La Kawasaki Ninja H2R, ou : « Permis de conduire facultatif »

Commençons par celle que tout le monde cite et que presque personne n’a vue rouler à pleine charge dans la vraie vie : la Kawasaki Ninja H2R. Réservée aux circuits, elle est légalement inutilisable sur route ouverte, bonne nouvelle pour les piétons, cette machine développe 326 chevaux grâce à un moteur quatre cylindres de 998 cm³ compressé par un supercompresseur développé en interne par Kawasaki. Vitesse de pointe officielle : 400 km/h. Le pilote turc Kenan Sofuoglu, qui n’a visiblement peur de rien, a poussé l’engin jusqu’à ces 400 km/h sur le pont Osman Gazi en Turquie le 29 juin 2016, en 26 secondes chrono, avant l’aube, avec un vent latéral de 30 km/h. Prix indicatif : autour de 55 000 €. Pour une moto qu’on ne peut même pas emmener chez le boulanger.
Sa petite sœur homologuée pour la route, la Ninja H2 Carbon ABS, tourne autour de 340 km/h avec ses 231 chevaux en Ram Air. Moins folle, certes. Mais de là à dire qu’on peut l’emmener en balade dominicale le long du canal… Chacun ses dimanches.
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D’où la question que tout passionné finit par se poser : à quel moment la moto de série cesse-t-elle d’être un produit et devient-elle un argument philosophique sur la limite humaine ? La H2R a répondu : quand tu n’as plus de raisons valables de freiner.
La Hayabusa, l’éternelle, la grande dame qui ne prend pas de retraite

Avant la Kawasaki, avant les turbines et les compresseurs, il y avait elle. La Suzuki Hayabusa, nommée d’après le faucon pèlerin, l’oiseau le plus rapide du règne animal, a débarqué en 1999 avec ses 312 km/h et a immédiatement affolé les gouvernements européens, au point que les constructeurs japonais ont dû signer entre eux une charte informelle limitant les motos de série à 299 km/h. Ce que Suzuki a fait, bien sûr, en limitant électroniquement la bête… tout en la laissant avec ses 190 chevaux et son moteur de 1 340 cm³. Enlève la bride, et tu retrouves les 312 km/h. L’industrie moto a un certain talent pour le contournement discret.
La Hayabusa 2022 est toujours en production, toujours aussi racée, toujours aussi inquiétante dans les virages à vitesse élevée, parce qu’à 264 kg sur la balance, elle reste un mastodonte avec un rapport poids/puissance de 1,39 kg par cheval. Elle ne sera jamais la plus légère. Mais elle est sans doute la moto qui a le plus marqué l’imaginaire collectif des deux dernières décennies, et aucun film de course ne lui a jamais rendu vraiment justice. Quelqu’un devrait s’en occuper.
*La Suzuki Hayabusa : 26 ans au compteur, toujours capable de te coller la peur du bon Dieu dans un tunnel.*
BMW S1000RR et Ducati Panigale V4R : le duel des Européens sérieux
D’un côté, la BMW S1000RR et ses 207 chevaux pour un poids plume de 197 kg : 303 km/h en vitesse de pointe, un rapport poids/puissance de 0,95 kg par cheval qui en fait l’une des machines les plus efficientes du marché. De l’autre, la Ducati Panigale V4R, version la plus radicale du catalogue de Bologne, avec ses 221 chevaux, 172 kg sur la bascule, et une vitesse maximale de 350 km/h, soit exactement un kilomètre-heure sous la limite de l’accord informel entre constructeurs. Coïncidence, bien sûr.
Ces deux machines incarnent deux philosophies irréconciliables : la rigueur germanique contre la passion latine. La BMW optimise, calcule, corrige. La Ducati hurle, vibre, tremble un peu sous les mains, et c’est précisément pour ça qu’on l’aime. Pour les amateurs de vrais débats de comptoir, ça ressemble un peu au débat Spielberg contre Coppola : deux géants, deux approches, aucun perdant évident. Sauf votre portefeuille.
La MTT 420R : quand Rolls-Royce décide de faire de la moto

