
Il y a des bandes-annonces qui vendent une intrigue, et d’autres qui annoncent une intention. Le teaser de The Mummy version 2026 appartient clairement à la seconde catégorie : quelques images, une texture sonore, un goût de rouille et de poussière… et l’impression que le film veut moins ressusciter une franchise que réveiller une peur primitive, physique, presque sale.
Depuis la grande relance populaire des années 1990, le nom “The Mummy” évoquait surtout le spectacle d’aventure : exotisme de studio, rythme de blockbuster, humour et héroïsme. Même la tentative plus récente de relancer un univers partagé autour des monstres classiques, dans un geste très calibré “grand public”, s’est heurtée à ses propres ambitions. Cette fois, le mouvement est inverse : Blumhouse, associé à New Line Cinema, confie la mise en scène à Lee Cronin et semble revendiquer une trajectoire plus resserrée, plus anxiogène, plus frontalement horrifique.
Le choix de Cronin est tout sauf neutre. Son cinéma s’intéresse souvent à la contamination — des lieux, des corps, des familles — avec une cruauté qui n’a pas besoin de s’expliquer longuement pour être ressentie. On comprend alors pourquoi ce teaser se garde bien de raconter : il installe un climat, il promet une méthode.
Lee Cronin a explicitement annoncé son désir de faire un film radicalement différent des incarnations précédentes de la Momie. Et si l’on se fie à ces premières secondes de matière filmique, la différence ne sera pas cosmétique. Il ne s’agit pas d’ajouter “un peu plus d’horreur” à une mécanique d’action : il s’agit de replacer la peur au centre du dispositif, comme moteur narratif et comme langage.
Ce qui frappe, c’est la manière dont le teaser refuse l’iconographie attendue — le grand temple, la malédiction expliquée, la mythologie empaquetée. À la place, il propose un rapport au corps et à la décomposition : non pas une monstruosité glamour, mais une altération. L’horreur ne vient pas d’un concept, elle vient d’un état.
Le dispositif le plus parlant est aussi le plus simple : une succession de photographies montrant un corps détérioré, comme si l’image cherchait à documenter, presque à archiver, la preuve d’un impossible. Cette stratégie visuelle renvoie à une tradition du cinéma d’horreur où l’image n’est pas seulement spectaculaire : elle devient indice, morceau de réel arraché, trace inquiétante.
La référence implicite à un certain imaginaire des années 1970 n’a rien d’un clin d’œil décoratif. Elle dit quelque chose sur le projet : revenir à une horreur qui n’est pas “fun”, mais désagréable au bon sens du terme, une horreur qui trouble parce qu’elle paraît presque extérieure au cinéma, comme si la fiction s’était accidentellement mélangée à un dossier de police.
Le sound design du teaser est tout aussi révélateur. Au lieu de l’emphase orchestrale habituelle des franchises, on entend une matière industrielle, grinçante, mécanique, qui résonne comme un espace fermé. Le son ne souligne pas l’image : il la contamine. Dans les meilleurs films d’horreur, c’est souvent là que tout commence — non dans ce qu’on voit, mais dans ce que le film nous fait anticiper, physiologiquement.
Ce type de bande-son fabrique une temporalité de l’angoisse : elle installe un rythme interne, un battement qui prépare la scène suivante sans la livrer. Le teaser devient alors un objet en soi, presque une déclaration d’esthétique.
Difficile de ne pas penser à Massacre à la tronçonneuse dans la manière dont ces images s’ordonnent : une entrée en matière qui ressemble à un prologue d’horreur pure, fondé sur le choc des documents, l’impression d’un monde où quelque chose s’est déjà produit, hors champ, avant même que le récit ne démarre.
Mais l’hommage ne s’arrête pas à une ressemblance. Il y a, dans cette référence, une volonté de retrouver un rapport très concret à la peur : pas une peur mythologique, mais une peur de l’espace, de la matière, du bruit, de l’intrusion. Si Cronin s’inspire réellement de cette grammaire, cela implique un cinéma où la mise en scène ne “raconte” pas seulement : elle agresse doucement, elle serre, elle contraint.
Évidemment, le risque d’un tel geste est double : l’hommage peut devenir pastiche, et la rugosité peut se transformer en posture. Tout dépendra de la mise en place narrative, du regard porté sur les personnages, et de la capacité du film à être plus qu’un exercice de style.
L’un des éléments les plus intrigants révélés jusqu’ici tient à la nature même du “monstre”. Cette Momie ne serait ni pharaon, ni princesse, ni figure de souveraineté antique. Le cœur du récit reposerait sur Katie, une enfant disparue qui revient auprès des siens, mais transformée, habitée par une identité monstrueuse.
Ce choix déplace immédiatement le film vers autre chose : une horreur plus intime, où la malédiction n’est pas un prétexte à l’aventure mais une atteinte au noyau familial. Cinématographiquement, c’est une piste fertile : l’horreur fonctionne souvent mieux quand elle touche à l’inacceptable quotidien — reconnaître un visage aimé, et ne plus y croire tout à fait.
