Years Later 3 Doit Absolument Faire Revivre Un Personnage – Leur Histoire Est Loin D’être Terminée

Il y a des franchises qui survivent en empilant les variations sur un même cauchemar. Et puis il y a celles qui, à un moment précis, déplacent le centre de gravité de leur mythologie. Avec “28 Years Later: The Bone Temple”, la saga née de l’élan viscéral de Danny Boyle a fait exactement cela : elle n’a pas seulement relancé l’infection, elle a déplacé la question. On ne regarde plus uniquement des survivants fuir; on observe, pour la première fois avec une forme de précision troublante, la possibilité d’un retour. C’est pourquoi Years Later 3 ne peut pas se permettre d’abandonner Samson. Pas comme un souvenir, pas comme une note de bas de page : comme un personnage vivant, actif, problématique, indispensable.

Attention : l’analyse ci-dessous évoque des éléments importants de “The Bone Temple”. Si vous souhaitez tout découvrir intact, mieux vaut y revenir après la séance.

Le contexte : quand la saga cesse d’être un simple récit d’infection

Depuis “28 Days Later” (2002), l’univers “28” s’est construit sur une peur très britannique : l’île comme laboratoire de fin du monde, le tissu social qui se déchire plus vite que les corps, et, au fond, une idée simple et glaçante — la rage est contagieuse. Avec le temps, cette prémisse a engendré un langage cinématographique reconnaissable : urgence, nerfs à vif, violence sèche, et une morale jamais confortable.

Nia DaCosta, en prenant les commandes de “The Bone Temple”, ne se contente pas de prolonger l’apocalypse. Elle la replie sur elle-même, la rend plus intime, presque clinique par moments. Là où l’infection était une fatalité mécanique, le film introduit une hypothèse qui change tout : et si la “Rage” n’était pas seulement un état irréversible, mais un symptôme susceptible d’être modulé, déplacé, voire effacé ? Cette bascule, c’est Samson qui la porte — et c’est précisément ce qui rend sa disparition impensable dans le troisième volet.

Pourquoi Samson est désormais le cœur secret de la trilogie

Samson n’est pas un simple “alpha” spectaculaire destiné à offrir quelques scènes de tension. Il est une anomalie narrative : un personnage qui oblige la saga à se redéfinir. Jusque-là, l’infecté était surtout une figure : la masse, la menace, l’énergie de chaos. Avec Samson, l’infecté redevient un individu, et donc une question morale. Le film laisse filtrer des fragments de son passé, des éclats de mémoire qui ne sont pas là pour attendrir, mais pour perturber notre confort de spectateur : on ne peut plus réduire “l’autre” à une mécanique de chasse.

Ce qui se joue, c’est une transformation de genre. Le récit d’horreur post-apocalyptique s’ouvre à une veine plus ambiguë, presque métaphysique : qu’est-ce qui reste d’un homme après des années de rage ? La saga, qui a toujours travaillé la contamination comme miroir des pulsions collectives, se met soudain à travailler la contamination comme une forme de possession dont on pourrait revenir. Sur ce point, on peut utilement penser à la manière dont certaines fictions contemporaines relisent notre besoin de mythes et de survivances, et l’on pourra prolonger cette idée en parallèle avec des réflexions culturelles comme celles abordées ici : https://www.nrmagazine.com/supernatural-heritage-culture/.

L’axe Kelson/Samson : de la survie à l’expérience

Le duo que forme Dr. Kelson avec Samson est probablement l’idée la plus risquée — et la plus fertile — de “The Bone Temple”. Le film ose un rapport presque paradoxal entre science et abandon, contrôle et dérive. Les séquences où s’installe une relation singulière, médiée par la morphine et des expériences aux limites de l’éthique, déplacent le récit hors du simple survival. On n’est plus seulement dans “comment tenir”, mais dans “que cherche-t-on à comprendre”.

En termes de mise en scène, ces moments ont une fonction très précise : ralentir. Dans une franchise connue pour sa vitesse, le ralentissement devient un outil de vertige. Le montage suggère des zones grises, des sensations, une conscience qui réapparaît par flashes. C’est là que Samson cesse d’être un “monstre”, et devient une surface de projection — pour Kelson, pour les autres survivants, et pour nous. Et quand le film affirme qu’un traitement a pu le ramener, même partiellement, il fait naître une question qui dépasse l’intrigue : si l’on peut “guérir”, alors toute la logique dramatique du monde “28” doit se réécrire.

