Zanzibar vous promet des plages blanches à perte de vue, des eaux turquoise où flottent les boutres traditionnels, et cette atmosphère enivrante d’épices et d’histoire swahilie. Mais entre le fantasme de la carte postale et la réalité du terrain, il existe un fossé que peu de voyageurs anticipent. Parce qu’un séjour à Zanzibar, ce n’est pas qu’une simple escapade tropicale : c’est une immersion dans un archipel en pleine mutation, où le tourisme explose, où les prix fluctuent violemment selon les saisons, et où chaque choix peut transformer votre expérience en paradis ou en déception coûteuse.
L’essentiel à retenir pour votre séjour
- Période optimale : Juin à octobre pour un climat idéal et des tarifs modérés
- Budget moyen : 1 200 à 2 500 € par personne pour une semaine (vol + hébergement + activités)
- Visa obligatoire : e-Visa à 50 USD, à obtenir avant le départ depuis janvier 2025
- Record touristique : Plus de 917 000 visiteurs en 2025, soit une hausse de 25 % par rapport à 2024
- Durée recommandée : 7 à 10 jours minimum pour profiter sans précipitation
Le boom touristique qui change tout

Zanzibar vit actuellement une explosion sans précédent. L’archipel a accueilli 917 167 touristes internationaux en 2025, pulvérisant le record de 2024 qui affichait déjà 736 755 visiteurs. Cette croissance de près de 25 % révèle une destination qui attire désormais bien au-delà des cercles d’initiés. Rien qu’en janvier 2026, plus de 100 000 voyageurs ont débarqué sur les plages d’Unguja, la principale île de l’archipel.
Ce succès fulgurant transforme profondément l’expérience sur place. Les plages autrefois désertes de Nungwi et Kendwa sont aujourd’hui colonisées par des resorts haut de gamme, des bars branchés et une animation digne d’Ibiza. Stone Town, le cœur historique classé à l’UNESCO, croule sous les tours organisés et les boutiques à touristes. L’authenticité se négocie désormais, et il faut savoir sortir des sentiers battus pour la retrouver.
Budget réel : arrêtez de croire aux miracles

Parlons argent, parce que c’est souvent là que les illusions s’effondrent. Un séjour à Zanzibar n’est plus la destination bon marché que certains blogs vieillissants continuent de vendre. Les prix ont grimpé avec l’affluence, et les variations saisonnières sont brutales.
Combien coûte vraiment une semaine ?
| Poste de dépense | Budget économique | Budget confort | Budget luxe |
|---|---|---|---|
| Vol aller-retour (depuis Paris) | 450 – 650 € | 650 – 900 € | 900 – 1 500 € |
| Hébergement (7 nuits) | 350 – 490 € | 1 400 – 2 100 € | 7 000 € et + |
| Restauration (par jour) | 15 – 25 € | 30 – 50 € | 80 – 150 € |
| Activités (plongée, excursions, spice tour) | 100 – 200 € | 300 – 500 € | 800 € et + |
| Transport local | 50 – 80 € | 100 – 150 € | 200 – 300 € |
Pour un hôtel 3 ou 4 étoiles avec piscine et confort moderne, comptez entre 40 et 90 € par nuit. Les établissements 5 étoiles démarrent à 150 € et peuvent dépasser les 1 000 € pour des adresses ultra-luxueuses comme le Zanzibar White Sand Luxury Villas & Spa. Si votre budget est serré, orientez-vous vers un Airbnb à Stone Town ou dans l’est de l’île, où les locations débutent à 50 € par nuit pour deux personnes.
Quand partir pour payer moins cher
La mi-saison reste le moment idéal pour conjuguer météo agréable et tarifs raisonnables. Juin, juillet et novembre offrent un compromis parfait : moins de monde, des températures supportables, et des prix d’hébergement réduits de 30 à 40 % par rapport à la haute saison. Évitez à tout prix les périodes de Noël et Nouvel An, où les tarifs explosent littéralement.
Les mois d’avril et mai correspondent à la saison des pluies. Les averses peuvent être violentes, mais courtes. Certains voyageurs apprécient cette période pour sa tranquillité et ses prix cassés, à condition d’accepter quelques journées grises.
Le parcours du combattant administratif