Ce que le teaser protège soigneusement, c’est le “pourquoi”. Et c’est là une décision saine : à force d’expliquer trop tôt, beaucoup de reboots étouffent leur propre mystère. Ici, l’opacité devient une promesse de récit, pas une faiblesse marketing.
L’étiquette Blumhouse évoque un certain pragmatisme : des budgets souvent maîtrisés, une confiance relative dans la mise en scène, et une attention à l’efficacité du concept. New Line, de son côté, porte une histoire plus large avec l’horreur, mais aussi avec le cinéma de studio capable de transformer une proposition de genre en événement.
Le point délicat sera l’équilibre : préserver l’âpreté promise par le teaser, tout en portant le film à une échelle “salle” suffisamment ample pour un titre aussi chargé symboliquement que The Mummy. C’est un problème de dosage, donc de cinéma : combien d’ombre, combien de récit, combien d’icône.
Ce teaser est construit sur une logique de rétention. Il ne présente ni héros, ni trajectoire claire, ni cartographie de l’intrigue. À la place, il installe trois certitudes : un corps, un réveil, un son. Avec ça, il fabrique une attente plus adulte : l’attente d’une mise en scène, pas d’un synopsis.
Cette stratégie renvoie à une idée simple : l’horreur peut être un cinéma de la suggestion, mais aussi un cinéma du détail matériel. Une fissure, une texture, une photo trop nette. Le teaser choisit les éléments les plus pauvres en narration et les plus riches en sensation. Sur le papier, c’est cohérent avec Cronin.
Le reboot est un terrain miné : il est attendu par les studios, redouté par une partie du public. Mais il devient intéressant lorsqu’il assume une réinterprétation plutôt qu’une simple remise à neuf. À ce titre, l’approche de The Mummy 2026 semble vouloir faire ce que les relances les plus pertinentes tentent : reprendre un nom connu pour changer le genre réel du film.
On voit le même mouvement d’attente autour d’autres œuvres à venir ou discutées, où le public scrute moins “l’histoire” que la direction artistique et les partis pris : l’annonce autour de l’évolution de The Batman – Partie II et certains choix de casting, la curiosité suscitée par un projet aussi singulier que Megalopolis, ou encore la manière dont une suite potentielle peut se justifier au-delà du réflexe industriel, comme le montre le débat autour de Edge of Tomorrow 2.
Même la sérialisation, avec son autre rythme et ses contraintes propres, accompagne ce besoin de “ton” plus que de simple marque : le retour de certaines sagas en série, évoqué par exemple via la dynamique autour de Percy Jackson, montre à quel point le public est devenu sensible à la cohérence d’univers, de mise en scène, de casting, davantage qu’à l’étiquette seule.
Ce qui rend ce projet excitant — au sens critique, pas publicitaire — c’est l’idée que Cronin puisse traiter The Mummy non comme un musée de références, mais comme une expérience sensorielle. S’il réussit, le film pourrait renouer avec une horreur qui ne cherche pas à être “sympathique”, ni même immédiatement “divertissante”, mais qui travaille un malaise durable.
Ce serait aussi une manière de rappeler que les monstres classiques ne sont pas condamnés au folklore. Ils peuvent redevenir inquiétants dès qu’on les arrache au confort du récit d’aventure, et qu’on les replace dans un dispositif de cinéma : cadre resserré, montage qui refuse la respiration, son qui n’illustre pas mais attaque, et direction d’acteurs tournée vers la sidération plutôt que l’héroïsme.
Un teaser aussi elliptique et aussi “texturé” peut séduire les amateurs d’horreur sèche, mais laisser à distance ceux qui attendent une narration plus expansive. L’invocation d’un classique des années 1970, si elle se confirme, peut également créer une attente exigeante : plus le film revendique une filiation, plus il sera jugé sur son degré de nécessité.
Il y a aussi un danger de surenchère : confondre noirceur et profondeur, grimace et terreur. La réussite se jouera probablement sur un point précis : la capacité à faire exister Katie autrement qu’en concept, à donner un poids émotionnel au retour, à la famille, au soupçon, au déni. Sans cette chair dramatique, l’horreur devient surface.
Le teaser de The Mummy 2026 suggère un film qui veut faire confiance au spectateur : lui laisser combler des vides, ressentir avant de comprendre, et accepter d’avancer sans carte. Reste une question, la plus intéressante : Cronin filmera-t-il la Momie comme une attraction, ou comme une présence — quelque chose qui modifie le monde autour d’elle, cadre après cadre, souffle après souffle ?
En attendant d’ouvrir le sarcophage en salle, la bande-annonce fait au moins une chose rare : elle donne envie d’observer une mise en scène, pas seulement de consommer une histoire. Et c’est déjà beaucoup.
À l’heure où l’imaginaire horrifique circule aussi intensément dans d’autres formes populaires, y compris le jeu vidéo — comme on le voit dans les attentes autour des meilleurs jeux vidéo 2025 — la question n’est peut-être plus “comment faire peur”, mais “comment fabriquer une peur qui ait une texture, une mémoire, une signature”.