La mort de Kelson ne doit pas enterrer son découvert — au contraire

Un choix scénaristique majeur vient compliquer ce nouvel horizon : Kelson, porteur de la méthode, disparaît au terme d’un climax chaotique, pris dans la violence humaine plus encore que dans la violence virale. Ce n’est pas un hasard si la saga insiste, encore et encore, sur l’idée que l’humanité se sabote elle-même. Mais narrativement, cette disparition crée une tension formidable : la preuve existe (Samson), le protocole n’est plus incarné (Kelson). Il reste des notes, des traces, des hypothèses — mais le cinéma, lui, fonctionne sur des corps et des regards.

C’est exactement pour cela que Samson doit revenir. Sans Kelson, Samson devient le seul “laboratoire” vivant, la seule mémoire physiologique du passage de l’état infecté à une forme de retour. Un personnage comme lui n’est pas un bonus : c’est une pièce structurelle. L’abandonner reviendrait à promettre une révolution mythologique pour, finalement, revenir à un schéma plus classique de poursuite et d’abri temporaire.

Le retour de Jim : un aimant scénaristique… qui ne doit pas tout absorber

Le film prépare aussi le terrain d’une manière très lisible : le retour de Jim (incarné par Cillian Murphy) à la toute fin, avec l’idée d’un nouvel axe familial et d’un refuge. C’est une carte puissante, presque émotionnelle, parce qu’elle reconnecte la saga à son visage originel. Mais ce retour comporte un risque : celui de recentrer toute la trilogie sur la nostalgie d’un protagoniste emblématique, au détriment de l’invention récente.

La voie la plus stimulante, pour Years Later 3, serait au contraire de faire coexister ces deux forces : Jim comme mémoire du premier choc, Samson comme preuve d’un futur possible. Le film gagnerait à les mettre en friction plutôt qu’à choisir. Entre les deux, il y a matière à cinéma : confrontations de méthodes, conflits moraux, divergences de survie. Et surtout, une question qui a toujours traversé la saga : qu’est-ce qu’on reconstruit, exactement, quand on “survit” ?

Ce que Samson apporte à la mise en scène : un monstre qui redevient personnage

D’un point de vue strictement cinématographique, Samson est un cadeau rare dans une franchise d’infectés : il autorise la nuance de jeu. Là où beaucoup de récits zombifiques réduisent le corps à une chorégraphie de menace, ici la performance peut basculer vers l’ambigu, le vacillant, le presque-humain. C’est un terrain où le cadre, la distance caméra, la gestion du hors-champ deviennent décisifs : filmer un infecté “guéri” n’est pas filmer un survivant. On guette des micro-signaux, un reste de violence, une mémoire musculaire de la rage.

Si Years Later 3 est intelligent, il exploitera Samson comme un outil de langage : montrer ce qui persiste, ce qui se réactive, ce qui résiste au retour à la normalité. Cela fait écho à une angoisse très contemporaine, proche de celle que certaines dystopies technologiques mettent en scène : quand l’humain revient, revient-il vraiment “comme avant” ? Sur ce terrain, une lecture en regard de récits plus froids et conceptuels peut éclairer la nuance, par exemple ici : https://www.nrmagazine.com/black-mirror-saison-7-analyse/.

Les fils narratifs laissés en suspens : l’erreur serait de les traiter comme des “à-côtés”

Un scénario n’est pas seulement ce qu’il résout; c’est aussi ce qu’il choisit de laisser ouvert. Or “The Bone Temple” laisse derrière lui des questions trop précises pour être décoratives. D’abord, la réplication du traitement : les notes de Kelson suffiront-elles ? Était-ce une réussite reproductible ou un alignement de circonstances ? Ensuite, la singularité de Samson : est-ce une spécificité d’“alpha”, ou la preuve que l’infection cache une plasticité plus large ? La saga, jusqu’ici, parlait surtout de confinement et de perte. Elle peut désormais parler de transmission de savoir — et donc de pouvoir.

Il y a aussi un motif dérangeant, à la frontière du body horror et de la fable : l’idée d’un bébé non infecté, lié à Samson, qui plane comme une question éthique et symbolique. Ce n’est pas un détail sensationnaliste : c’est une bombe thématique. Un monde où l’infection a redessiné les frontières du vivant ne peut pas ignorer les conséquences biologiques et sociales de ces unions impossibles. Si le troisième film écarte cet élément, il perd une chance d’interroger la reconstruction autrement que par les armes et les murs.

