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    Nrmagazine » Toxic : Yash met les femmes au premier plan
    Blog Entertainment 1 juillet 20265 Minutes de Lecture

    Toxic : Yash met les femmes au premier plan

    Un clip promo qui vend un film d’action, mais surtout une armée de personnages féminins qui ne viennent pas faire de la figuration.
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    Avec Toxic: A Fairytale for Grown-Ups, Yash ne vend pas seulement un nouveau film d’action : il remet en circulation une vieille promesse du cinéma commercial, celle du spectacle qui prétend avoir compris l’époque. Et quand la promo choisit de braquer le projecteur sur son casting féminin, on comprend vite que le long métrage veut jouer plus gros qu’un simple déluge de bastons.

    Le point de départ est limpide : un clip promotionnel baptisé Ladies & Ladies vient mettre en avant l’ensemble féminin du film de Geethu Mohandas, annoncé comme un action drama à l’atmosphère sombre. Le matériau communiqué insiste sur des personnages « puissants », « complexes » et « dominants » dans un univers qui se veut plus tordu qu’une simple machine à punchlines. Rien de révolutionnaire, évidemment, mais dans une industrie où la promo adore encore transformer les actrices en mobilier de luxe, ce petit déplacement du regard mérite qu’on tende l’oreille. Surtout quand le film s’appuie sur Yash, star massive du cinéma indien contemporain, dont le nom seul suffit à faire lever les foules et les budgets marketing. Le vrai sujet, ici, ce n’est pas le clip : c’est la manière dont Toxic essaie de vendre du muscle avec un vernis de modernité.

    Pour replacer la chose dans son décor, il faut rappeler que le cinéma de masse indien a longtemps reposé sur une hiérarchie très nette : le héros au centre, les seconds rôles autour, et les femmes trop souvent cantonnées à la fonction décorative ou sentimentale. Ces dernières années, le paysage a bougé, sous l’effet combiné du box office pan-indien, de la circulation accrue des films via le streaming et d’un public plus habitué aux récits hybrides. Des films comme KGF: Chapter 2 en 2022, Jawan en 2023 ou Leo ont montré qu’un star system dopé aux décibels pouvait encore dominer les salles, mais aussi qu’il devait désormais composer avec une attente de densité, de style et de personnage. Geethu Mohandas, cinéaste reconnue pour un cinéma plus sensible et plus frontal, arrive donc avec une arme à double tranchant : faire un blockbuster sans renoncer à une mise en scène des rapports de force. Pas simple. Pas impossible non plus. Le péché originel du film de masse, c’est de croire qu’un grand casting suffit ; ici, on sent au moins la tentative de lui donner du relief.

    Un clip qui fait mine de distribuer les cartes

    Le clip Ladies & Ladies ne sert pas seulement à montrer des visages. Il distribue des positions, des tensions, des promesses de conflit. Dans le cinéma d’action, le moindre teaser est une petite partie d’échecs : qui regarde qui, qui domine le cadre, qui a le dernier mot avant même que l’intrigue ne commence ? Ici, la communication semble vouloir installer un ensemble féminin qui ne se contente pas d’accompagner le héros, mais qui pèse sur l’équilibre du récit. C’est malin, parce que la promo ne vend pas une égalité abstraite à coups de slogans en carton-pâte ; elle vend des présences, des tempéraments, des silhouettes qui ont l’air de pouvoir faire dérailler le récit. Et ça, on l’achète plus volontiers que les grands discours. Quand la bande-annonce comprend enfin que la mise en scène des femmes peut être un moteur dramatique et pas juste un argument de vitrine, on avance d’un cran.

    Il faut aussi lire ce geste comme un signe de l’époque. Le cinéma indien grand public a longtemps fonctionné sur une économie du héros-dieu, avec ses entrées triomphales, ses ralentis de gladiateur et ses dialogues qui sentent la testostérone chauffée à blanc. Mais le public n’est plus exactement le même, et les studios non plus. Les grosses productions savent qu’elles doivent désormais fabriquer des mondes, des rapports de force, des figures secondaires mémorables. Le casting féminin devient alors un fer de lance, pas seulement un contrepoint. Si Toxic tient sa promesse, ces personnages pourraient bien être plus qu’un habillage glamour autour de Yash. Sinon, ce sera encore une belle opération de communication avec du fond de tiroir sous le capot. On connaît la chanson.

    Geethu Mohandas, la carte qui peut tout changer

    Le nom de Geethu Mohandas change quand même la donne. Là où beaucoup de films portés par une star masculine se contentent d’aligner les signes extérieurs de la puissance, elle apporte une réputation de cinéaste attentive aux corps, aux rapports sociaux et aux zones de friction. Son cinéma n’a jamais eu besoin de hurler pour exister ; il sait regarder les personnages de biais, là où ça gratte. Si elle applique cette sensibilité à un projet de cette ampleur, Toxic peut éviter le piège du blockbuster qui se prend pour une fresque et finit en démo de pyrotechnie. Et franchement, on ne dirait pas non à un film d’action qui a encore un cerveau. Le cinéma de genre n’a jamais été condamné à la bêtise ; il suffit juste d’arrêter de le traiter comme une machine à remplir les multiplexes.

    Reste la question, toujours la même avec ce type d’opus : la promo annonce-t-elle une vraie redistribution des rôles ou un simple habillage de prestige ? Le clip laisse entrevoir une galerie de femmes capables d’occuper l’espace, de peser sur la dramaturgie, voire de contester la centralité du héros. C’est déjà mieux que la moyenne. Mais on sait aussi comment ça se passe : entre le matériel promotionnel et le montage final, il y a parfois un gouffre, un de ces abîmes où les bonnes intentions finissent avalées par la logique du star vehicle. D’où l’intérêt de surveiller ce film non comme un simple produit, mais comme un test. Un test pour Yash, pour Geethu Mohandas, et pour une industrie qui adore parler de renouvellement tout en recyclant ses réflexes. Si Toxic tient sa ligne, il ne fera pas qu’ajouter une ligne au box office : il pourra peut-être griffer un peu l’Olympe du cinéma de masse. Et ça, pour une fois, ce ne serait pas du cinéma en carton.

    nrmagazine
    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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