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    Nrmagazine » [Critique] Ladies First : Netflix pille Éléonore Pourriat, Sacha Baron Cohen se noie dans un monde de femmes
    Blog Entertainment 25 mai 20266 Minutes de Lecture

    [Critique] Ladies First : Netflix pille Éléonore Pourriat, Sacha Baron Cohen se noie dans un monde de femmes

    Disponible depuis le 22 mai 2026 sur Netflix, Ladies First est le remake américain de la petite bombe française Je ne suis pas un homme facile d'Éléonore Pourriat. Résultat : 17 % sur Rotten Tomatoes, un Sacha Baron Cohen en roue libre, et une Rosamund Pike qui mérite clairement mieux que ça.
    ladies first
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    Soyons directs : quand Netflix décide de recycler un film français malin et acidulé pour en faire une comédie hollywoodienne grand format avec l’un des comiques les plus clivants du moment, on ne s’attend pas exactement à un chef-d’œuvre. Mais bon. On garde espoir. On est optimistes, ici.

    La plateforme a donc mis le paquet avec une réalisatrice compétente, Thea Sharrock, à qui l’on doit le très correct Wicked Little Letters,, un duo de tête à la réputation solide, et trois scénaristes au générique : Natalie Krinsky, Cinco Paul et Katie Silberman. Trois scénaristes pour un film de 1h30. On aurait dû se méfier.

    Sacha Baron Cohen dans son élément, c’est-à-dire pas dans celui-ci.

    De Damien à Damien : bienvenue dans le grand bazar du reboot transatlantique

    Pour situer le contexte : en 2018, Éléonore Pourriat sort sur Netflix Je ne suis pas un homme facile, adaptation de son court-métrage Majorité Opprimée. Le film, porté par Vincent Elbaz et la géniale Blanche Gardin, met en scène Damien, macho de compétition, propulsé dans une société matriarcale. C’est féroce, c’est drôle, c’est politiquement affûté, et ça se permet l’inconfort là où beaucoup de comédies grand public reculeraient. Un long-métrage français de Netflix, discret au box-office mondial mais qui a construit une vraie base de fans, notamment parce qu’il osait être désagréable et juste à la fois.

    Huit ans plus tard, Hollywood débarque avec ses gros sabots. Même prénom pour le personnage principal, Damien Sachs,, même mécanique narrative, même monde parallèle matriarcal. Sauf que cette fois, c’est Sacha Baron Cohen qui porte le projet, et Rosamund Pike, oui, l’Amy Dunne de Gone Girl, qui joue la redoutable Alex Fox, version féminine du protagoniste dans le monde inversé. Sur le papier, le casting est excitant. Dans les faits, c’est une autre histoire.

    « Netflix’s Ladies First arrives with a provocative premise and a talented cast, but the gender-swap comedy struggles to deliver sharp satire. », LeisureByte.com

    Traduction libre : le film a les ingrédients, mais rate la recette. Ce qui est, avouons-le, le pire résultat possible : ni assez con pour être drôle, ni assez intelligent pour être utile.

    17 % et des poussières, le score qui fait mal

    Le chiffre est tombé quelques heures après la mise en ligne : Ladies First a débuté à 14 % sur Rotten Tomatoes selon les premières critiques publiées, pour se stabiliser autour de 17-18 % au fil des jours. Pour référence, le premier Borat de Baron Cohen, sorti en 2006, soit il y a vingt ans, plafonnait à 96 %. La trajectoire est, comment dire, vertigineuse.

    La critique principale qui revient ? La satire ne mord pas assez. L’original français tenait sa puissance de sa capacité à rendre Damien profondément antipathique avant de le forcer à l’empathie, un mouvement inconfortable, presque douloureux, qui était précisément le propos. Dans la version Netflix 2026, Damien Sachs est charmant, drôle, et globalement sympa. Ce qui revient, à peu près, à faire une adaptation de American Psycho où Patrick Bateman est juste un peu stressé par le boulot.