Fini le temps où vous pouviez obtenir votre visa directement à l’aéroport sans tracas. Depuis janvier 2025, la Tanzanie impose un système d’e-Visa obligatoire pour tous les visiteurs. Concrètement, vous devez remplir une demande en ligne sur le site officiel des services d’immigration tanzaniens, télécharger vos documents (passeport valide 6 mois après la date de retour, photo d’identité, preuve d’hébergement, billets retour), et payer 50 USD.
Le délai de traitement varie de quelques jours à deux semaines selon la période. Ne vous y prenez pas au dernier moment : une demande refusée ou retardée peut ruiner vos projets. Zanzibar a également introduit une taxe d’assurance pour les voyageurs, s’ajoutant aux frais de visa.
Stone Town : entre magie et saturation

Le cœur historique de Zanzibar mérite votre attention, mais préparez-vous à naviguer dans un labyrinthe architectural submergé par les flux touristiques. Stone Town vous plonge dans un dédale de ruelles étroites bordées de maisons en corail, de portes sculptées et de balcons arabes. Le Palais des Merveilles, le Vieux Fort arabe, la cathédrale Saint-Joseph : chaque monument raconte une strate de l’histoire swahilie, marquée par les dominations omanaise, portugaise et britannique.
Le marché de Darajani, visité à l’aube, vibre d’effluves d’épices, de poissons frais et de fruits tropicaux. Les vendeurs interpellent les passants avec une énergie communicative. Mais dès 9 heures du matin, les groupes de touristes envahissent les lieux et la magie s’évapore sous le poids des selfies et des transactions commerciales.
Le spice tour : cliché ou incontournable ?
La visite des plantations d’épices reste un classique du séjour à Zanzibar. Vous découvrez les girofliers, les plants de cannelle, de muscade et de vanille dans leur environnement naturel. Les guides locaux partagent anecdotes et usages traditionnels avec passion. Certains tours incluent la préparation d’un repas swahili, moment convivial et authentique.
Attention toutefois aux circuits industrialisés où vous vous retrouvez à 40 personnes dans un bus climatisé. Privilégiez les petites structures locales qui proposent des visites intimistes et rémunèrent correctement les agriculteurs.
Les plages : paradis ou piège à touristes ?

