
Changer de métier ou booster sa carrière n’a jamais été aussi accessible. Le Congé Individuel de Formation s’efface au profit du CPF de transition, ouvrant la voie à de nouvelles possibilités pour les salariés. Mais derrière ce changement, qui peut vraiment en bénéficier et comment tirer son épingle du jeu ?

Les couloirs d’entreprise en ont vu des salariés hésitants à franchir le pas, rêvant d’un tournant, d’un nouveau diplôme sous le bras. Le Congé Individuel de Formation (CIF) avait cette audace tranquille : permettre de déserter, temporairement, son poste pour une formation choisie. Longtemps, des femmes, des hommes ont profité de ce filet de sécurité. Aujourd’hui, place au CPF de transition pro. L’air a changé, mais la question demeure : comment sortir de la case sans trop de casse ?
L’idée reste simple : le droit de se former, même si l’envie de quitter son métier vient en plein quotidien. Qu’on vise un examen, qu’on veuille apprendre tout autre chose – parfois sans rapport avec le travail actuel. Oui, ça dérange encore quelques employeurs. Pour le salarié du privé, le CPF de transition vient remplacer le vieux CIF, retenant l’essence, mais changé dans les formes et les portes à pousser : il faut au moins 24 mois d’ancienneté (ou 36 pour les toutes petites entreprises), dont 12 dans la boîte actuelle.
Une fois le ticket en poche, la formation peut démarrer. Mais attention, entre deux congés, il faut respecter un délai – six, douze ou jusqu’à soixante-douze mois selon la durée du premier congé. Des délais qui semblaient théoriques pour certains, et deviennent très concrets lorsqu’on rêve d’un rebond rapide.
Le financement, ce sont les Transitions Pro (ex-Fongecif) qui s’en occupent, la plupart du temps. Maintien de salaire, prise en charge des frais pédagogiques, mais pas sans conditions. Il reste toujours le plan B, en passant par l’entreprise. On regarde aussi vers son Compte Personnel de Formation (CPF) – comme si deux dispositifs pouvaient se tenir la main. D’ailleurs, trouver les bons relais régionaux, ce n’est jamais aussi simple que sur le papier (on peut d’ailleurs jeter un œil sur les différentes structures ici).
Ah, le casse-tête administratif… demande écrite, preuves d’ancienneté, anticipation parfois de quatre mois avant la formation. Et puis, ce petit frisson : l’absence de réponse de l’employeur équivaut à un oui automatique. Il y a des fois où le silence est d’or pour les salariés.
Souvent, on croit le CIF ou le CPF de transition réservés à ceux qui veulent changer de vie, passer du bleu de travail à la blouse blanche. Ce n’est pas toujours vrai. Certains cherchent simplement à gravir une marche, valider ce qu’ils savent déjà. Ce que peu de gens voient, c’est que la formation peut aussi se dérouler hors temps de travail. Là, plus besoin de l’aval du patron, mais on n’échappe pas pour autant à la paperasse.
Les salariés en CDD ont, eux aussi, droit à ce tremplin — à condition de justifier de suffisamment de temps de travail. La subtilité : le CIF peut même se déclencher après la fin du contrat. Et si on est devenu demandeur d’emploi, la rémunération bascule, on devient alors simple « stagiaire de la formation professionnelle ». Certains combinent alors astucieusement les heures acquises au CPF, pour combler le budget pédagogique. Un vrai puzzle, parfois, pour ceux qui s’y perdent.
On le sent tout de suite : le danger, ce sont les délais et la volumétrie administrative. Les plus motivés s’épuisent, certains baissent les bras en chemin. Autre piège : croire que tout sera payé ou accepté d’emblée. Refus, délais de franchise à rallonge, reports au nom de la « marche de l’entreprise », même après un parcours du combattant réussi. Ce qui est étrange, c’est ce mélange d’espérance et de désillusion, palpable dans beaucoup de récits de candidats.
On parle trop souvent du CPF de transition ou du CIF comme d’un droit lisse et accessible. Mais en réalité… franchir le pas, c’est du courage ; le processus, lui, tient parfois d’un compromis. Les aides peuvent soutenir, mais rien n’est donné. Il faut oser, se cogner à des refus ou à des délais, parfois renoncer ou rebondir autrement (notamment après un licenciement).
Ce que la transition du CIF vers le CPF de transition met en lumière, c’est ce fil tendu entre désir personnel et logique financière, entre rêve pro et rouages institutionnels. Rares sont ceux pour qui « tout roule » : il faut s’accrocher, multiplier les démarches, parfois jouer serré avec les dates. Une fois sur deux, la question tourne toujours autour de ce vieux dilemme : peut-on vraiment changer de cap si le système complique chaque pas ?
Au fond, ce dispositif n’est ni miracle ni calvaire — juste une passerelle fragile. Ce qui reste, longtemps après le dossier transmis, ce sont les regards de ceux qui ont osé s’absenter pour mieux revenir, ou repartir ailleurs.
Forte d’une expérience de plus de 20 ans en journalisme citoyen, je m’engage à explorer et à transmettre les enjeux liés à l’emploi et à l’économie avec rigueur et passion, pour informer et mobiliser les citoyens.