Le plus gênant, c’est que la série ne trouve pas un langage neuf pour elle. Son couple avec Frenchie, joué par Tomer Capone, devrait ouvrir un espace de jeu émotionnel plus ample, mais l’écriture semble parfois tourner à vide, comme si l’on avait changé le moteur sans revoir le châssis. Kimiko n’est pas ratée, loin de là. Elle est juste déplacée hors de sa zone de vérité. Et ça, dans une série qui a toujours aimé les corps cabossés et les identités abîmées, ça se sent tout de suite.

    Le cerveau de la bande, mis au régime sec

    Dans le même mouvement, Sister Sage, interprétée par Susan Heyward, devient l’un des cas les plus frustrants de la saison. Présentée comme l’esprit le plus brillant du monde, elle aurait pu être le vrai moteur stratégique du final. Au lieu de ça, elle adopte une posture presque détachée, comme si elle regardait la fin du monde depuis le canapé. Son projet de voir humains et Supes s’entretuer pour enfin vivre tranquille a de quoi intriguer, mais la série ne lui donne pas assez de matière pour en faire une force active. Elle observe, elle calcule, puis elle laisse les événements filer. Une intelligence sans prise sur le récit, c’est un peu un couteau suisse sans lame.

    On sent bien que les auteurs veulent préserver son aura. Mais à force de la tenir à distance, ils la rendent presque décorative. Sage ne devient pas un mauvais personnage ; elle devient un personnage sous-employé. Et dans une série qui a toujours adoré les figures d’architectes du chaos, c’est dommage de laisser la plus maligne d’entre elles au bord du terrain.

    V1, le MacGuffin qui fait pschitt

    Le sérum V1, hérité des zones d’ombre de Gen V, occupe une place centrale dans la dernière saison. Il promet beaucoup : l’origine des premiers Supes, l’immunité au virus anti-Supe, l’explication de la longévité de Soldier Boy et Stormfront. Sur le papier, c’est un joli nœud de mythologie. Dans les faits, ça sert surtout à faire courir tout le monde après un objet qui finit par perdre de sa nécessité. Homelander le récupère, s’en sert, puis la série contourne le problème autrement, en donnant à Kimiko un rôle décisif dans la neutralisation du boss final. Résultat : V1 ressemble moins à une révélation qu’à une rallonge scénaristique.

    Le souci n’est pas seulement que le sérum devienne secondaire. C’est qu’il donne l’impression que plusieurs épisodes ont été construits pour préparer une solution qui n’en était pas vraiment une. Quand un MacGuffin devient un prétexte à remplir du temps, on n’est plus dans la tension, on est dans la paperasse. Et The Boys n’avait pas besoin de paperasse. Elle avait besoin d’un coup de couteau.

    Les spin-offs, ce piège à rallonges

    La saison 5 passe aussi beaucoup de temps à préparer l’avenir de la franchise, entre les retours de Gen V et les amorces de Vought Rising, préquel annoncé pour 2027. Le problème, c’est que cette logique d’expansion finit par grignoter le présent. Marie Moreau, Jordan Li et Emma Meyer apparaissent, mais sans vraie promesse dramatique immédiate. On les voit, on comprend qu’ils existent dans le même écosystème, puis on les renvoie au parking. C’est du service minimum narratif, presque du teasing à l’état brut. À force de vouloir nourrir la franchise, la série oublie de nourrir sa propre fin.

    Et c’est là que The Boys se prend les pieds dans son propre succès. La série a tellement bien fonctionné comme produit dérivé du super-héros qu’elle a fini par devenir, elle aussi, une plateforme à prolongements. Ce n’est pas un crime. C’est même la logique industrielle normale du moment. Mais quand le final ressemble par endroits à une bande-annonce géante pour la suite de l’écosystème, on sent le mécanisme. Trop bien. Un peu trop bien, même.

    Le White House show, ou l’art de promettre plus que de livrer

    Le dernier grand reproche tient à la mise en scène de l’assaut final. La communication autour de la saison laissait imaginer une confrontation spectaculaire autour de la Maison-Blanche, avec Homelander dominant le ciel et Billy Butcher avançant vers le cœur du pouvoir. Le résultat, lui, prend un autre chemin, plus souterrain, plus pratique, moins iconique. Ce n’est pas forcément un défaut en soi, sauf que l’écart entre l’image vendue et l’image donnée se voit un peu trop. Quand le marketing promet l’Olympe et que le récit vous sert l’entrée de service, la déception fait partie du menu.

    On ne va pas faire semblant : la saison 5 reste solide, souvent drôle, parfois brutale, et toujours consciente de ses propres excès. Mais elle souffre d’un mal très contemporain, celui des fins de franchise qui veulent fermer la porte tout en gardant la lumière allumée pour l’appartement d’à côté. The Boys n’a pas raté sa sortie. Elle l’a juste rendue moins tranchante qu’elle aurait pu l’être. Et dans une série qui a fait du coup de poing sa langue maternelle, ça laisse forcément un petit vide dans la mâchoire. Le pire, au fond, ce n’est pas la chute : c’est quand la série sait encore frapper, mais choisit de taper à côté.

    Alors oui, on gardera surtout de The Boys son goût du sabotage, sa manière de salir les mythes et son talent pour faire de la télé de super-héros une vraie machine à malaise. Mais cette saison 5 rappelle aussi qu’une bonne fin ne se contente pas d’empiler les enjeux comme des cadavres dans une cave. Elle tranche, elle choisit, elle ose laisser des choses derrière elle. Et ça, visiblement, même les plus méchants des héros ont parfois du mal à le faire.

    nrmagazine
    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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