On change complètement d’échelle. La MTT 420R, fabriquée par Marine Turbine Technologies, est propulsée par un moteur-turbine Rolls-Royce Allison 250-C20, celui qu’on trouve normalement dans les hélicoptères militaires. Résultat : 420 chevaux, un couple phénoménal de 678 Nm, et une vitesse maximale estimée à 402 km/h. Prix public : autour de 250 000 €. Pour ce tarif, on livre la moto avec une assistance téléphonique. On suppose.
La MTT 420R est homologuée pour la route, oui, la route normale, avec des camions et des ronds-points, ce qui en fait officiellement la moto de série la plus rapide légalement utilisable sur voie ouverte. Ce détail dit beaucoup sur la nature humaine, et pas que du bien. Elle est aussi la preuve qu’il existe un public qui trouve que la Hayabusa manque de cylindrée. Ces gens-là existent. Ils vivent parmi nous.
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La Dodge Tomahawk, ou l’art de ne pas vraiment être une moto
Attention, on entre dans la zone grise, celle où la mécanique et le concept-art fusionnent pour accoucher d’un objet qui n’a pas vraiment de catégorie. La Dodge Tomahawk 8300 est propulsée par un V10 de 8 277 cm³ issu de la Dodge Viper, développant 500 chevaux. Elle dispose de quatre roues pour tenir la structure. Théoriquement, elle peut atteindre 640 km/h selon les projections du constructeur. En pratique, elle a été testée à environ 160 km/h, parce que personne sur Terre n’avait envie d’être le cobaye de l’expérience à vitesse maximale.
Dodge en a fabriqué neuf exemplaires, vendus à des collectionneurs entre 550 000 et 650 000 dollars pièce. Elle n’est pas homologuée pour la route. Elle n’est pas vraiment une moto au sens légal du terme. Et ses chiffres de vitesse maximale relèvent davantage de la modélisation informatique que du test terrain. C’est l’équivalent deux-roues d’un film annoncé depuis dix ans dont le tournage n’a jamais commencé. Impressionnant sur le papier, introuvable dans la réalité.
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La Lightning LS-218 et la Voxan Wattman : la révolution silencieuse
On aurait tort de ne parler que d’essence et de turbines. La Lightning LS-218, produite en Californie, est l’une des motos électriques homologuées les plus rapides du monde : 351 km/h en vitesse de pointe, 202 chevaux, un couple de 227 Nm, freins Brembo aux deux roues. Et surtout : pas un bruit. Enfin si, il y a un léger sifflement de la transmission, mais rien à voir avec le rugissement de la Hayabusa ou le hurlement de la H2R.
Sur circuit, la Voxan Wattman pousse encore plus loin : le champion Max Biaggi a pulvérisé les records sur le circuit de Châteauroux en 2021 avec une pointe à 455,737 km/h, homologuée par le Livre Guinness des records. Une moto électrique. Plus rapide que n’importe quelle machine thermique de série. Le moteur à combustion n’a pas encore dit son dernier mot, mais il commence à regarder par-dessus son épaule.
Le vrai record absolu : l’Ack Attack et ses 605 km/h
Au-dessus de tout ça, il y a le streamliner Ack Attack. En novembre 2022, cette machine, conçue spécifiquement pour battre des records dans les Bonneville Salt Flats, Utah, a été homologuée à 605,69 km/h. Deux moteurs Suzuki Hayabusa préparés, un carénage tubulaire intégral, et un pilote allongé à l’intérieur comme dans un cercueil motorisé. On est plus proche de la fusée que de la moto de série. Mais le record est homologué, il est inégalé, et il existe.
En MotoGP, pendant ce temps, Brad Binder détient le record de vitesse en course avec 366,1 km/h à Mugello lors du sprint 2023. Un record co-détenu avec Pol Espargaró, qui avait atteint la même vitesse l’année précédente sur le même circuit. Pour des motos qui doivent aussi freiner, virer et finir la course, c’est un chiffre qui mérite qu’on s’y arrête une seconde.
Le classement, pour les gens pressés qui lisent en diagonale
| Modèle | Vitesse max | Puissance | Homologuée route | Prix indicatif |
|---|---|---|---|---|
| Dodge Tomahawk 8300 | 640 km/h (théorique) | 500 ch | Non homologuée | ~550 000 $ |
| Voxan Wattman | 455 km/h (record) | Électrique | Circuit uniquement | N/C |
| MTT 420R | ~402 km/h | 420 ch | Oui | ~250 000 € |
| Kawasaki Ninja H2R | ~400 km/h | 326 ch | Piste uniquement | ~55 000 € |
| Lightning LS-218 | ~351 km/h | 202 ch | Oui | ~39 000 € |
| Kawasaki Ninja H2 | ~340 km/h | 231 ch | Oui | ~30 000 € |
| Suzuki Hayabusa | ~312 km/h | 190 ch | Oui | ~21 000 € |
| BMW S1000RR | ~303 km/h | 207 ch | Oui | ~24 000 € |
| Ducati Panigale V4R | ~350 km/h | 221 ch | Oui | ~40 000 € |
Quand le cinéma a voulu jouer dans la même cour
Le cinéma a depuis longtemps entretenu une relation passionnelle avec la moto, de Easy Rider (1969) jusqu’aux scènes de cascade de Mission : Impossible, Dead Reckoning, où Tom Cruise saute à moto depuis une falaise norvégienne. L’attrait de la moto au cinéma, c’est précisément ça : deux roues, une silhouette, un engagement total. Pas de cage de sécurité, pas de carrosserie rassurante. Juste un corps entre la machine et le vide.
La GPz900R de Maverick dans le premier Top Gun était la moto de série la plus rapide du monde à l’époque, une distinction qu’elle partageait avec sa place dans l’inconscient collectif du cinéma d’action américain. Si l’on refaisait le film aujourd’hui avec une Ninja H2R… Maverick ne rentrerait probablement pas au hangar pour le débrief. Ce serait le premier film de la saga à se terminer par un procès-verbal.
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