Sang et Os : ce qui s’est passé dans ce final
Pour les quelques retardataires : Blood and Bone, le titre du dernier épisode, tient toutes ses promesses de carnage organisé. Homelander, après s’être injecté du V1 pour atteindre une quasi-immortalité, se retrouve neutralisé dans le Bureau Ovale par Kimiko, transformée par les expériences de Frenchie en arme anti-super capable de dépouiller n’importe quel Supe de ses pouvoirs. Ryan, son propre fils, le maintient au sol pendant l’opération. Ce qui suit est une scène d’une violence presque cathartique : un Homelander ordinaire, mortel, en larmes, suppliant pour sa vie, avant que Butcher ne lui fracasse le crâne avec un pied-de-biche, en direct devant les caméras. La promesse faite à Becca, des années plus tôt, est tenue.
Sauf que le final ne s’arrête pas là. La mort d’Homelander n’arrive qu’à mi-épisode, et c’est probablement le choix narratif le plus audacieux de la série entière. La seconde moitié appartient à Butcher, convaincu que tant que des super-humains existeront, un autre Homelander finira toujours par émerger. Il vole le virus tueur de Supes et se dirige vers la tour Vought pour déclencher un génocide mondial. Hughie le suit. Ils se battent. Hughie tire. Butcher meurt, mais il avait déjà choisi de s’arrêter. Frenchie est mort plus tôt dans la saison, ses expériences sur Kimiko ayant rendu possible la chute d’Homelander. La Mer Profonde finit englouti par les créatures marines qu’il a passé des années à exploiter (une pieuvre, un tentacule dans le crâne, la symétrie poétique est parfaite). Stan Edgar revient à la tête de Vought dans les dernières minutes, sourire corporate impeccable, promettant une meilleure supervision. Le monstre est mort. La machine, elle, tourne encore.

La tour Vought dans toute sa splendeur capitaliste : le vrai antagoniste de la série depuis le début, et visiblement le seul à survivre.
Kripke Revendique
Dans une longue interview accordée au Hollywood Reporter publiée le jour même du final, Eric Kripke a été d’une franchise désarmante sur ses choix les plus controversés. Sur la mort de Butcher, et surtout sur le fait que Hughie soit celui qui appuie sur la gâchette, il ne s’est pas réfugié derrière le « c’est ce que le personnage méritait » habituel des showrunners en mode attaché de presse. « C’est ma décision, je la revendique », a-t-il dit. Point. Pas d’excuses, pas de justification à rallonge. Une phrase. On respecte.
La décision de tuer Homelander à mi-épisode, et non dans un climax final, est celle qui a le plus divisé le public en ligne depuis mercredi soir. Kripke avait anticipé la réaction : le vrai sujet de la série n’a jamais été Homelander, c’était le système qui l’a produit. Le tuer en milieu d’épisode, c’est précisément démontrer que sa disparition ne change rien. Stan Edgar qui reprend son bureau dans les dernières minutes n’est pas une pirouette scénaristique. C’est la thèse entière de The Boys rendue visible en trente secondes.