    Certains spectateurs ont même évoqué une ressemblance avec The Family Man de Brett Ratner, sorti en 2000, où Nicolas Cage découvrait la vie qu’il aurait pu avoir. Ce qui est à la fois une critique pertinente et un constat assez accablant : en cherchant à adapter une comédie française corrosive, Netflix aurait finalement produit quelque chose de plus proche d’un film de Noël CBS. Bravo la plateforme.

    Baron Cohen dans une cage de verre, Pike dans un film différent

    Il faut quand même dire deux mots sur le casting, parce que c’est là que ça devient tragique. Sacha Baron Cohen, dans ses grandes heures, est un performeur total : Borat, Ali G, Brüno, Le Dictateur, des personnages construits sur l’excès et la provocation documentaire. Dans Ladies First, on lui demande de jouer un type normal qui traverse une situation bizarre. C’est demander à Mike Tyson de faire de la lutte gréco-romaine : techniquement possible, esthétiquement douloureux.

    Rosamund Pike, elle, semble jouer dans un film beaucoup plus intéressant que celui qui a été monté. Son personnage d’Alex Fox, dominatrice, impitoyable, miroir déformant du protagoniste, porte les quelques séquences où le film retrouve un peu de mordant. Le reste du casting est solide : Richard E. Grant, Charles Dance, Emily Mortimer, Fiona Shaw, une brochette de Britanniques impeccables qui font le boulot avec la dignité des gens bien payés pour tourner des scènes qui les dépassent.

    Ce n’est pas leur faute. C’est rarement la faute des acteurs.

    Majorité Opprimée, version appauvrissement industriel

    La vraie question que pose Ladies First, au-delà de son score lamentable, c’est celle du recyclage systématique du cinéma français par Hollywood. On a déjà eu Dinner for Schmucks (remake de Le Dîner de cons), Father’s Day (remake de Les Compères), et des dizaines d’autres. Le mouvement est connu, documenté, et quasi-invariablement décevant. Ce qui est plus rare ici, c’est que l’original était disponible sur la même plateforme. Netflix possède Je ne suis pas un homme facile depuis 2018. Les abonnés peuvent comparer en deux clics. C’est le genre de choix éditorial qu’on ne comprend pas trop, franchement.

    Éléonore Pourriat, dont la version 2018 tirait sa matière d’un court-métrage personnel, Majorité Opprimée, viral dès 2012,, est créditée en tant qu’inspiration. Pas scénariste, pas productrice créative. Inspiration. Le terme dit tout : on a pris son idée, on l’a mise dans le mixeur hollywoodien, et on a rendu quelque chose de nettement moins acide. Au moins, elle est créditée, ce qui n’est pas toujours le cas dans ce genre d’opération.

    À lire aussi :
    Rosamund Pike : biographie, filmographie et tout ce qu’elle méritait de mieux que ça

    Et maintenant, on fait quoi avec ce Sacha ?

    Pour Baron Cohen, la question se pose depuis quelques années. Après Borat : Film suivant en 2020, acclamé, récompensé,, sa carrière de comédien mainstream n’a pas vraiment décollé. Ladies First est la démonstration que le personnage de séducteur de façade ne l’avantage pas. Il est trop connu, trop associé à la provocation, pour qu’on croie une seule seconde à son arrogance de pacotille : on attend la vanne, le twist, le gag méta. Et quand il ne vient pas, on est juste déçus.

    Thea Sharrock avait prouvé avec Me Before You (2016) et Wicked Little Letters (2023) qu’elle savait tenir un film. La mise en scène de Ladies First n’est pas en cause, c’est fonctionnel, bien éclairé, rythmé. C’est le scénario à trois têtes qui part dans tous les sens, incapable de trancher entre la comédie romantique et la satire sociale. Un film sans colonne vertébrale, beau à regarder et vide à digérer.

    Sur Netflix depuis le 22 mai 2026. Durée : 1h30, ce qui est déjà beaucoup. Le film original d’Éléonore Pourriat, Je ne suis pas un homme facile, est lui aussi sur Netflix, depuis 2018, et dure 1h38. On vous laisse faire votre choix. (On a fait le nôtre.)

    Vincent
    Vincent

    Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.

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