Il y a dix ans, une simple question avait paralysé l’Inde entière : « Pourquoi Kattappa a-t-il tué Baahubali ?» La franchise de S. S. Rajamouli avait généré plus de 2 400 crores de roupies au box-office mondial, faisant d’Amarendra Baahubali l’un des héros les plus pleurés du cinéma contemporain. Aujourd’hui, ce prince trahi revient, non pas en chair et en os, mais dans une forme que personne n’avait anticipée : l’animation CGI la plus ambitieuse qu’une production indienne ait jamais osée. La bande-annonce de Baahubali : The Eternal War, dévoilée le 4 novembre 2025, a immédiatement fracturé Internet.
L’essentiel à retenir
- Film d’animation CGI en deux parties, prévu pour 2027, présenté par S. S. Rajamouli et réalisé par Ishan Shukla
- Prabhas et Ramya Krishna reprennent leurs rôles vocaux ; la musique est signée MM Keeravaani, oscarisé
- Studios derrière Arcane et Spider-Verse impliqués : Alcyde, Aniventure et Zaratan
Un prince mort qui n’a pas dit son dernier mot
La bande-annonce s’ouvre sur des décors cosmiques que le live-action n’aurait jamais pu rendre. Amarendra Baahubali, assassiné à la fin de Baahubali : The Beginning, se retrouve projeté dans l’au-delà — un espace mythologique aux quatorze royaumes, où devas et asuras s’affrontent depuis l’origine des temps. Le synopsis officiel est d’une clarté brutale : « Le prince assassiné entre dans l’au-delà et rejoint une guerre éternelle entre dieux et démons à travers 14 royaumes. » Pas de rédemption facile. Pas de résurrection confortable.
Ce qui frappe dans ces deux minutes vingt-neuf secondes, c’est la densité visuelle. Une scène montre Baahubali interceptant une bataille sur un char céleste tiré par deux éléphants en plein vol. Une autre dévoile des architectures qui semblent fusionner l’art dravidien avec une esthétique proche de ce que Riot Games avait produit pour Arcane. Ce n’est pas un hasard : le studio français Alcyde, dont plusieurs artistes viennent directement de la production d’Arcane, est au cœur de l’équipe animation.
La coalition de studios qui change la donne
Derrière The Eternal War, il y a une ambition internationale que le cinéma indien n’avait jamais structurée aussi clairement. Arka Media Works, producteur historique de la saga, s’est associé à trois studios spécialisés : Aniventure et Zaratan pour les États-Unis, et Alcyde pour la France. Selon Animation Scotland, l’annonce officielle de ce partenariat a été faite le 4 novembre 2025, le même jour que la diffusion du teaser.
Antoine Charreyron, directeur de l’animation chez Alcyde, a été explicite sur la pression créative : « C’était à la fois excitant et une immense responsabilité d’honorer la grandeur du monde de Baahubali tout en apportant notre propre vision. » Le scénario, lui, est signé Scott Mosier, connu pour The Grinch et sa longue collaboration avec Kevin Smith. Une équipe qui mêle cinéma indien, animation européenne et storytelling hollywoodien : rarement une production d’Asie du Sud n’avait autant misé sur cette hybridation.
Ishan Shukla, le réalisateur qu’il fallait
Le choix du réalisateur n’est pas anodin. Ishan Shukla a signé « The Bandits of Golak » pour Star Wars : Visions saison 2, une courte série d’anthologie animée produite par Lucasfilm et saluée pour son audace visuelle. C’est précisément ce profil, à mi-chemin entre l’univers étendu d’une grande franchise et une sensibilité artistique personnelle, que Rajamouli recherchait. Le résultat visible dans la bande-annonce confirme ce pari : les choix de cadrage, la gestion de la lumière sur les armures, la fluidité des combats aériens témoignent d’une maîtrise qui dépasse le clip promotionnel standard.
Prabhas et Ramya Krishna : les voix qui comptent
Prabhas, star pan-indienne consacrée par la saga originale, reprend la voix d’Amarendra Baahubali. La décision n’était pas automatique : plusieurs de ses films post-Baahubali avaient déçu au box-office. Mais Salaar et Kalki 2898 AD lui ont redonné une aura solide, et sa présence vocale dans ce projet redonne au personnage une continuité émotionnelle irremplaçable. Ramya Krishna, qui incarnait la reine Sivagami avec une intensité mémorable, est également de retour pour prêter sa voix. Ces deux choix envoient un signal clair : il ne s’agit pas d’un spin-off opportuniste, mais d’une extension canonique.