La perspective “UK isolé” : Samson comme passeport (ou comme mensonge)

Un autre point structurel pèse sur la trilogie : l’isolement presque total du Royaume-Uni, coupé du reste. Dans ce cadre, la guérison potentielle n’est pas seulement un espoir thérapeutique; c’est un enjeu géopolitique. Samson pourrait devenir un passeport vers une issue, un argument pour rouvrir le monde, ou au contraire la raison d’un contrôle encore plus brutal (qui détient le remède détient la domination).

Le cinéma post-apocalyptique est rarement “heureux” sans trahir quelque chose de son pessimisme fondateur. Mais il peut être ouvert autrement : pas un happy end, plutôt un déplacement de la fatalité. Samson permet ce déplacement. Sans lui, l’univers “28” risque de retomber dans une boucle : survivre, perdre un refuge, recommencer. Avec lui, le récit peut admettre la possibilité d’une sortie — même fragile, même contestée.

Une mise en perspective : la franchise “28” face à l’héritage des séries longues

Ce qui se joue ici ressemble à un problème classique des narrations au long cours : quand une saga introduit une idée neuve, elle doit avoir le courage de la suivre, quitte à bousculer ses icônes. Les franchises qui durent sont celles qui acceptent de se reconfigurer, pas celles qui préservent un musée. On le voit aussi dans la manière dont des univers populaires reviennent périodiquement à leurs origines pour mieux se relancer, une logique que l’on peut observer à travers différents retours de franchises et leurs stratégies de continuité : https://www.nrmagazine.com/power-rangers-retour-franchise/.

Et si l’on élargit encore, il y a la question de la mémoire du spectateur : que garde-t-on d’une saga ? Un ton, une peur, un visage, ou un basculement conceptuel ? Les années 80-90 ont souvent forgé notre rapport aux “personnages-emblèmes”, mais elles ont aussi montré les limites du recyclage pur. Sur ce point, des rappels de culture sérielle peuvent nourrir la réflexion : https://www.nrmagazine.com/series-emblematiques-80-90/.

Lecture critique : ce que “The Bone Temple” réussit… et ce qu’il rend délicat pour le troisième film

Ce que “The Bone Temple” réussit, c’est d’introduire une dimension quasi expérimentale sans perdre complètement la brutalité attendue. Il conserve une violence sèche, et rappelle que la menace la plus stable, dans cet univers, reste l’organisation humaine de la violence (gangs, factions, chefs improvisés). Mais le film prend aussi un risque : celui de proposer beaucoup d’idées fortes, parfois au bord de la dispersion, avec deux trajectoires qui finissent par converger.

Le troisième film devra donc trier, hiérarchiser, sans assécher. Et c’est là que Samson devient un repère précieux : il peut faire lien entre le brut (la survie, la menace) et l’abstrait (la guérison, l’éthique, la mémoire). L’erreur, ce serait de considérer Samson comme un arc “terminé” simplement parce qu’il a franchi un seuil physiologique. Au cinéma, un arc n’est pas terminé quand un personnage change; il est terminé quand le film a exploré les conséquences de ce changement.

Pourquoi Years Later 3 a besoin de Samson, même s’il divise

Samson divise parce qu’il met le spectateur face à une contradiction : on a appris à voir l’infecté comme un danger sans visage, et voilà qu’on nous demande de reconsidérer. Mais cette division est une force dramatique. Elle ouvre des conflits internes (peur, répulsion, compassion), des conflits de groupe (faut-il l’abattre, l’étudier, le protéger ?), et elle donne au film une tension moins mécanique que la simple course-poursuite.

On pourrait même soutenir que Samson est le test de maturité de la trilogie : si elle ose le garder au centre, “28” devient plus qu’un univers d’infection; il devient un récit sur ce que la société fait de ses “revenants”. Comme certains westerns contemporains qui reviennent à leurs figures pour mieux questionner la légende et la violence, la trilogie a l’occasion de transformer son mythe en interrogation. Une lecture parallèle peut se faire, d’ailleurs, avec l’idée de retour et de recomposition des genres : https://www.nrmagazine.com/horizon-2-retour-western-costner/.

Fin ouverte : le choix moral qui attend la saga

Si Years Later 3 veut être autre chose qu’un troisième mouvement attendu, il devra répondre à une question simple, mais vertigineuse : que fait-on d’un homme qui a été l’ennemi absolu, et qui redevient un homme ? Samson n’est pas seulement un personnage à “faire revenir”; il est une énigme à filmer. Et dans une saga bâtie sur la rage, l’idée même de rédemption — ou de retour partiel, instable, inquiétant — est peut-être la proposition la plus dangereuse, et la plus cinématographique, qu’elle ait formulée jusqu’ici.

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