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    Nrmagazine » Zhang Songwen sort le cadavre du placard à Shanghai
    Blog Entertainment 21 juin 20266 Minutes de Lecture

    Zhang Songwen sort le cadavre du placard à Shanghai

    Avec Secret in the Box, le cold case de Hong Kong revient hanter la compétition du festival
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    À Shanghai, Zhang Songwen a remis sur la table un vieux crime de Hong Kong comme on déplie un cadavre administratif : avec du style, du malaise et une bonne dose de mauvais goût délicieux. Secret in the Box ne vend pas seulement un thriller d’époque ; il rouvre une plaie urbaine, politique et médiatique que le cinéma adore tripoter quand il veut faire semblant de fouiller la mémoire collective au lieu de juste faire monter la pression.

    Pour rappel, le 28e Shanghai International Film Festival a accueilli la conférence de presse du film, en compétition principale pour le Golden Goblet Awards. Le projet s’attaque au meurtre du Happy Valley Box Murder, affaire criminelle de 1974 à Hong Kong, l’un de ces cold cases qui ont nourri la presse locale, les fantasmes populaires et, forcément, les scénaristes en quête de matière inflammable. Dans une industrie chinoise où les festivals servent aussi de vitrines de prestige, ce genre de long-métrage n’arrive jamais par hasard : il coche la case du drame historique, du frisson policier et du sujet qui permet de parler de mémoire, de ville et de pouvoir sans avoir l’air de faire un cours d’histoire. Le tout dans un marché où la compétition festivalière reste un fer de lance stratégique, entre visibilité internationale et ambitions de box-office domestique.

    Et là, le film cesse d’être un simple polar d’époque : il devient une machine à fantasme sur la manière dont un crime réel se transforme en récit, puis en marchandise culturelle.

    Happy Valley, happy trauma

    En apparence, Secret in the Box s’inscrit dans la tradition du thriller historique qui aime exhumer un fait divers pour lui donner des allures de tragédie nationale. Sauf que le cas de Happy Valley, avec son aura de mystère et sa charge sociale, dépasse le simple « qui a fait quoi ». On touche à un Hong Kong d’avant la rétrocession, à une ville déjà traversée par les tensions de classe, de territoire et d’identité – bref, à un décor qui n’a rien d’un joli papier peint.

    Frankie Tam Kwong-yuen, à la réalisation, et Zhang Songwen, devant la caméra, semblent miser sur cette zone grise où le film policier devient aussi un film sur la circulation des récits. Qui possède l’histoire ? Qui la raconte ? Qui en tire profit ? La question est sans réponse pour le moment, mais ce ne serait pas franchement étonnant que le film préfère le trouble à la résolution. Et franchement, tant mieux : les reconstitutions trop propres sentent souvent le vernis et la fiche Wikipédia.

    Le genre du « crime réel » : quand le cinéma se farcit l’Histoire et lui demande de payer l’addition.

    Zhang Songwen, monstre sacré en mode soupçon

    Autre valeur : la présence de Zhang Songwen. L’acteur est devenu, en quelques années, une figure de poids du cinéma chinois, capable d’imposer une densité quasi documentaire à des rôles qui auraient pu n’être que des silhouettes de prestige. Ici, son casting ne sert pas seulement à vendre des billets ; il sert à installer une ambiguïté. Zhang n’a pas besoin de surjouer le mystère, il a déjà cette gravité de visage qui donne l’impression qu’il sait quelque chose qu’on ignore encore. C’est précieux dans un film comme celui-ci, où l’enquête compte moins que la contamination morale.

    Le parallèle biographique est évident : un acteur associé aux drames sociaux et aux personnages fissurés se retrouve au cœur d’un récit qui parle d’une ville elle-même fracturée par sa mémoire. Le film semble donc jouer la carte du miroir – l’homme, le rôle, la cité – avec une certaine gourmandise. Et si ça marche, ce sera moins grâce à l’intrigue qu’à cette sensation de sol instable sous les pieds. Un bon polar, au fond, c’est souvent ça : un plancher qui craque. Le reste, c’est du décor.

    Shanghai, ou la vitrine qui fait semblant de ne pas briller

    Dans la plus pure tradition des grands festivals asiatiques, Shanghai ne se contente pas de projeter des films ; il fabrique des récits de légitimité. La compétition principale sert ici de scène de validation pour un projet qui veut exister à la fois comme œuvre de genre et comme objet culturel sérieux. Ce n’est pas anodin. Le marché chinois adore les films capables de parler au public sans renoncer au prestige, surtout quand ils peuvent circuler ensuite en exploitation en salles puis, plus tard, sur une plateforme ou dans une fenêtre de diffusion plus confortable.

    On ne connaît pas encore tous les détails du budget de production ni du budget marketing, mais le positionnement du film dit déjà quelque chose : on n’est pas sur une petite série B bricolée à la va-vite, plutôt sur un opus pensé pour compter dans le calendrier des sorties et dans la bataille des récompenses. Variety nous apprend que la conférence a insisté sur l’ancrage dans l’affaire réelle, ce qui est souvent la manière polie de dire : « regardez, on a du fond, pas juste des néons et des cadavres ». Oui, ok, on a compris le message.

    Ce que Secret in the Box vend, au fond, ce n’est pas un meurtre : c’est la promesse qu’un crime ancien peut encore faire trembler une industrie entière.

    Le box-office des fantômes

    Sauf que le vrai enjeu n’est pas seulement artistique. Dans un système où chaque film doit justifier sa place entre prestige festivalier et rentabilité, le moindre cold case devient un argument commercial. Le crime réel attire parce qu’il donne l’impression d’un supplément d’âme, alors qu’il sert aussi de levier narratif très efficace : tension immédiate, ancrage historique, potentiel de bouche-à-oreille. Le cinéma adore ça. Les producteurs aussi. Les fantômes, eux, n’ont pas signé le contrat, mais ils se retrouvent quand même dans l’affiche.

    La date de sortie française n’a pas encore été annoncée, et la question de la circulation internationale reste ouverte. Mais si le film trouve son public, il pourrait bien devenir le genre de titre qu’on cite dans les conversations de cinéphiles comme un exemple de polar qui comprend que le passé n’est jamais vraiment passé – surtout quand il rapporte encore un peu de sueur froide. Le vrai coup de génie, ici, c’est de faire du souvenir un produit de tension.

    Quand le cinéma exhume un fait divers, il ne cherche pas toujours la vérité. Parfois, il cherche juste un meilleur cadavre.

    nrmagazine
    Vincent Bazire

    Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.

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