La musique, elle, revient à MM Keeravaani, oscarisé en 2023 pour Naatu Naatu dans RRR. Pour les fans de la saga originale, dont les thèmes musicaux font partie de la mémoire collective, ce retour est presque aussi important que le casting vocal.
Ce que la bande-annonce ne montre pas
La narration reste volontairement lacunaire. On devine des alliances avec des guerriers spectraux, on entrevoit des architectures divines que les films live-action n’avaient fait qu’effleurer à travers le prisme de la mythologie hindoue. Mais le film garde ses antagonistes dans l’ombre. Aucun visage ennemi clairement identifiable, aucune révélation sur la nature précise de la « guerre éternelle » au-delà de l’opposition binaire devas-asuras. C’est une mécanique de teaser bien huilée, mais elle fonctionne : en moins de quarante-huit heures, la bande-annonce avait été visionnée des millions de fois, selon les données IGN publiées en novembre 2025.
Ce choix narratif discret est cohérent avec le contexte de sortie : le teaser avait d’abord été projeté exclusivement en salles lors de la ressortie de Baahubali : The Epic, un montage regroupant les deux films originaux. Des spectateurs ont filmé l’écran avec leur téléphone, et ces vidéos floues ont circulé massivement sur les réseaux sociaux avant la mise en ligne officielle — preuve que l’appétit pour ce retour dépassait largement les canaux de distribution classiques.
L’animation indienne à un tournant
La sortie de ce teaser intervient dans un contexte porteur pour l’animation « pan-indienne ». Plus tôt en 2025, Mahavatar Narsimha d’Ashwin Kumar avait surpris le box-office en démontrant qu’un film d’animation inspiré de la mythologie indienne pouvait séduire un public large. Selon Cartoon Brew, ce succès a directement repositionné les attentes de l’industrie pour The Eternal War, qui entre dans cet espace avec une franchise déjà mondialement connue et un budget à la hauteur de ses ambitions visuelles.
Pour les observateurs du secteur, le vrai test ne sera pas la qualité de l’animation, qui semble indiscutable à l’écran, mais la capacité du film à traverser les frontières linguistiques. La saga Baahubali avait été doublée en hindi, en tamoul, en malayalam et en kannada pour toucher l’ensemble du marché indien. The Eternal War devra probablement penser une stratégie similaire, et peut-être davantage, si Arka Media Works vise une sortie internationale coordonnée en 2027. Pour découvrir l’ensemble de la saga, vous pouvez consulter la saga complète Baahubali sur NR Magazine.
La bande-annonce officielle
Si vous n’avez pas encore vu les deux films originaux, La Légende de Baahubali : 1ère Partie est le point de départ indispensable. Pour les amateurs d’épopées animées à fort ancrage mythologique, la version Director’s Cut de L’Épopée offre une porte d’entrée idéale avant la sortie de The Eternal War. Et pour tout savoir sur Bāhubali : The Eternal War — Part 1, la fiche complète est déjà disponible sur NR Magazine. Enfin, ceux qui veulent comprendre l’écosystème plus large dans lequel s’inscrit ce film trouveront une lecture éclairante dans cet article sur l’impact du cinéma Kollywood.
Ce que 2027 pourrait changer
La vraie question que pose ce teaser n’est pas « le film sera-t-il bon ? » mais « est-ce que l’animation indienne est enfin prête à s’imposer globalement ? ». The Eternal War n’est pas un pari anodin : c’est un projet à deux volets, porté par la franchise la plus rentable de l’histoire du cinéma indien, avec une équipe technique qui a déjà prouvé sa valeur sur des productions acclamées à Cannes et aux Emmy Awards. Si la qualité finale est au niveau de ce que montre la bande-annonce, le film pourrait faire pour l’animation indienne ce que Baahubali avait fait pour le cinéma d’action en langue télougou : transformer durablement les perceptions.
Reste une inconnue de taille : la date de sortie précise. Pour l’instant, 2027 est la seule confirmation disponible. Mais dans l’univers Baahubali, l’attente a toujours été une composante narrative à part entière.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.



