Samedi 5 septembre, l’Accor Arena accueillait l’UFC Fight Night 287. En main event, Salahdine Parnasse affrontait Dan Hooker, vétéran néo-zélandais de l’organisation et ancien membre du top 15 des poids légers. Le Français l’a stoppé au premier round après un coup de pied au corps suivi d’une rafale. Le public a parlé de K.-O. ; le résultat officiel est un TKO. Dans les deux cas, Hooker n’a pas eu le temps de réclamer la VAR.

Dan Hooker, quand il comprend qu’un coup au foie peut ruiner une soirée entière.

Parnasse attaque le Hooker

Le combat avait été vendu comme le grand saut de Salahdine Parnasse. Le mot n’était pas volé. Double champion du KSW chez les poids plumes et les poids légers, le Français avait longtemps évolué hors de la vitrine UFC, avec ce statut agaçant de phénomène que les initiés connaissent et que le grand public découvre trois ans trop tard.

Cette fois, l’UFC ne lui a pas offert un figurant en ouverture de carte. Dan Hooker, 36 ans, traînait plus d’une décennie dans l’organisation, des guerres contre Dustin Poirier ou Paul Felder, et cette réputation de mec impossible à faire reculer. Le type venait certes de deux défaites avant Paris, mais il restait un test autrement plus solide qu’un prospect lancé à la foule entre deux jingles.

Parnasse n’a pas passé le test : il l’a déchiré devant tout le monde.

Le scénario tient en quelques gestes. Hooker cherche la distance. Parnasse le regarde travailler, lui casse le rythme avec un coup de pied au corps, puis sent immédiatement que le Néo-Zélandais a pris cher. Il remonte avec les poings, ajoute un high kick, pousse son adversaire contre la cage et termine au sol. Marc Goddard intervient à 2 min 35. Froid, précis, sans cette agitation de moulin à vent qu’on prend parfois pour de la fureur.

Le moment où l’on explique calmement qu’on vient de plier un main event avant le premier passage aux toilettes.

Le foie, la foi et Hooker

On peut aimer la gifle sans raconter n’importe quoi. Parnasse n’a pas réglé la catégorie des poids légers en une soirée. Hooker restait un nom lourd, mais il n’était plus le combattant capable d’encaisser vingt minutes de chaos sans broncher. Arman Tsarukyan puis Benoît Saint-Denis l’avaient déjà stoppé avant cette rencontre.

Ce qui compte, c’est la manière. Un premier combat UFC peut faire dérailler les plus solides : cage inconnue, pression du public, enjeu médiatique, adversaire rompu à la maison. Parnasse n’a pas subi le décor. Il a repéré une ouverture, l’a exploitée, puis a fini le boulot avant que Hooker puisse remettre les mains en place.

Après le combat, il a lancé : « Je suis le meilleur combattant du monde, je finis tous mes combats par K.-O. » Puis il a appelé Max Holloway. La modestie attendra, mais on ne signe pas à l’UFC pour demander un combat dans un parking de Melun.

Réclamer Holloway après 155 secondes, c’est quand même commander le dessert avant d’avoir avalé l’entrée.

De Varsovie à Bercy, sans montage Rocky

Le cliché du champion de ligue secondaire qui débarque à l’UFC pour se faire démonter existe parce qu’il arrive souvent. Les ceintures gagnées ailleurs ne se transforment pas automatiquement en laissez-passer vers le top 5. Le KSW n’a ni la profondeur de roster ni la puissance financière de l’UFC. Et le changement de décor a déjà brisé quelques certitudes bien emballées.

Parnasse, lui, n’arrivait pas avec une ceinture achetée dans une boutique de souvenirs. Son règne au KSW, ses titres dans deux catégories et son bilan de 24 victoires pour 2 défaites lui donnaient une vraie légitimité. Il restait à savoir si elle résistait au premier coup reçu sous les lumières de l’UFC. Il n’a même pas eu besoin de répondre à la question.

Son arrivée dit aussi quelque chose de l’évolution du MMA français. Il y a quelques années, les meilleurs combattants du pays se construisaient une réputation à l’étranger, loin des grands rendez-vous hexagonaux. Depuis la légalisation du MMA professionnel en France en 2020, l’UFC a installé Paris sur sa carte et le public a vu émerger Ciryl Gane, Benoît Saint-Denis ou Nassourdine Imavov. Parnasse s’ajoute à la liste, mais il a choisi une présentation moins discrète que les autres.

Ce n’est pas pour rien que le sport inspire autant le cinéma quand il arrête de se regarder bomber le torse. Dans The Smashing Machine, Benny Safdie s’intéresse à Mark Kerr et à ce que le combat fait aux corps, aux ego et aux existences quand les projecteurs s’éteignent. Parnasse est encore loin de ce versant-là. Samedi, il était du côté de la montée de musique et du ralenti. Sauf qu’il n’avait besoin ni de Dwayne Johnson, ni d’une équipe de scénaristes pour vendre la séquence.

Max Holloway dans le viseur

Le nom de Max Holloway fait évidemment saliver. Il ferait aussi un peu transpirer n’importe quel manager doté d’un pouls. Holloway reste un immense nom, un ancien champion des plumes et l’un des combattants les plus éprouvés de la planète MMA. Lui tomber dessus dès le deuxième combat UFC reviendrait à mettre Parnasse directement dans le tambour d’une machine à laver réglée sur « apocalypse ».

L’UFC peut lui proposer une marche intermédiaire, un poids léger classé autour du top 15, assez connu pour faire monter la cote sans brûler la suite. Ou l’organisation peut décider que le Français vend déjà suffisamment de billets pour servir une grosse affiche. Les deux options se défendent. La seconde est beaucoup plus amusante.

Une chose est acquise : Parnasse a quitté l’étiquette de promesse européenne. Devant son public, face à un nom établi, il a fait ce qu’attend un promoteur, ce que réclame une salle et ce que le MMA adore par-dessus tout : il a fait mal, vite, proprement.

Pour la suite, l’UFC a désormais un problème très français. Et il cogne au foie.

Part.
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