16 ans après The Social Network, Aaron Sorkin remet une droite à Facebook (et cette fois il réalise)
Aaron Sorkin n’en a pas fini avec Mark Zuckerberg. Le scénariste de The Social Network revient avec un « companion piece », The Social Reckoning, dont il signe aussi la mise en scène. Jeremy Strong y incarne un Zuck vieillissant, et la bande-annonce promet de faire aussi mal qu’un scroll de trois heures sur le fil d’actu. Sortie le 9 octobre.
Pour rappel, quand David Fincher et Aaron Sorkin ont raconté la naissance de Facebook en 2010, ils l’ont fait comme une tragédie grecque où le génie tech broyait ses amitiés plus vite que ses concurrents. Le film s’ouvrait sur une rupture et se terminait sur un rafraîchissement de page. Entre les deux : du sang, du code, et Jesse Eisenberg en sociopathe fonctionnel. Le tout sur une bande originale de Trent Reznor et Atticus Ross qui transformait des lignes de PHP en symphonie industrielle.
Sauf que, comme le souligne Empire en dévoilant la première bande-annonce ce 10 juin, il s’en est passé, des choses, depuis 2010. Facebook est devenu Meta. Zuckerberg a troqué le hoodie contre des t-shirts de designer et des déclarations sur le métavers qui ont coûté 36 milliards de dollars (on ne juge pas, on chiffre). Et en 2021, le Wall Street Journal a sorti « The Facebook Files », une enquête au lance-flammes sur les dégâts collatéraux du réseau : santé mentale des ados pulvérisée, polarisation politique, désinformation industrielle. Bref, le réseau social était devenu le réseau tout court — et le problème de tout le monde.
Sorkin sans Fincher, ou le scénariste aux manettes
C’est ce boulevard que Sorkin a choisi d’emprunter pour The Social Reckoning. Et cette fois, pas de Fincher derrière la caméra. Sorkin réalise lui-même, comme il l’avait fait pour Les Sept de Chicago en 2020 — un film qui parlait déjà de procès, de justice, et de mecs en costard qui se haïssent dans des salles de tribunal. Le bonhomme a ses obsessions, et elles collent parfaitement au sujet.
En apparence, c’est un choix logique : Sorkin connaît ce matériau mieux que personne. C’est lui qui a transformé un dépôt de plainte en scénario oscarisé il y a seize ans. Lui qui a fait dire à Zuckerberg « You’re not an asshole, Mark. You’re just trying so hard to be one » avec une précision chirurgicale. Le revoilà, mais cette fois il ne raconte plus la création — il raconte les conséquences. Et ça, c’est un tout autre film.
Jeremy Strong en Zuckerberg : le choix parfait du mec qui joue les hommes brisés
Le casting, lui, est une déclaration d’intention à lui seul. Jeremy Strong — Kendall Roy dans Succession, et accessoirement spécialiste mondial des hommes dévorés par leur propre ambition — reprend le rôle de Mark Zuckerberg. Oubliez le tic nerveux d’Eisenberg, sa logorrhée de génie incompris. Strong, c’est le Zuckerberg de 42 ans : le mec qui a gagné, qui a tout, et qui doit maintenant justifier l’ampleur des dégâts. Si vous avez vu Strong négocier un board meeting dans Succession en mode regard vitreux et mâchoire serrée, vous savez exactement ce qu’il va faire de Zuck face à un Sénat ou à une lanceuse d’alerte.
En face de lui, Mikey Madison (Anora, Scream 5) incarne Frances Haugen, l’ex-employée de Facebook devenue lanceuse d’alerte après avoir balancé des milliers de documents internes au WSJ et à la SEC. Jeremy Allen White (The Bear) joue Jeff Horwitz, le journaliste du Wall Street Journal qui a mené l’enquête. Le reste du casting — Wunmi Mosaku, Betty Gilpin, Billy Magnussen, Bill Burr — complète un ensemble qui ressemble à un jury populaire prêt à condamner. Ou à innocenter. Sorkin ne fait jamais dans le manichéisme, même quand il a une cible évidente.

« Companion piece », vraiment ?
Empire insiste sur le terme : Sorkin parle de « companion piece », pas de suite. Nuance importante. Là où The Social Network racontait l’ascension d’un empereur romain en sweat à capuche, The Social Reckoning dépeint l’empire après la chute — ou plutôt l’empire qui refuse de tomber malgré les incendies. C’est le même univers, la même musique (Reznor et Ross sont fortement pressentis pour rempiler — on entend d’ailleurs un écho de leur thème mythique dans les dernières secondes du trailer), mais la focale a changé.
D’ailleurs, la bande-annonce ne ressemble à rien de ce que Fincher aurait fait. Là où le premier trailer de The Social Network était un montage sec, clinique, porté par une reprise chorale de « Creep », celui de The Social Reckoning est plus sombre, plus politisé, plus… sorkinien, en fait. Des plans de couloirs institutionnels, des travellings sur des piles de documents, des regards caméra qui accusent. C’est moins un thriller qu’un réquisitoire.
Et c’est peut-être le vrai pari du film. Sorkin, sans le vernis esthétique de Fincher, va devoir porter le poids du récit uniquement par le verbe et le jeu. Pas de plongée vert-de-gris dans les serveurs de Palo Alto, pas de scène de régate en flashback. Juste des mots, des regards, et la vérité qui tombe comme un couperet.
The Social Reckoning sort en salles le 9 octobre 2026. On sera au rendez-vous, le poing serré et le pop-corn prêt. Parce qu’entre un film de procès signé Sorkin et un scroll sur Facebook, le choix est vite fait.

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