Zanzibar possède des kilomètres de littoral sublime, mais toutes les plages ne se valent pas. Nungwi, au nord de l’île, incarne le paradoxe zanzibarite : des eaux cristallines parmi les plus belles d’Afrique, des récifs coralliens exceptionnels, mais aussi une concentration de bars, de restaurants et de resorts qui transforment le village de pêcheurs en station balnéaire survoltée. L’ambiance y est festive, parfois bruyante, idéale pour ceux qui cherchent animation et vie nocturne.
Kendwa, juste à côté, offre un profil similaire avec une plage plus large et des couchers de soleil spectaculaires. Paje, sur la côte est, attire les amateurs de kitesurf grâce à ses vents constants. L’atmosphère y est plus décontractée, moins bling-bling que dans le nord.
Pour échapper aux foules, cap vers Makunduchi au sud, plage sauvage et déserte où le tourisme de masse n’a pas encore posé ses valises. Ou tentez l’expérience de Pingwe, célèbre pour son Rock Bar perché sur un rocher au milieu de l’océan, accessible uniquement à pied à marée basse ou en boutre le reste du temps.
Les marées : un détail qui change tout
Voici un élément que peu de voyageurs anticipent : les marées à Zanzibar sont extrêmement prononcées. À marée basse, l’eau peut se retirer sur plusieurs centaines de mètres, laissant apparaître des étendues de sable et d’algues. Impossible de se baigner pendant ces heures. Ce phénomène concerne particulièrement la côte est (Paje, Matemwe, Kiwengwa).
Renseignez-vous sur les horaires de marées avant de choisir votre hébergement. Si vous rêvez de vous réveiller et de plonger directement dans l’eau turquoise, orientez-vous vers le nord (Nungwi, Kendwa) où les variations sont moins contraignantes.
Activités : au-delà de la carte postale
Zanzibar ne se résume pas à du farniente sous les palmiers. Le Parc national de Jozani, à 33 kilomètres de Stone Town, abrite une population unique de colobes rouges, singes endémiques reconnaissables à leur pelage roux et noir. Une randonnée de 45 minutes dans cette forêt tropicale permet d’observer ces primates rares dans leur habitat naturel.
Les fonds marins de l’archipel comptent parmi les plus riches d’Afrique de l’Est. L’île de Mnemba, au nord-est, est un spot de plongée mondialement réputé où vous croiserez tortues marines, raies manta, et une profusion de poissons multicolores. Le sanctuaire marin de Chumbe, sur une île déserte, offre une expérience plus confidentielle avec des récifs coralliens préservés.
Prison Island, à 20 minutes en bateau de Stone Town, héberge une colonie de tortues géantes centenaires. L’excursion dure une demi-journée et combine histoire coloniale (l’île servait de quarantaine) et observation de la faune.
Impact du tourisme : la face cachée
L’explosion touristique n’est pas sans conséquence pour les communautés locales. De nombreux villages côtiers ont vu leurs terres accaparées par des investisseurs étrangers pour construire des resorts. Les habitants, souvent insuffisamment formés aux métiers du tourisme, peinent à accéder aux emplois créés. Les salaires restent bas, tandis que les profits quittent l’île.
Les récifs coralliens subissent également une pression croissante. Piétinement, pollution, ancres de bateaux : les dégâts s’accumulent. Certaines zones montrent déjà des signes inquiétants de blanchiment. Privilégiez les opérateurs engagés dans une démarche écoresponsable et respectez les consignes de protection de l’environnement marin.
Conseils pratiques pour un séjour réussi
Transport sur place : Les dala-dala (minibus partagés) sont économiques mais bondés et chaotiques. Pour plus de confort, louez un scooter (permis international obligatoire) ou engagez un chauffeur privé pour les longues distances. Les routes principales sont correctes, mais l’intérieur des terres demande prudence et expérience.
Santé : Zanzibar n’est pas une zone à paludisme majeur, mais la prévention reste recommandée selon votre profil. Protégez-vous des moustiques. L’eau du robinet n’est pas potable : buvez exclusivement de l’eau en bouteille.
Respect des traditions : Zanzibar est majoritairement musulmane. En dehors des plages et resorts, adoptez une tenue vestimentaire couvrante, surtout à Stone Town. Les démonstrations d’affection en public sont mal perçues.
Durée idéale : Une semaine permet de découvrir Stone Town, de profiter des plages et de faire quelques excursions. Deux semaines offrent un rythme plus serein et la possibilité d’explorer Pemba ou Mafia, îles voisines plus confidentielles.
Connexion Internet : Le Wi-Fi est disponible dans la plupart des hébergements touristiques, mais souvent capricieux. Achetez une carte SIM locale (opérateurs : Vodacom, Airtel) pour rester joignable.
Zanzibar en 2026 : destination mature ou surexploitée ?
Zanzibar se trouve à un tournant. L’archipel a su capitaliser sur ses atouts naturels et culturels pour s’imposer comme destination africaine majeure. Mais cette réussite comporte des risques : saturation des sites emblématiques, tensions sur les ressources en eau, gentrification des zones côtières, et dilution de l’authenticité culturelle.
Votre séjour sera ce que vous en ferez. Si vous vous contentez des circuits classiques et des plages bondées, vous repartirez avec de jolies photos mais peu de souvenirs marquants. Prenez le temps de discuter avec les pêcheurs, de vous perdre dans les ruelles de Stone Town hors des heures de pointe, de choisir des excursions à taille humaine. Zanzibar récompense ceux qui cherchent, qui questionnent, qui s’aventurent au-delà de la surface lisse des brochures touristiques.
L’île aux épices conserve sa magie, mais elle demande désormais un effort pour la révéler. Un séjour à Zanzibar en 2026, c’est accepter cette complexité, naviguer entre modernité et tradition, entre tourisme de masse et instants authentiques. C’est apprendre à regarder différemment, à ralentir, à savourer. Parce que le vrai paradis ne se trouve pas dans les pixels retouchés d’Instagram, mais dans les moments volés au tumulte, face à l’océan Indien, quand les couleurs du crépuscule embrasent l’horizon et que vous réalisez que vous êtes exactement là où vous deviez être.
Un journaliste citoyen depuis plus de 20 ans qui alimente de nombreuses thématiques de magazine en ligne.



