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    Nrmagazine » Jon Erwin défend l’IA dans Young Washington
    Blog Entertainment 3 juillet 20266 Minutes de Lecture

    Jon Erwin défend l’IA dans Young Washington

    Le cinéaste promet un tournage plus sûr et moins cher, pendant qu’Hollywood serre les dents
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    Avec Young Washington, Jon Erwin ne vend pas seulement un film historique sur les jeunes années de George Washington ; il vend aussi une petite révolution industrielle emballée dans du costume d’époque. L’argument est limpide : l’IA aurait rendu le tournage plus sûr et plus abordable. À Hollywood, ça s’appelle soit de l’innovation, soit un nouveau front de guerre.

    Le sujet mérite qu’on s’y attarde, parce qu’on n’est pas ici dans un gadget de postproduction posé comme un vernis futuriste. Young Washington s’inscrit dans une tendance de fond : depuis la pandémie, les studios, les producteurs indépendants et les plateformes traquent la moindre économie sans sacrifier l’ampleur visuelle. Les budgets de production ont flambé, les assurances se durcissent, les tournages se fragmentent, et chaque journée gagnée sur le plateau compte. Dans ce contexte, l’IA n’arrive pas en invitée polie ; elle débarque comme un outil de compression des coûts, avec tout ce que cela charrie de promesses et de crispations. Autrement dit, on ne parle pas seulement d’un film, mais d’une nouvelle façon de fabriquer les films.

    Jon Erwin, lui, n’est pas exactement un novice en matière de cinéma pensé pour le grand public. Le réalisateur s’est taillé une place dans un secteur où le récit biblique, le drame historique et le film à message savent encore trouver leur public, souvent hors des circuits les plus snobs du box-office. Avec Young Washington, il s’attaque à une figure fondatrice de l’imaginaire américain, mais en la faisant passer par un filtre très contemporain : celui d’une industrie qui cherche à faire plus avec moins. Et là, forcément, le discours sur l’IA devient plus qu’un argument technique. Il devient un manifeste. Ou un alibi, selon l’angle de vue. Le film parle d’un héros du passé, mais la vraie bataille se joue sur le plateau du présent.

    Le vieux monde en costume, le nouveau monde en algorithme

    Dans l’industrie hollywoodienne, l’IA est devenue le mot qui fâche et qui fascine, parfois dans la même phrase. On l’associe aux doublures numériques, à la réduction des coûts de décors, à l’optimisation des effets visuels, à la prévisualisation accélérée, bref à tout ce qui permet de serrer les boulons sans faire exploser la facture. Les grands studios avancent à pas comptés, les syndicats surveillent, et les cinéastes indépendants, eux, regardent surtout le tableau Excel. Parce qu’entre un long métrage qui se monte à coups de millions et un projet plus modeste qui doit survivre à la hausse des prix, il y a un gouffre. L’IA, dans ce décor, ressemble moins à un jouet qu’à une béquille très rentable.

    Le discours de Jon Erwin sur la sécurité n’est pas anodin non plus. Sur un tournage historique, chaque détail coûte : chevaux, armes, cascades, foule, logistique, météo, continuité. Le moindre accident potentiel fait grimper les assurances et ralentit la machine. Si l’IA permet d’alléger certains dispositifs, de simuler des éléments ou de préparer plus finement les scènes avant le tournage, on comprend l’intérêt. Mais on comprend aussi la petite musique qui agace les puristes : à force de promettre un cinéma plus fluide, plus rapide et plus propre, on risque de fabriquer des films qui sentent un peu trop la salle de réunion. Le danger n’est pas que l’IA remplace le cinéma ; c’est qu’elle lui fasse perdre sa sueur.

    Affiche de Young Washington
    Affiche de Young Washington

    Washington, ou l’Amérique en version prototype

    Choisir George Washington comme sujet, ce n’est pas neutre. C’est convoquer la mythologie américaine à son stade embryonnaire, avant la statue, avant le manuel scolaire, avant le demi-dieu figé sur les billets de banque. Le cinéma adore ce genre de matière première : un personnage déjà monumental, mais encore disponible pour la fiction. En racontant les jeunes années de Washington, Young Washington s’offre la possibilité de montrer la fabrication du mythe plutôt que son mausolée. Et c’est là que le film peut devenir intéressant, à condition de ne pas se contenter d’une leçon d’histoire en costume repassé. Le vrai enjeu, c’est de filmer un homme avant qu’il devienne une icône en marbre.

    Cette idée colle assez bien à la méthode d’Erwin, qui aime les récits de formation, les trajectoires de foi, les figures qui se construisent à l’écran comme des blocs de conviction. Sauf qu’ici, le réalisateur ajoute une couche méta : il utilise des outils du futur pour raconter la naissance d’un pays qui se rêvait déjà comme une machine à fantasmes. Il y a quelque chose d’assez savoureux, au fond, à voir l’Amérique originelle passer par l’algorithme. Comme si le cinéma américain, toujours prompt à réécrire son passé, assumait enfin que sa mémoire est aussi un produit industriel. Le mythe national, lui aussi, a besoin de postproduction.

    Moins cher, plus sûr : le refrain qui fait tousser

    Le vocabulaire employé autour de l’IA dans la production audiovisuelle est souvent celui de la prudence : sécurité, efficacité, économie, souplesse. Rien de scandaleux, sur le papier. Mais derrière ces mots bien coiffés, il y a une logique très simple : si une technologie permet de réduire les risques et les dépenses, elle finira par s’imposer. Hollywood adore les innovations tant qu’elles ne menacent pas ses marges, et l’histoire du cinéma est pleine de ces outils d’abord regardés de travers avant d’être adoptés en douce. Le son, la couleur, le numérique, la capture de mouvement : chaque fois, la même panique, puis la même récupération. L’IA suit le même chemin, avec un supplément de paranoïa bien mérité.

    Reste la question qui gratte : à partir de quel moment l’économie de production devient-elle une économie de l’imaginaire ? Si l’IA sert à mieux préparer, à mieux sécuriser, à mieux coordonner, pourquoi pas. Si elle sert à lisser les aspérités, à standardiser les images et à réduire le plateau à une usine sans friction, on change de film. Et pas dans le bon sens. Le cinéma n’a jamais été un art propre, ni un art sage ; il a besoin de frottement, d’accidents, de corps qui se heurtent au réel. Sans ça, on obtient des objets impeccables, mais un peu morts. Le progrès, très bien ; le cinéma sans nerfs, beaucoup moins.

    Avec Young Washington, Jon Erwin ne signe donc pas seulement un film d’époque. Il pose, volontairement ou non, une question qui va hanter les prochaines années de production : combien d’algorithme peut-on injecter dans une œuvre avant qu’elle cesse d’avoir du sang dans les veines ? Hollywood adore les réponses simples. Le problème, c’est que le cinéma, lui, n’en a jamais vraiment eu. Et c’est peut-être pour ça qu’on continue d’y aller, malgré les tableaux Excel et les promesses de rendement. Tant que l’image tremble un peu, on n’est pas encore complètement perdus.

    nrmagazine
    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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