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    Nrmagazine » Les Malheurs de Sophie : saison 2 en musique
    Dernières actualités 5 juillet 20266 Minutes de Lecture

    Les Malheurs de Sophie : saison 2 en musique

    France Culture prolonge la petite fille indocile avec Sabine Zovighian et Michael Liot
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    France Culture remet Sophie sur le tapis, et ce n’est pas pour lui faire réciter une morale de pensionnat. Avec Sabine Zovighian et Michael Liot, la petite héroïne de la comtesse de Ségur repart en saison 2 dans une forme qui a le bon goût de ne pas infantiliser son public.

    Depuis quelques années, la fiction audio française a cessé d’être ce parent pauvre qu’on écoute d’une oreille distraite entre deux stations de métro. Radio France, Arte Radio et quelques autres ont compris qu’un podcast de fiction pouvait faire jeu égal avec une série télé sur le terrain de l’écriture, du casting et du rythme. France Culture, de son côté, a pris l’habitude de muscler son offre jeunesse sans la réduire à un couloir de coloriage sonore. Dans ce paysage, Sabine Zovighian occupe une place à part : prix SACD Nouveau talent radio en 2020, autrice de De guerre en fils avec François Pérache, de La Dernière Nuit d’Anne Bonny pour Arte Radio, puis d’Alice et Hadrien en 2024, elle avance avec une vraie idée du récit comme terrain de jeu, pas comme bac à sable tiède.

    En 2025, elle avait déjà remis Les Malheurs de Sophie au centre du plateau, en compagnie du compositeur Michael Liot. Le pari était simple en apparence et plus retors qu’il n’y paraît : transformer le roman de la comtesse de Ségur, publié en 1858, en comédie musicale radiophonique sans le momifier ni le dénaturer. Résultat, une pièce sonore qui laissait respirer l’irrévérence de Sophie, tout en ménageant plusieurs niveaux de lecture. Les enfants y entendaient une gamine qui fait des bêtises, les adultes percevaient une réflexion sur l’éducation, la norme, la transmission. Bref, pas une adaptation en sucre glace, mais une machine dramatique qui sait parler à deux oreilles différentes.

    La saison 2 arrive donc avec une promesse assez rare : continuer sans se répéter, et prolonger sans diluer.

    Une héroïne qui ne rentre jamais dans le cadre

    Le vrai ressort de Les Malheurs de Sophie, ce n’est pas seulement l’attrait patrimonial d’un classique de la littérature jeunesse. C’est la résistance de son personnage principal. Sophie Rostopchine, née en 1799 et morte en 1874, a créé une figure qui échappe à la petite fille modèle avant même que le concept n’ait fini de se figer dans les manuels. Elle désobéit, expérimente, se trompe, recommence. Autrement dit, elle fait ce que le récit pour enfants fait de mieux quand il ne se prend pas pour un sermon : il observe l’enfance comme un laboratoire de chaos, pas comme un concours de sagesse.

    Sabine Zovighian a visiblement compris ça. Là où tant d’adaptations se contentent de lisser les aspérités pour rassurer les parents, elle garde l’énergie de la faute, l’élan de la curiosité, le petit goût de soufre qui donne à Sophie sa vraie tenue dramatique. Et c’est là que la comédie musicale devient plus qu’un gadget. La chanson, dans ce type de fiction, n’est pas là pour faire joli. Elle permet de faire surgir l’émotion, de tordre le temps, de donner à l’enfance une logique propre. Quand une héroïne refuse le cadre, il faut bien que la forme, elle aussi, accepte de déborder.

    Le duo Zovighian-Liot, pas là pour faire tapisserie

    Autre valeur du projet : l’alliance entre l’écriture de Sabine Zovighian et la musique de Michael Liot. Dans une fiction radiophonique, le compositeur n’est pas un simple décorateur sonore, il tient souvent le rôle de second scénariste. Ici, la musique doit porter l’ironie, la tendresse, la vitesse, parfois même la cruauté douce du texte. C’est un exercice de haute voltige, parce qu’il faut éviter deux pièges : la comptine aseptisée d’un côté, la démonstration d’auteur de l’autre. Le bon équilibre consiste à laisser la chanson raconter ce que le dialogue ne dit pas, sans transformer l’ensemble en vitrine de talents. Pas si simple. Et franchement, ça peut vite tourner à la soupe si on se rate.

    Le premier volet semblait avoir trouvé cette ligne de crête grâce à une distribution très bien tenue. Ambrine Trigo Ouaked incarnait Sophie avec une vivacité malicieuse, tandis que Véronique Vella, sociétaire de la Comédie-Française, apportait à la Sophie adulte une densité qui évitait le piège de la nostalgie molle. Ce type de casting compte énormément en fiction audio : sans le visage des acteurs, tout repose sur la précision du jeu, la musicalité de la voix, la capacité à faire exister un monde en quelques inflexions. Là-dessus, France Culture ne joue pas petit bras.

    La jeunesse, ce terrain miné qu’on peut encore sauver

    Depuis 2024, Sabine Zovighian s’occupe aussi de Polissons, le flux jeunesse d’Arte Radio. Ce détail n’en est pas un. Il dit quelque chose d’une génération d’autrices et d’auteurs qui refusent de considérer le jeune public comme un sous-public. On est loin des produits calibrés à la truelle, de ces fictions qui confondent accessibilité et simplification. Ici, l’enjeu est presque politique : raconter aux enfants sans les prendre de haut, et raconter aux adultes sans les flatter. Une drôle de gymnastique, mais c’est précisément là que la création sonore retrouve du nerf.

    Cette saison 2 de Les Malheurs de Sophie s’inscrit donc dans une logique très française, au bon sens du terme : celle d’une adaptation patrimoniale qui ne se contente pas d’illustrer un texte du XIXe siècle, mais le remet en circulation dans un médium contemporain. Le roman de la comtesse de Ségur a déjà connu mille vies, de la lecture scolaire au cinéma, de la télévision à la scène. La version de France Culture ajoute une couche : elle fait de Sophie une héroïne de l’écoute, c’est-à-dire une figure qui existe d’abord par le rythme, le souffle et la voix. Et dans une époque saturée d’images, ça a quelque chose de délicieusement culotté.

    Reste la question qui pique un peu : jusqu’où peut aller une suite quand le premier geste avait déjà trouvé sa justesse ? C’est souvent là que les bonnes idées se prennent les pieds dans leur propre succès. Mais si la saison 2 garde cette intelligence de ton, cette gourmandise musicale et cette manière de ne jamais parler au-dessus de l’épaule des auditeurs, on tient peut-être plus qu’une simple prolongation. On tient une petite machine à fabriquer du théâtre pour les oreilles. Et ça, mine de rien, c’est déjà beaucoup.

    nrmagazine
    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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