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    Nrmagazine » The Hunger Games : Haymitch passe enfin au premier plan
    Blog Entertainment 5 juillet 20266 Minutes de Lecture

    The Hunger Games : Haymitch passe enfin au premier plan

    Un premier aperçu de Sunrise on the Reaping rappelle que Panem adore recycler ses traumatismes avec panache
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    Panem a trouvé sa nouvelle poule aux œufs d’or, et cette fois elle s’appelle Haymitch Abernathy. Avec The Hunger Games: Sunrise on the Reaping, la franchise de Lionsgate revient fouiller dans ses propres cicatrices pour transformer un survivant en mythe de studio.

    Le calendrier fait bien les choses, ou plutôt le marketing fait semblant d’être poétique : une featurette « Meet Haymitch » a servi de première mise en bouche au projet, au moment même où la saga célèbre son Reaping Day. Difficile de faire plus limpide dans l’art du timing industriel. Depuis 2012, The Hunger Games a rapporté plus de 3,3 milliards de dollars au box office mondial avec quatre films, avant de revenir en 2023 avec The Ballad of Songbirds & Snakes, qui a encore dépassé les 300 millions de dollars. Autant dire que Lionsgate ne s’amuse pas à bricoler un petit spin-off pour la forme : on parle d’un univers étendu pensé comme une machine à fantasmes, avec ses héros brisés, ses tyrans en bottes et ses adolescents qu’on envoie au casse-pipe pour le prix d’un ticket. Panem ne raconte pas seulement une histoire, elle monétise le traumatisme en série.

    Dans cette nouvelle itération, Joseph Zada hérite du rôle d’Haymitch Abernathy, personnage déjà immortalisé par Woody Harrelson dans la première tétralogie. Et là, on touche à quelque chose de plus malin qu’un simple passage de flambeau : Haymitch n’est pas un second couteau qu’on ressort du tiroir, c’est le cœur noir de la saga, son alcoolique magnifique, son stratège cabossé, son témoin gênant. Le film remonte à ses origines, à sa victoire lors des 50e Hunger Games, donc au fameux Second Quarter Quell, cette édition encore plus sadique que la norme, parce que dans Panem on adore surenchérir quand il s’agit de faire souffrir les gens. Le préquel n’est pas un bonus : c’est le péché originel de la franchise remis en vitrine.

    Haymitch, ou l’art de survivre en boitant

    Ce qui rend ce projet plus intéressant qu’un simple produit dérivé, c’est la nature même du personnage. Haymitch, dans la saga initiale, fonctionne comme une version dégradée du mentor hollywoodien classique : il a l’âme d’un survivant, la gueule d’un type qui a trop vu, et la lucidité d’un homme qui sait que le système ne se réforme pas avec de beaux discours. Le faire revenir jeune, au moment où il gagne les Jeux, c’est donc déplacer le regard. On ne regarde plus seulement un guide cynique ; on observe la fabrication d’un cynisme. Et ça, pour une franchise qui a toujours eu un petit goût de dystopie commerciale, c’est plutôt bien trouvé.

    Le choix de Joseph Zada n’est pas anodin non plus. La série a toujours fonctionné sur des têtes d’affiche capables d’incarner une tension entre fragilité et dureté, de Jennifer Lawrence à Josh Hutcherson, en passant par Woody Harrelson, qui avait déjà fait de Haymitch un demi-dieu fatigué, mi-fossoyeur mi-professeur. Ici, le casting doit tenir un exercice périlleux : faire exister un personnage dont on connaît déjà l’ombre portée. Pas simple. Mais c’est précisément là que la saga peut encore mordre un peu. Quand on connaît la fin, il faut du cran pour rendre l’origine désirable.

    Affiche de Hunger Games: Lever de soleil sur la moisson
    Affiche de Hunger Games: Lever de soleil sur la moisson

    La franchise qui ne veut jamais mourir

    Depuis le départ, The Hunger Games a compris une chose que d’autres franchises ont appris trop tard : le public ne revient pas seulement pour le spectacle, il revient pour la mythologie. Suzanne Collins a bâti un matériau qui mélange satire politique, violence ritualisée et mélodrame adolescent, soit le cocktail idéal pour une adaptation qui peut durer plus longtemps que ses personnages. Lionsgate l’a compris dès le premier film, sorti en 2012 et réalisé par Gary Ross, puis confirmé avec Francis Lawrence, devenu le fer de lance visuel de la saga. Chaque nouveau chapitre a prolongé la logique du monde plutôt que de la refermer. Résultat : on ne parle plus d’une série de films, mais d’un écosystème narratif où chaque préquel peut prétendre être indispensable (même quand il sent un peu la rente, soyons honnêtes).

    Le retour à Haymitch s’inscrit dans cette stratégie très hollywoodienne de la table rase apparente : on prétend ouvrir un nouveau chapitre, mais on capitalise surtout sur ce que le public connaît déjà. Sauf qu’ici, le matériau de départ s’y prête mieux que dans bien des franchises rincées jusqu’à la moelle. Parce que The Hunger Games n’est pas seulement une saga de survie ; c’est une histoire sur la manière dont le spectacle fabrique ses martyrs, ses icônes et ses épaves. Haymitch, en ce sens, est le candidat parfait pour un long métrage centré sur la gueule de bois du vainqueur. Le vrai sujet n’est pas de gagner les Jeux, mais de vivre après.

    Panem, ce vieux monstre qui sait encore vendre

    À l’échelle de l’industrie, le projet dit aussi autre chose : les studios n’ont pas renoncé aux franchises, ils ont juste appris à les faire respirer par le passé. Quand le présent fatigue, on remonte la chronologie. Quand la suite s’essouffle, on fabrique un préquel. Quand le box office réclame un nom connu, on ressort une figure secondaire assez forte pour porter un film entier. C’est du recyclage, oui, mais du recyclage premium, avec budget de production, post-production de luxe et campagne marketing calibrée pour faire croire à l’événement. Le vieux truc hollywoodien, en somme : on repeint la cage et on appelle ça une renaissance.

    Reste que Sunrise on the Reaping a un avantage sur beaucoup de produits du même acabit : son centre émotionnel est déjà là. Haymitch n’est pas un concept, c’est une plaie. Et si le film sait garder cette blessure au premier plan, sans la noyer sous les effets de manche ou les clins d’œil pour fans en transe, il peut éviter le piège du simple service après-vente. On verra bien si Panem sait encore mordre ou si elle se contente de ronronner devant sa propre légende. Dans cette saga, la vraie question n’a jamais été qui survit, mais qui accepte de regarder le carnage en face.

    Et ça, entre nous, c’est plus intéressant qu’un énième retour de flamme en costume impeccable.

    Bande-annonce VF de Hunger Games: Lever de soleil sur la moisson

    nrmagazine
    Vincent Bazire

    Journaliste citoyen depuis plus de 20 ans, passionné de cinéma et réalisateur de courts-métrages sur mon temps libre.

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