Le Poids de la Couronne (de Barbelés)
Kripke a toujours été transparent sur l’ADN de sa série : The Boys, c’est Karl Urban contre Kripke, deux planètes en collision. Plus précisément, Butcher contre Homelander. Mais ce que le final révèle, c’est que la vraie tragédie n’est pas celle du méchant : c’est celle de l’homme qui a consacré sa vie entière à le détruire et qui, au moment de la victoire, n’a plus rien à quoi se raccrocher. L’arc de Butcher dans cette saison 5 colle d’assez près à celui des comics originaux de Garth Ennis, où Billy, convaincu que tous les Supes doivent mourir, finit par éliminer ses propres équipiers avant qu’Hughie n’ait d’autre choix que de l’abattre. La série adoucit légèrement la chose (Butcher choisit de s’arrêter, Hughie ne le sait pas au moment du tir), mais le fond reste le même. La vengeance totale et la justice ne peuvent pas cohabiter dans le même corps humain.
Antony Starr avait prévenu dès avril que son Homelander de saison 5 atteignait un niveau d’instabilité encore inédit. Il ne mentait pas. La scène dans le Bureau Ovale, où le demi-dieu se retrouve ordinaire, nu psychologiquement, pleurant comme un enfant, est probablement la meilleure de sa carrière. Un acteur qui aura passé sept ans à jouer le personnage le plus détestable de la télévision sans jamais une seule fois tomber dans la facilité de la caricature. Chapeau bas. Vraiment.
Antony Starr dans le Bureau Ovale : sept ans pour arriver là, et ça valait chaque seconde d’attente.
La Machine Survit au Monstre (comme toujours)
Le retour de Stan Edgar dans les dernières minutes est le running gag le plus noir de l’histoire de la série. Giancarlo Esposito, dont le talent pour incarner des hommes de pouvoir propres sur eux n’est plus à démontrer depuis Breaking Bad, reprend sa place derrière le bureau comme si rien ne s’était passé, promettant une meilleure supervision de Vought. On a un peu ri. On a surtout eu froid dans le dos. Parce que c’est exactement ce qui se passe dans la vraie vie : les Homelander du monde réel tombent, et les Stan Edgar, eux, continuent. C’est le vrai coup de poing du final : pas la mort d’un super-humain, mais la survie d’un costume trois pièces.
Le saut dans le temps qui clôt l’épisode confirme que la vie continue, imparfaitement. Starlight est enceinte, elle travaille dans un magasin de tech avec Hughie et fait encore du super-héroïsme en indépendant. Hughie se voit proposer un poste gouvernemental pour surveiller Vought. Le monde tourne. Personne n’est sauvé. Personne n’est damné. C’est exactement ça, The Boys : une série qui refuse les fins heureuses propres parce qu’elle sait que le monde réel n’en offre pas.
À lire aussi : The Boys : notre critique complète de la série, du pilote au finale

Et Maintenant, Vought en Préquelle (et tout le reste)
La fin de The Boys ne signifie pas la mort de l’univers : Amazon n’allait quand même pas laisser cette poule aux œufs d’or se faire dépouiller sans prolonger l’expérience. Vought Rising, la préquelle centrée sur Soldier Boy (Jensen Ackles, qui avait déjà cramé la baraque en saison 3), est en tournage. Jared Padalecki, retrouvailles Supernatural entre potes, est également de la partie. Kripke avait formulé ça avec sa lucidité habituelle dans Deadline : « L’histoire de The Boys, c’est Butcher et Homelander. Ce récit-là ne peut pas durer éternellement. Mais l’univers, lui, peut continuer. » Difficile de lui donner tort.
Quant à Gen V, le spin-off universitaire dont la saison 2, diffusée à l’automne 2025, avait reçu un accueil mitigé après avoir dû être entièrement réécrite suite à la mort tragique de Chance Perdomo en mars 2024, son destin reste suspendu dans le vide. Kripke dit avoir un plan pour une saison 3. Amazon dit… rien du tout. Pour en savoir plus sur l’état de l’univers Prime Video à la croisée des chemins, on vous renvoie vers notre dossier complet publié en février.
En attendant, sept ans de série se referment sur une pirouette austère et cohérente. Pas de triomphe, pas de catharsis propre, pas de monde sauvé. Juste Karl Urban qui tient Butcher en train de mourir, et Giancarlo Esposito qui signe des papiers trois étages plus haut. Kripke aura eu le courage rare de finir sa série comme elle avait commencé : sans illusions.
The Boys, saison 5, épisode 8 « Blood and Bone », disponible sur Prime Video depuis le 20 mai 2026. Créée par Eric Kripke, d’après les comics de Garth Ennis et Darick Robertson. Avec Karl Urban, Antony Starr, Jack Quaid, Erin Moriarty, Tomer Capon, Karen Fukuhara, Laz Alonso, Chace Crawford, Jensen Ackles.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.



